Les policiers municipaux et les agents de la Protection maternelle et infantile (PMI) ont fait cette macabre découverte le 16 juillet en forçant l’accès au garage d’une crèche clandestine baptisée « L’Atelier des petits ». Les deux assistantes maternelles qui géraient la structure, âgées de 41 et 48 ans, ont été placées en garde à vue pour mise en danger de la vie d’autrui et travail dissimulé. L’une d’entre elles avait perdu son agrément en 2021 et est soupçonnée d’avoir secoué un bébé. L’affaire, révélée par Le Parisien ce mercredi, s’ajoute à une série de scandales qui interrogent sur les failles béantes du contrôle de la petite enfance en France.

Ce que les policiers ont trouvé au sous-sol

La PMI surveillait « L’Atelier des petits » depuis des mois. Les agents soupçonnaient la structure d’accueillir bien plus d’enfants que ne l’autorisent les agréments. Mais à chaque visite de contrôle, l’établissement restait fermé. Le 16 juillet, les policiers municipaux accompagnés des agents de la PMI se sont présentés pour un contrôle de mise en conformité. Cette fois, ils sont entrés. Au rez-de-chaussée de la maison de la rue des Amandiers, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Paris, ils ont trouvé plusieurs enfants. Mais quand ils ont voulu accéder au sous-sol, les deux assistantes maternelles ont d’abord refusé. Elles ont fini par céder.

Dans le garage, les agents ont découvert une voiture dans laquelle une dizaine d’enfants, dont des nourrissons de quelques mois, étaient enfermés dans l’obscurité, rapporte L’Essentiel citant Le Parisien. Certains pleuraient. La buée sur les vitres laissait supposer qu’ils se trouvaient là depuis un moment. Au total, selon CNews citant une source policière, près de 17 enfants se trouvaient dans la maison, dont une dizaine dissimulés dans le véhicule au sous-sol, à l’abri des regards de tout contrôleur.

Une assistante déjà connue pour avoir secoué un bébé

Le profil de l’assistante maternelle de 48 ans aggrave considérablement la gravité de l’affaire. Elle avait perdu son agrément en 2021 précisément parce qu’elle accueillait déjà trop d’enfants. Mais ce n’est pas tout : elle est également « suspectée d’avoir secoué un bébé », rapporte CNews. Malgré la perte de son agrément et ces soupçons, elle continuait d’exercer dans cette structure clandestine, hors de tout radar administratif. Sa collègue de 41 ans, quant à elle, disposait bien d’un agrément, mais uniquement pour quatre enfants.

Les deux femmes ont été placées en garde à vue puis présentées devant le tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes. Elles ont été mises sous contrôle judiciaire avec deux interdictions : celle d’entrer en contact l’une avec l’autre et celle d’exercer une activité en contact habituel avec des mineurs, rapporte CNews. Un procès suivra.

Un scandale de plus dans la petite enfance française

L’affaire de Yerres ne tombe pas dans le vide. Elle s’inscrit dans une séquence qui ébranle le secteur de la petite enfance depuis des mois. En mars, à Plailly dans l’Oise, un bébé de 21 mois avait été hospitalisé avec 2,14 grammes d’alcool dans le sang après une journée dans une micro-crèche gérée par le groupe People & Baby, sans que la source de l’intoxication n’ait jamais été identifiée. En 2024, le livre-enquête Les Ogres de Victor Castanet avait mis en lumière les dérives systémiques du secteur privé de la petite enfance : sous-effectifs chroniques, personnel sous-qualifié, recherche de rentabilité au détriment de la sécurité des enfants.

L’affaire de Yerres ajoute une dimension supplémentaire : celle de la clandestinité pure. « L’Atelier des petits » n’était pas une structure mal gérée dans un réseau légal. C’était une crèche fantôme, opérée par une femme ayant perdu son agrément, dans un garage sans lumière, avec des enfants cachés dans une voiture pour échapper aux contrôles. La PMI soupçonne des irrégularités depuis des mois. Il a fallu forcer l’entrée du sous-sol pour les découvrir. La question que cette affaire pose, après Plailly, après People & Baby, après Les Ogres, est toujours la même : comment un système censé protéger les enfants les plus vulnérables peut-il laisser une assistante maternelle déchue de son agrément et soupçonnée de maltraitance continuer à garder des nourrissons dans le noir, au sous-sol d’une maison, pendant des mois, à vingt kilomètres de Paris ?

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