Critiquée pour avoir lancé une nouvelle classe affaires sans jeunes enfants, la SNCF fait face à une polémique inattendue. Son PDG, Jean Castex, est sorti de son silence ce mardi, se disant « sidéré » par l’ampleur du débat, tandis qu’une députée a déposé une proposition de loi pour interdire les espaces « no kids ».
La controverse enfle depuis plusieurs semaines, alimentée par la création de la nouvelle classe affaires « Optimum » dans les TGV. En cause : des voitures pensées pour le travail, où les enfants de moins de 12 ans ne sont pas admis. Une décision interprétée par certains comme l’officialisation d’espaces « no kids » dans les trains français. Jusqu’ici discret, Jean Castex, désormais PDG de la SNCF, a fini par réagir publiquement.
En déplacement à la gare Lille-Europe, mardi 27 janvier, il s’est dit « sidéré » par la tournure prise par la polémique. « Dans nos trains, non seulement les enfants sont les bienvenus, mais ils sont surtout de plus en plus nombreux », a-t-il martelé, dénonçant une lecture qu’il juge caricaturale de la nouvelle offre.
La SNCF réfute toute exclusion des enfants
Pour appuyer son propos, Jean Castex avance des chiffres. En 2025, 8,4 millions d’enfants ont voyagé à bord des trains SNCF, soit une hausse marquée par rapport à cinq ans plus tôt. Si l’on élargissait aux familles, la fréquentation aurait progressé de 10 à 15 %, selon le patron du groupe. Des données qui, selon lui, sont « à des années-lumière des polémiques sur le “no kids” ». Le dirigeant insiste sur la finalité de la classe Optimum, conçue avant tout pour répondre aux attentes d’une clientèle professionnelle en quête de calme et de conditions de travail adaptées. « L’espace Optimum est utile, répond à un besoin spécifique », explique-t-il, tout en rappelant que la SNCF propose parallèlement des espaces familles, des nurseries et des services dédiés aux voyageurs avec enfants. L’absence de jeunes enfants dans certaines voitures, ajoute-t-il, n’a « rien de nouveau » : c’était déjà le cas dans l’ancienne offre Business Première.
Jean Castex balaie également l’idée selon laquelle cette politique participerait à une forme de rejet des familles, voire à une stigmatisation des enfants. « Partir de là pour dire que nous contribuons à la dénatalité, c’est complètement fou », lâche-t-il, visiblement agacé. Il écarte en revanche la création de voitures exclusivement réservées aux enfants ou aux familles, comme cela existe dans certains pays européens, tout en se disant ouvert au dialogue avec les associations familiales et les pouvoirs publics pour « améliorer la situation ».
Une controverse qui gagne le terrain politique
Si la SNCF assure qu’il n’a jamais été question d’exclure les enfants des trains, la polémique a désormais franchi les portes de l’Assemblée nationale. La députée Liot du Loiret Constance de Pélichy a déposé mardi une proposition de loi visant à interdire les espaces « no kids », non seulement dans les trains, mais aussi dans les hôtels et les restaurants. Pour l’élue, la démarche de la SNCF pose une question plus large sur l’évolution de la société. « Il n’y a absolument aucune raison d’exclure les enfants de ces espaces », estime-t-elle, dénonçant une logique de mise à l’écart de ceux perçus comme « perturbateurs ». À ses yeux, réserver des lieux uniquement aux adultes relève d’une forme de discrimination fondée sur l’âge.
« Quand vous remplacez des enfants par une autre classe d’âge, vous appelez ça comment ? », interroge-t-elle, pointant ce qu’elle considère comme une montée de l’individualisme et de l’intolérance. Ce débat dépasse désormais largement le cadre ferroviaire. Il cristallise des tensions plus profondes autour de la place des enfants dans l’espace public, du rapport au bruit, au confort et à la cohabitation entre usagers. Entre exigences de tranquillité et impératif d’inclusion, la polémique révèle une fracture culturelle sur la manière de « faire société ». Face à cette montée en tension, Jean Castex tente de ramener le débat sur un terrain pragmatique. Pour lui, la SNCF ne fait que diversifier son offre pour répondre à des usages différents, sans remettre en cause l’accueil des familles dans les trains. Reste à savoir si cette ligne de défense suffira à apaiser une controverse qui, partie d’une classe affaires, s’est transformée en débat national sur la tolérance et le vivre-ensemble.




