Au procès en appel de l’affaire de financement libyen présumé, les proches des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA ont livré des témoignages chargés d’émotion. Face aux dénis, leur colère et leur quête de vérité restent intactes.
L’émotion était palpable à la cour d’appel de Paris. Mercredi 1er avril, plusieurs proches des victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA ont pris la parole dans le cadre du procès en appel de l’affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
Des témoignages bouleversants face à une douleur toujours vive
Ce drame remonte au 19 septembre 1989, lorsqu’un avion explose en vol au-dessus du Niger, causant la mort de 170 personnes, dont 54 Français. Plus de trente ans après, la douleur reste intacte pour les familles. À la barre, les témoignages se succèdent, tous marqués par une même intensité. Françoise Tenenbaum évoque une souffrance qui ne s’est jamais apaisée : « La perpétuité, c’est nous qui la subissons » Elle rend hommage à son frère disparu, rappelant qu’au-delà des chiffres, chaque victime avait une vie, des projets, une histoire. D’autres proches prennent la parole, comme Danièle Klein, qui dénonce l’impact des prises de position publiques de l’ancien président.
Elle décrit un sentiment d’abandon et une difficulté à faire entendre la voix des victimes dans un débat largement dominé par la défense. Yohanna Brette, dont la mère était hôtesse de l’air à bord, exprime une colère profonde face aux arguments des prévenus : « Chaque déni des faits est une gifle, chaque mensonge est une chute » Ces mots traduisent une lassitude face à ce qu’elles perçoivent comme un manque de reconnaissance de la vérité et de la souffrance endurée. Au fil des témoignages, un même besoin émerge : celui d’être entendu, respecté et reconnu. Les familles ne réclament pas seulement justice, mais aussi une forme de considération pour leur douleur.
Entre quête de vérité et accusations : un procès aux enjeux multiples
Au-delà de l’émotion, ce procès soulève des questions complexes mêlant justice, politique et mémoire. Les parties civiles sont présentes en raison du rôle attribué à Abdallah Senoussi, considéré comme l’un des cerveaux de l’attentat et dont le cas est lié aux accusations de financement libyen. Selon la justice, la levée du mandat d’arrêt visant ce haut responsable du régime de Mouammar Kadhafi aurait pu faire partie des contreparties évoquées dans cette affaire. Un point central qui renforce la détermination des familles à suivre ce procès de près.
Plusieurs témoignages ont également mis en avant un sentiment d’injustice face au traitement médiatique et politique du dossier. Certaines victimes estiment que leur histoire a été éclipsée par la dimension politique de l’affaire. Maryvone Raveneau, veuve du pilote de l’avion, s’adresse directement à Nicolas Sarkozy dans une intervention marquante. Elle évoque des décennies passées à chercher la vérité, et déplore ce qu’elle considère comme un manque de considération : « Il y a juste le devoir de mémoire sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles » Ces prises de parole traduisent une volonté de replacer les victimes au cœur du procès, face à des débats souvent dominés par les enjeux judiciaires et politiques.
Du côté de la défense, les réactions restent mesurées. Brice Hortefeux a déclaré comprendre l’émotion des familles, tout en réaffirmant sa version des faits. Nicolas Sarkozy, quant à lui, ne s’est pas encore exprimé à ce stade des audiences. Alors que l’ancien président doit être interrogé dans les prochains jours, ce procès en appel s’annonce comme un moment clé. Entre recherche de vérité, affrontement judiciaire et devoir de mémoire, il cristallise des tensions profondes qui dépassent largement le cadre strictement juridique.


