Trente ans après la suspension de la conscription, la France relance une forme de service national, cette fois militaire et volontaire. Le dispositif, annoncé en novembre par le président de la République, entre désormais dans une phase concrète avec le lancement officiel de la campagne de recrutement. 

Présenté lundi 12 janvier par la ministre des Armées Catherine Vautrin et le chef d’état-major des armées Fabien Mandon, ce nouveau service vise à renforcer le lien entre la nation et ses armées, tout en répondant à un environnement géopolitique jugé de plus en plus instable. La campagne de recrutement se déploie à la fois dans la presse régionale, sur un site internet dédié, sur les réseaux sociaux, mais aussi lors de la Journée défense et citoyenneté, rebaptisée pour l’occasion « Journée de mobilisation ».

Qui peut s’engager et pour combien de temps ?

Le dispositif s’adresse aux jeunes femmes et hommes âgés de 18 à 25 ans. Les candidats peuvent déposer leur dossier jusqu’au mois d’avril pour un engagement débutant entre septembre et novembre 2026.

Le service national militaire volontaire dure dix mois, exclusivement sur le territoire français, en métropole ou dans les outre-mer. Le gouvernement exclut toute projection à l’étranger. « Faire le choix du service national, c’est participer à la protection de nos citoyens, de notre pays, dans un environnement incertain », a insisté le général Fabien Mandon, tout en rappelant qu’il ne s’agissait en aucun cas d’envoyer ces volontaires sur des théâtres d’opérations extérieures.

À l’issue des dix mois, plusieurs options s’offriront aux participants :

  • reprendre ou poursuivre leurs études,
  • intégrer la réserve opérationnelle,
  • ou s’engager dans l’armée d’active.

Dans tous les cas, les volontaires basculeront automatiquement pendant cinq ans dans la réserve opérationnelle de disponibilité, avec la possibilité d’être rappelés jusqu’à cinq jours par an.

Quelles missions pour les volontaires ?

Après un mois de formation militaire de base, les volontaires seront intégrés dans les unités et affectés à des missions très diverses, selon les besoins des armées.

Ils pourront notamment :

  • servir comme fantassins dans l’armée de terre,
  • devenir pilotes de drones,
  • assurer la protection de bases aériennes,
  • être assistants sur simulateurs d’entraînement,
  • ou embarquer à bord de navires pour environ 20 % des volontaires de la Marine.

Selon le chef d’état-major, ces jeunes participeront au « renforcement de la capacité de résistance de la nation ». L’objectif est autant opérationnel que civique : apprendre à agir en groupe, à faire face à des situations difficiles et à évoluer sous un cadre commun, « quels que soient l’origine sociale, le parcours personnel ou les convictions ».

Une sélection encadrée et une rémunération prévue

Contrairement à l’ancienne conscription, ce service repose sur une sélection des candidats. Celle-ci se fera sur la base de l’aptitude médicale, de la motivation et de l’adéquation aux besoins des armées. Les volontaires percevront une rémunération d’environ 800 euros brut par mois et seront logés pendant toute la durée de leur engagement. La période sera reconnue comme une année de césure, avec des vœux Parcoursup préservés pour les plus jeunes. Environ 80 % des volontaires auront entre 18 et 19 ans. Les 20 % restants concerneront des profils plus spécialisés (ingénieurs, analystes de données, infirmiers…), qui pourront s’engager jusqu’à 25 ans avec le grade d’aspirant, premier grade d’officier.

Face aux interrogations suscitées par le contexte international, Catherine Vautrin a tenu à rassurer : ce service ne constitue pas un prélude à une mobilisation générale. « Une mobilisation générale nécessite un vote du Parlement et relève de conditions extraordinaires qui ne se sont pas produites depuis la Seconde Guerre mondiale », a-t-elle rappelé. Le gouvernement insiste sur le caractère strictement volontaire et encadré du dispositif, conçu comme un levier de résilience nationale plutôt que comme une réponse directe à un conflit imminent.

Des objectifs ambitieux à long terme

Ce nouveau service s’inscrit dans une transformation plus large du modèle militaire français, qualifié d’« hybride ». À terme, il viendrait compléter les 200 000 militaires d’active et une réserve appelée à passer de 47 000 à 80 000 réservistes d’ici 2030.

Les objectifs de recrutement sont progressifs :

  • 3 000 volontaires en 2026,
  • 4 000 en 2027,
  • 10 000 en 2030,
  • avec une ambition de 42 500 appelés en 2035.

Le coût total du dispositif pour la période 2026-2030 est évalué à 2,3 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour les infrastructures. Pour la seule année 2026, la dépense est estimée à 150 millions d’euros.

Sans rétablir la conscription, ce nouveau service marque un retour symbolique du service national dans le paysage français. Il répond à une double logique : renforcer la préparation collective face aux crises et offrir à une génération un cadre d’engagement structurant. Reste à savoir si ce modèle volontaire parviendra à susciter l’adhésion durable des jeunes et à tenir ses promesses dans un contexte budgétaire et sécuritaire contraint.

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