Ce lundi 27 juillet, une jeune femme est décédée d’un arrêt cardio-respiratoire dans l’institut AME Studio, rue Auguste Pégurier, après une réaction allergique à la lidocaïne, un anesthésiant injecté avant le botox par une pseudo-praticienne sans aucune qualification médicale. Deux femmes, celle qui a pratiqué l’injection et la gérante du salon, ont été mises en examen pour homicide involontaire et exercice illégal de la médecine, et écrouées. Un homme, qui avait tenté d’emporter des produits du salon juste après le drame, est sous contrôle judiciaire. L’affaire éclaire un phénomène que la médecine et la justice peinent à endiguer : les « fake injectors », ces esthéticiennes sans formation médicale qui pratiquent des actes réservés aux médecins, alimentées par une demande que les réseaux sociaux rendent chaque jour plus massive.

Ce qui s'est passé dans l'arrière-salle du AME Studio

Selon les éléments communiqués par le procureur de Nice, Damien Martinelli, à France 3 Côte d’Azur et à CNews, la victime s’est présentée lundi après-midi au salon pour « des injections de botox au niveau des fessiers ». La femme de 36 ans qui a pratiqué l’acte lui a d’abord administré une injection de lidocaïne, un produit anesthésiant couramment utilisé en médecine mais dont le maniement nécessite une formation médicale; précisément parce qu’il peut provoquer, chez certains patients, des réactions allergiques gravissimes. C’est ce qui s’est produit. « Elle a immédiatement fait un malaise. Malgré une tentative de réanimation pratiquée par la personne ayant procédé à l’injection puis une intervention rapide des secours, la jeune femme est décédée sur place d’un arrêt cardio-respiratoire », a déclaré le procureur, rapporte France 3 Côte d’Azur.

Trois personnes ont été interpellées et placées en garde à vue : la praticienne (née en 1990), la gérante du salon (née en 1998) et un homme qui, selon le procureur, « a emporté des produits se trouvant dans le salon juste après les faits », rapporte CNews. Une perquisition a été ordonnée en co-saisine avec l’Agence régionale de santé (ARS) PACA. Le 29 juillet, une enquête de flagrance a été ouverte pour « homicide involontaire, exercice illégal de la médecine, administration de substances nuisibles et mise en danger d’autrui ». Les deux femmes ont été mises en examen et placées en détention provisoire. L’homme a été placé sous contrôle judiciaire.

Les « fake injectors » : un phénomène que les réseaux sociaux rendent incontrôlable

Le drame de Nice n’est pas un accident isolé. Il s’inscrit dans une explosion des pratiques illégales d’injections esthétiques portée par les réseaux sociaux. En 2023, 104 signalements d’injections illégales ont été effectués auprès du Conseil national de l’Ordre des médecins, soit le double de 2022 et six fois plus qu’en 2020, selon une question parlementaire de la députée Hélène Laporte consultée sur le site de l’Assemblée nationale. La mécanique est simple et mortelle. Instagram et TikTok imposent des standards esthétiques (lèvres pulpeuses, pommettes saillantes, fesses rebondies) qui alimentent une demande massive. Les médecins qualifiés pratiquent ces actes à des tarifs élevés (300 à 800 euros pour des injections d’acide hyaluronique aux lèvres, davantage pour les fesses). Les « fake injectors » proposent les mêmes gestes, dans des salons de beauté ou à domicile, pour une fraction du prix — avec des produits parfois douteux, sans formation médicale, sans matériel de réanimation, sans assurance.

La députée Brigitte Liso avait alerté la ministre de la Santé dans une question orale sur ce qu’elle qualifiait de « menace des fake injectors », rappelant que ces pratiques « peuvent entraîner des infections graves, des nécroses et des déformations irréversibles ». La ministre déléguée Charlotte Parmentier-Lecocq avait reconnu un « problème majeur de santé publique qui touche particulièrement les jeunes femmes influencées par les réseaux sociaux ». En France, seuls les médecins sont habilités à pratiquer des injections de toxine botulique (botox) et d’acide hyaluronique à des fins esthétiques. L’exercice illégal de la médecine est un délit passible de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. Quand il conduit à la mort d’une patiente, les poursuites pour homicide involontaire alourdissent considérablement la peine encourue. Pour la femme de 25 ans morte lundi dans l’arrière-salle du AME Studio, ces chiffres n’ont plus aucune importance.

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner
Exit mobile version