L’avion, affrété spécialement par le gouvernement français, a décollé de Tenerife-Sud (Canaries) en début d’après-midi après une escale de quelques heures sur l’île espagnole, où le MV Hondius avait accosté le matin même au port de Granadilla. Deux personnels soignants étaient présents à bord de l’appareil durant tout le trajet, selon les informations de Franceinfo. À leur descente d’avion, les cinq Français ont été directement pris en charge par l’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France, qui a organisé leur accueil et leur transfert vers un établissement hospitalier parisien. L’un des croisiéristes, interrogé par l’AFP sur le tarmac, s’est dit « serein » et a décrit une évacuation qui s’est « parfaitement » déroulée, soulignant qu’aucun cas n’avait été détecté à bord « depuis la fin avril ».

72 heures de quarantaine hospitalière

L’OMS ayant classé l’ensemble des passagers du MV Hondius comme « contacts à haut risque », les cinq Français sont placés en quarantaine hospitalière pendant 72 heures. Cette période doit permettre aux médecins d’effectuer une évaluation complète de leur état de santé, notamment grâce à des tests virologiques destinés à détecter la présence ou non du virus. Aucun des cinq passagers ne présentait de symptômes au moment de l’embarquement aux Canaries. C’est une donnée rassurante, mais insuffisante pour lever toute précaution : la période d’incubation de l’hantavirus peut s’étendre de une à six semaines, ce qui signifie qu’une contamination survenue fin avril pourrait encore se manifester jusqu’à début juin.

À l’issue de la quarantaine hospitalière de trois jours, si les tests se révèlent négatifs et qu’aucun symptôme n’est apparu, les passagers pourront regagner leur domicile. Ils ne seront pas pour autant libérés de toute surveillance. Un suivi médical prolongé est prévu, pouvant s’étendre jusqu’à 45 jours après le dernier contact potentiel avec le virus – une durée calquée sur la fenêtre maximale d’incubation retenue par l’OMS. Durant cette période, les autorités sanitaires leur demanderont de surveiller l’apparition de tout symptôme (fièvre, troubles respiratoires, signes gastro-intestinaux) et de contacter immédiatement leur médecin ou le Samu en cas de doute. Le protocole exact de suivi – consultations régulières, autosurveillance, tests de contrôle – sera déterminé au cas par cas par l’ARS d’Île-de-France en coordination avec les établissements hospitaliers.

Ce que font les autres pays

La France n’est pas le seul pays à rapatrier ses ressortissants ce dimanche. L’opération est coordonnée entre plusieurs États, l’Union européenne et l’OMS. Les 14 passagers espagnols (13 passagers et un membre d’équipage) ont atterri peu avant 13 h GMT à la base militaire de Torrejón, près de Madrid. Ils ont été transférés directement à l’hôpital militaire Gómez Ulla, où ils sont placés en quarantaine dans l’unité d’isolement de haut niveau (UAAN) – la même installation spécialisée mise en place après l’épidémie d’Ebola de 2014 et utilisée pour les rapatriés de Wuhan en 2020. Leur quarantaine pourrait durer jusqu’à 45 jours. Les 17 passagers américains font l’objet d’un traitement sensiblement différent. Washington a organisé un vol de rapatriement, mais un haut responsable sanitaire américain a indiqué qu’ils ne seraient « pas nécessairement placés en quarantaine », appelant le public à garder son calme face à une situation qui « n’est pas celle du Covid ».

Les deux passagers néerlandais encore malades ont été évacués vers les Pays-Bas pour une prise en charge spécialisée. Au total, plus d’une centaine de personnes – passagers et membres d’équipage – ont été évacuées du navire ce dimanche au port de Granadilla.

Pourquoi la situation reste sous contrôle

Malgré le dispositif impressionnant, avions gouvernementaux, hôpitaux militaires, quarantaine de 45 jours, les autorités sanitaires martèlent que le risque pour la population reste faible. Plusieurs éléments convergent pour justifier cet optimisme prudent. D’abord, aucun nouveau cas symptomatique n’a été signalé à bord depuis la fin avril, soit près de deux semaines. Or, la majorité des personnes contaminées développent des symptômes dans un délai de deux à trois semaines. Plus le temps passe sans nouveau cas, plus la fenêtre de risque se referme. Ensuite, l’hantavirus ne se transmet pas comme un virus respiratoire classique. « Il n’y a pas pour ce virus de preuves qu’on puisse transmettre la maladie à quelqu’un avant d’avoir des symptômes », avait rappelé jeudi Anaïs Legand, experte à l’OMS. 

Les passagers asymptomatiques qui débarquent aujourd’hui ne représentent donc pas, en l’état des connaissances, un risque de transmission pour les personnes qu’ils vont croiser. Enfin, Maria Van Kerkhove, épidémiologiste de l’OMS, avait tenu à dissiper toute analogie avec 2020 : « Je tiens à être sans équivoque. Il ne s’agit pas du SARS-CoV-2. Ce n’est pas le début d’une pandémie de Covid. Il s’agit d’une épidémie sur un navire. » Le directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus avait confirmé que l’OMS considérait « le risque pour la santé publique » comme « bas ». Pour les cinq Français qui ont retrouvé le sol national ce soir, l’épreuve n’est pas encore tout à fait terminée. Mais elle a de bonnes chances de se conclure dans le calme,  à condition que les 45 prochains jours confirment ce que les deux dernières semaines ont laissé espérer.

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