Pendant des décennies, le message a été martelé sans nuance : pour vivre plus longtemps, il faut bouger davantage. Accumuler les kilomètres, augmenter la durée des séances, multiplier les minutes d’effort. Une vaste étude internationale publiée le 20 janvier 2026 vient pourtant fissurer ce dogme. Selon ses auteurs, ce n’est pas seulement la quantité d’activité physique qui influence l’espérance de vie, mais surtout la manière dont elle est répartie et combinée.

Menée par des chercheurs de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, cette recherche s’appuie sur le suivi de plus de 111 000 adultes, femmes et hommes, observés pendant plus de trente ans à travers deux cohortes de référence, les Nurses’ Health Study et Health Professionals Follow-Up Study. Sur cette période, près de 39 000 participants sont décédés. En croisant leurs causes de mortalité avec leurs habitudes physiques, les scientifiques ont mis en évidence un facteur jusque-là sous-estimé : la diversité des activités pratiquées.

Ce que révèle vraiment l’étude : la variété avant la quantité

Les résultats, publiés dans la revue BMJ Medicine, sont sans équivoque. À niveau d’activité physique global comparable, les personnes qui pratiquaient une plus grande variété d’exercices présentaient un risque de décès prématuré réduit d’environ 19 % par rapport à celles qui se concentrent sur un nombre limité d’activités. Autrement dit, courir toujours plus ou marcher toujours plus longtemps ne suffit pas nécessairement à protéger durablement la santé. Ce bénéfice reste observable quel que soit le temps total consacré à l’exercice. Même chez les personnes déjà actives, la diversité des mouvements — alternant efforts d’endurance, renforcement musculaire, mobilité ou équilibre — semble offrir une protection supplémentaire. 

« Les gens adaptent naturellement leur activité en fonction de leur âge, de leurs préférences et de leur état de santé », explique Yang Hu, chercheur à Harvard et auteur principal de l’étude. « Mais nos résultats suggèrent qu’il est plus bénéfique de combiner plusieurs types d’activités plutôt que de se reposer sur une seule. » Derrière cette observation, une logique biologique simple se dessine. Chaque type d’exercice stimule des systèmes différents. L’endurance entretient le cœur et la respiration, le renforcement musculaire limite la perte de masse musculaire et osseuse, les exercices de souplesse et d’équilibre réduisent le risque de chute et de perte d’autonomie. En variant les sollicitations, le corps vieillit de manière plus harmonieuse, résistant mieux à l’inflammation chronique et aux pathologies liées à l’âge.

Après 50 ans, un changement de paradigme

Ces conclusions résonnent particulièrement après 50 ans, un âge où les capacités physiques évoluent et où la peur de « ne pas en faire assez » peut devenir contre-productive. Les données françaises issues de Santé publique France et de l’Inserm vont dans le même sens : l’activité physique reste bénéfique à tout âge, mais son efficacité repose davantage sur la régularité et la diversité que sur la performance. Les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé soulignent depuis plusieurs années l’intérêt de combiner différentes formes d’exercice, en particulier chez les seniors. Des travaux menés en France auprès de personnes de plus de 65 ans ont montré qu’une activité équivalente à une marche quotidienne soutenue suffisait déjà à réduire significativement le risque de décès. Là encore, aucune nécessité de viser des objectifs sportifs élevés : le corps bénéficie dès les premiers mouvements, dès lors qu’ils sont variés.

Cette approche tranche avec une vision culpabilisante de l’activité physique, souvent perçue comme un effort contraignant ou inaccessible. Elle invite au contraire à repenser le rapport au mouvement comme une palette à explorer, plutôt qu’un compteur à faire grimper. Marcher un jour, renforcer ses muscles le lendemain, travailler sa mobilité ou son équilibre le surlendemain : cette alternance semble constituer l’un des leviers les plus puissants pour préserver la santé sur le long terme. En filigrane, l’étude délivre un message rassurant. Pour espérer vivre plus longtemps et en meilleure santé après 50 ans, il ne s’agit pas de courir toujours plus vite ni plus longtemps, mais de continuer à bouger autrement, en respectant les capacités de son corps. Une promesse de longévité qui, pour une fois, ne repose pas sur la performance, mais sur l’intelligence du mouvement.

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner
Exit mobile version