Après la mort de Quentin Deranque à Lyon, les tensions politiques dépassent les frontières françaises. Emmanuel Macron a sèchement répondu à la Première ministre italienne Giorgia Meloni, qui avait dénoncé l’« extrémisme de gauche » en France.
La cheffe du gouvernement italien avait évoqué sur X « la mort d’un garçon d’à peine plus de 20 ans, attaqué par des groupes liés à l’extrémisme de gauche dans un climat de haine idéologique qui se répand dans plusieurs pays », estimant qu’il s’agissait d’« une blessure pour l’Europe entière ». Des propos qui n’ont pas été du goût du président français. « Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés », a ironisé Emmanuel Macron. Il s’est dit « frappé de voir que des gens qui sont nationalistes, qui ne veulent pas qu’on les embête chez eux sont toujours les premiers à commenter ce qui se passe chez les autres ».
Un recadrage diplomatique rare, qui illustre la crispation entre deux lignes politiques opposées en Europe : d’un côté un exécutif français qui revendique la défense des principes républicains, de l’autre un gouvernement italien issu de la droite nationaliste.
Une affaire devenue politique
Sur le plan judiciaire, l’enquête se poursuit. Quentin Deranque a été roué de coups le 12 février à Lyon, en marge d’une conférence organisée à Sciences Po. Selon les premiers éléments, l’agression aurait impliqué plusieurs militants liés à des mouvances d’ultragauche. Onze suspects ont été placés en garde à vue. Parmi eux figureraient des proches du député Raphaël Arnault, fondateur du groupuscule La Jeune Garde antifasciste, dissous en juin 2025 pour des faits de violences. Ces liens supposés ont immédiatement alimenté une vive polémique politique en France.
Emmanuel Macron a condamné fermement les violences, sans cibler un camp unique : « À chaque fois qu’il y a des gens qui expliquent qu’ils ont mis en place des milices pour faire de l’autoprotection (…) ils ne commettent pas simplement une faute politique mais aussi une faute morale et ils créent les conditions de ce qui arrive. Donc tout le monde partout doit faire le ménage. » Le chef de l’État a également renvoyé dos à dos « les mouvements d’extrême gauche » et « d’extrême droite qui ont aussi parfois dans leurs rangs des militants qui justifient l’action violente ». Avant d’insister : « Rien ne saurait justifier (…) l’action violente. »
Une tension européenne autour des violences politiques
La réaction italienne n’est pas restée isolée. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a lui aussi qualifié les faits de « grave événement qui nous concerne tous », estimant que les violences idéologiques dépassent le cadre national. Derrière cet échange, se dessine un débat plus large sur la montée des violences politiques en Europe. Les affrontements entre militants d’extrême droite et d’ultragauche se multiplient dans plusieurs pays, dans un climat de polarisation accrue. Pour Emmanuel Macron, le message est clair : pas question d’accepter que le drame lyonnais serve d’argument dans les rivalités politiques européennes. Le président appelle au calme et à la responsabilité, tout en laissant la justice suivre son cours.
Mais l’épisode révèle aussi combien les violences militantes sont devenues un enjeu diplomatique, instrumentalisé par les gouvernements pour défendre leurs lignes idéologiques respectives. En attendant les conclusions de l’enquête, la mort de Quentin Deranque continue d’alimenter un débat explosif : celui des limites de l’engagement militant et de la responsabilité politique face aux dérives violentes.


