Motifs floraux, liserés dorés, paysages bleus peints à la main : la vaisselle ancienne est redevenue omniprésente. On la chine en brocante, on l’expose fièrement sur Instagram et on l’utilise parfois au quotidien, convaincu de lui donner une seconde vie plus durable. Mais derrière ce charme rétro se cache une réalité beaucoup moins esthétique. Selon une enquête publiée fin décembre 2025 par 60 Millions de consommateurs, une partie de cette vaisselle ancienne contient des métaux lourds toxiques, susceptibles de contaminer les aliments et de provoquer des problèmes de santé parfois graves.

Plomb et cadmium : des métaux lourds très présents dans la vaisselle ancienne

Pour mener cette enquête, 60 Millions de consommateurs a interrogé deux spécialistes de la céramique alimentaire : Éric Swanet, ingénieur chimiste, et Joëlle Swanet, professeure de technologie céramique. Ensemble, ils ont analysé plusieurs centaines de pièces de vaisselle ancienne. Leur constat est sans appel : une part importante de ces objets contient du plomb et du cadmium, deux métaux lourds aujourd’hui strictement encadrés, voire interdits, dans les matériaux au contact des aliments.

Ces pièces ont majoritairement été fabriquées entre le début du XX siècle et les années 1950, à une époque où l’ajout de métaux lourds dans les émaux était courant. Ces substances permettaient de fixer les couleurs et de cuire la faïence à basse température, sans que leurs effets sanitaires ne soient encore pleinement connus. « Nous ne disons pas que toute la vaisselle ancienne est dangereuse, mais une bonne partie l’est », résument les chercheurs.

Quels sont les risques pour la santé ?

Le cadmium est classé comme cancérogène certain. Selon le Centre Léon Bérard, une exposition à des doses élevées peut entraîner des atteintes rénales, une fragilité osseuse, des troubles respiratoires, des effets sur la reproduction et un risque accru de cancer. Il est également suspecté d’affecter le foie, le sang et le système immunitaire. Le plomb, de son côté, est tout aussi préoccupant. Le Ministère de la Santé rappelle qu’à fortes doses, il peut provoquer des atteintes neurologiques sévères, des troubles digestifs, une hypertension, des atteintes rénales, et nuire au développement de l’enfant. Chez les plus jeunes, le plomb est particulièrement redouté en raison de ses effets sur le système nerveux central. 

Point inquiétant souligné par les experts : le plomb ne disparaît pas avec le temps. Tant que l’émail est présent, il peut migrer dans les aliments. Et contrairement à une idée répandue, une assiette intacte n’est pas forcément plus sûre qu’une assiette ébréchée. Le danger est invisible. La vaisselle ne sent rien, ne change pas de goût et peut sembler parfaitement saine. Pourtant, certains aliments favorisent la migration des métaux lourds, notamment les produits acides comme les tomates, les agrumes, le vinaigre ou encore le vin. Résultat : un usage répété, même en petites quantités, peut conduire à une exposition chronique, particulièrement problématique chez les enfants et les femmes enceintes.

Faut-il arrêter complètement d’utiliser sa vaisselle ancienne ?

Pas nécessairement, mais la prudence s’impose. Les spécialistes recommandent de ne pas utiliser la vaisselle ancienne au quotidien, et surtout pas pour des aliments chauds ou acides.

Certaines utilisations restent possibles avec précaution :

  • en objet décoratif,
  • comme compotier pour des fruits à éplucher,
  • ou pour un usage occasionnel, sans contact prolongé avec les aliments.

Le ministère de la Santé déconseille en revanche clairement l’usage alimentaire des céramiques artisanales anciennes non contrôlées, qui peuvent constituer une source directe de contamination.

Peut-on faire tester sa vaisselle ?

Oui. Pour ceux qui souhaitent continuer à utiliser un service ancien hérité d’un proche, il est possible de faire réaliser une analyse en laboratoire afin de détecter la présence de plomb ou de cadmium. Le coût est estimé à une centaine d’euros par pièce, selon 60 Millions de consommateurs. Un investissement qui peut sembler élevé, mais qui permet d’éviter des risques sanitaires invisibles, notamment pour les usages réguliers.

Le retour en grâce de la vaisselle vintage s’inscrit dans un mouvement plus large de consommation responsable et de seconde main. Mais cette enquête rappelle que tous les objets anciens ne sont pas adaptés à nos usages modernes, en particulier lorsqu’ils entrent en contact avec les aliments. Entre esthétique, héritage familial et santé, le choix mérite d’être éclairé. Et parfois, mieux vaut admirer une belle assiette ancienne… sans forcément y dîner.

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