Matthis Ternel, 27 ans, est aujourd’hui en détention provisoire, mis en examen pour viols, agressions sexuelles, abus de faiblesse dans un cadre sectaire, menaces de mort et chantage.
Six jeunes femmes, dont une mineure au moment des faits, ont été identifiées comme victimes présumées. Son mode opératoire : un groupe de discussion en ligne dédié aux personnes « à haut potentiel intellectuel », qui aurait servi de porte d’entrée vers une emprise totale étalée sur neuf ans.
La plainte qui a tout déclenché
L’affaire ne commence ni en Bretagne ni dans un village. Elle démarre en octobre 2022, dans la Mayenne, lorsqu’une étudiante de 21 ans porte plainte contre un homme résidant alors dans le Var, dans le secteur d’Hyères. Elle affirme être menacée de mort si elle quitte un groupe de discussions créé sur un réseau social, présenté comme un espace de rencontre entre personnes à haut potentiel intellectuel.
Le parquet de Toulon, compétent en raison du domicile du suspect, saisit la section de recherches de la gendarmerie de Marseille. Les enquêteurs ouvrent leurs investigations pour menaces de mort et abus de faiblesse par le dirigeant « d’un groupement poursuivant des activités créant, maintenant, ou exploitant la sujétion psychologique des participants » — la définition juridique d’un groupe à caractère sectaire. En décembre 2025, une information judiciaire est ouverte. L’affaire change alors de dimension.
Six victimes, neuf années de faits présumés
Les gendarmes de Marseille identifient cinq autres jeunes femmes, résidant dans différentes régions, susceptibles d’avoir subi les mêmes agissements. L’une d’elles avait 17 ans à l’époque. Au total, les faits reprochés couvrent la période 2017 à 2026. Le procureur de Toulon détaille dans son communiqué du 4 mai un tableau glaçant : « Outre un contrôle très intrusif dans la vie personnelle et intime de ces jeunes femmes, des contributions financières auraient été mises en place, allant de quelques centaines d’euros pour certaines, et jusqu’à près de 30 000 euros déboursés pour l’une d’elles. » L’une des victimes déclare avoir subi des violences psychologiques et des actes sexuels sous contrainte. Deux des six femmes identifiées ont refusé de porter plainte, estimant n’avoir été victimes d’aucune infraction, un phénomène classiquement observé dans les affaires d’emprise sectaire.
Matthis Ternel a été interpellé le 28 avril à Tréogan par les gendarmes de Marseille, puis placé en garde à vue. Il a contesté, selon le parquet, « que son comportement puisse être pénalement répréhensible ». Présenté le 30 avril à un juge des libertés et de la détention à Saint-Brieuc, il a été placé en détention provisoire. Le 2 mai, devant le juge d’instruction du tribunal de Toulon, il a été mis en examen pour abus de faiblesse sectaire à l’encontre des six jeunes femmes, menaces de mort sur l’une d’elles, chantage sur deux autres, et viols et agressions sexuelles au préjudice d’une plaignante entre 2022 et 2025, alors âgée de 17 à 20 ans. Le procureur a précisé que « les investigations vont se poursuivre pendant plusieurs mois sous l’autorité d’un magistrat instructeur ». Matthis Ternel bénéficie de la présomption d’innocence.
« Il a acheté une bonne partie du village »
C’est l’autre versant de l’affaire. Arrivé en Bretagne il y a un peu plus de deux ans, Matthis Ternel ne s’est pas contenté de briguer la mairie de ce hameau posé à la lisière du Morbihan et du Finistère. Il a acquis, en peu de temps, plusieurs biens immobiliers dans le bourg. Jérémy Le Merle, habitant de la commune depuis dix ans, décrit la scène à ICI Breizh Izel : « Il est arrivé et il a acheté une bonne partie du village. » Trois maisons dans le bourg, dont celle en face de la mairie qui lui servait de résidence principale, et un corps de ferme à l’écart. Des acquisitions rapides, sans travaux, dans un village où chaque mouvement se remarque.
« C’était bizarre d’acheter autant de bâtiments pour ne rien en faire », résume un riverain. Certains habitants allaient plus loin dans leurs suppositions : « On s’est demandé s’il n’y avait pas une secte qui pouvait venir s’installer ici », confie Jérémy Le Merle à ICI Breizh Izel. Une ancienne élue locale abondait auprès d’Ouest-France : « On disait qu’il y avait quelque chose qui clochait. » Malgré ces doutes souterrains, Matthis Ternel avait convaincu. Élu maire en mars 2026 avec 46 suffrages contre 27, il avait monté une liste avec des habitants du coin. Jérémy Lemaire, élu d’opposition, mesure la chute auprès d’ICI Breizh Izel : « On tombe de haut. Je ne comprends pas comment certaines personnes ont pu lui faire confiance. »
« On est sous le choc »
Le 28 avril au matin, le calme du bourg a volé en éclats. « Quand je me suis levée vers 8 heures, j’ai vu qu’il y avait des voitures de gendarmes partout », raconte une habitante à ICI Breizh Izel. Des enquêteurs venus de Marseille, un maître-chien, la rue principale envahie de véhicules militaires. « On ne savait pas pourquoi. Et puis on a appris que c’était pour des soupçons de viol. Là, oui, on est sous le choc », poursuit un autre résident. « Je ne m’y attendais pas, on ne le connaît pas comme ça. C’est presque surréaliste, on est dans un autre monde. » À Tréogan, les volets des maisons achetées par Matthis Ternel restent clos. La mairie ne communique pas. L’enquête, qui se déploie du Var à la Bretagne en passant par l’espace numérique, va se poursuivre pendant plusieurs mois. Pour cette commune de 106 âmes qui n’avait jamais connu pareil tumulte, les questions ne font que commencer.


