L’Union européenne durcit ses contrôles sur un ingrédient clé des laits infantiles après la détection d’une toxine potentiellement mortelle, la céréulide, dans plusieurs produits. En cause : l’huile d’acide arachidonique (ARA), souvent importée de Chine. Alors que des enquêtes pénales sont ouvertes en France après la mort de nourrissons, Bruxelles évoque désormais un « risque grave pour la santé humaine ».
Une surveillance renforcée sur l’huile ARA
À compter de cette semaine, 50 % des envois d’huile d’acide arachidonique en provenance de Chine devront faire l’objet de contrôles d’identité et d’analyses physiques aux frontières européennes. Chaque lot devra être accompagné de résultats prouvant l’absence de céréulide, selon une méthode d’analyse normalisée. Jusqu’à présent, cette toxine n’était pas spécifiquement surveillée dans le cadre des contrôles à l’importation, contrairement à d’autres contaminants comme certains résidus de pesticides.
La décision publiée au Journal officiel de l’Union européenne marque un tournant : elle reconnaît explicitement que l’huile ARA « est susceptible de constituer un risque grave pour la santé humaine » en cas de contamination. L’huile d’ARA est un ingrédient couramment utilisé dans les laits infantiles pour ses apports en acides gras essentiels au développement cérébral. Son identification comme source probable de contamination a conduit à des rappels massifs de produits à l’échelle internationale.
Des décès de nourrissons et des enquêtes en cours
En France, plusieurs rappels ont été lancés ces derniers mois concernant des laits infantiles potentiellement contaminés par la céréulide. Deux nourrissons sont décédés fin décembre et début janvier à Angers et près de Bordeaux après avoir consommé du lait concerné par ces rappels. Des enquêtes pénales ont été ouvertes afin de déterminer les causes exactes des décès.
Le gouvernement a toutefois indiqué qu’« à ce stade, aucun lien de causalité n’a été mis en évidence » entre la consommation des laits rappelés et la survenue de symptômes chez les nourrissons. Une prudence qui s’explique en partie par une limite technique majeure : la céréulide n’est pas réglementée comme contaminant spécifique dans les denrées alimentaires, et aucun laboratoire accrédité en France n’est actuellement habilité à la détecter dans des prélèvements biologiques humains. Concrètement, cela signifie qu’il est aujourd’hui impossible de rechercher directement la présence de cette toxine dans le sang ou les tissus d’un nourrisson malade ou décédé.
Une toxine résistante et difficile à tracer
La céréulide est produite par la bactérie Bacillus cereus. Elle est connue pour provoquer des vomissements sévères et peut, dans certains cas, entraîner des complications graves. Particularité inquiétante : cette toxine résiste aux traitements thermiques utilisés lors de la fabrication des poudres infantiles. Autrement dit, une contamination en amont peut subsister malgré les étapes industrielles de transformation. Depuis plusieurs années, des chercheurs alertent sur le risque sanitaire que représente cette toxine, estimant que son absence de cadre réglementaire spécifique constitue une faiblesse du dispositif de sécurité alimentaire.
L’affaire met en lumière une faille structurelle : même si la présence de céréulide est suspectée dans certains lots de lait, l’absence d’outil de détection dans les prélèvements humains complique considérablement l’établissement d’un lien formel entre produit contaminé et atteinte à la santé.
Vers une réglementation européenne plus large ?
La décision de Bruxelles pourrait constituer une première étape vers une réglementation plus globale de la céréulide dans l’alimentation. L’Union européenne évoque explicitement un risque sérieux et justifie ainsi le renforcement des contrôles aux frontières. Des analyses sont actuellement menées sur les poudres consommées par les nourrissons concernés, notamment par des laboratoires de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Mais l’absence de méthode validée pour détecter directement la toxine chez les patients demeure un obstacle majeur.
Au-delà du cas des laits infantiles, cette crise interroge sur la capacité des autorités sanitaires à anticiper les risques liés aux ingrédients importés et à adapter rapidement les dispositifs de contrôle face à des menaces émergentes. Pour les familles touchées, l’urgence reste d’obtenir des réponses claires sur l’origine des contaminations et sur les responsabilités éventuelles.


