Les passants fuient, la police intervient en tasant la suspecte, un hélicoptère des secours se pose sur Trafalgar Square. Le bilan est lourd mais pas fatal : quatre blessés, dont deux hospitalisés dans un état qui ne met pas leur vie en danger, et deux autres autorisés à rentrer chez eux. La police londonienne écarte d’emblée la piste terroriste et qualifie l’attaque d’« incident isolé lié à des problèmes de santé mentale ». Une paire de ciseaux a également été retrouvée sur les lieux.
Ce qui s'est passé sur Endell Street
Les forces de l’ordre ont été appelées à 12 h 30 heure locale après « plusieurs signalements » de la part de témoins et de commerçants du quartier, rapporte Yahoo Actu citant l’AFP. Endell Street, une rue bordée de restaurants, de boutiques et de théâtres, est l’une des artères piétonnes les plus passantes de Covent Garden. En plein mois d’août, le quartier grouille de touristes. Sur place, les policiers ont trouvé quatre hommes blessés, âgés de 34, 39, 42 et 52 ans, selon le communiqué de la Metropolitan Police relayé par la RTS et CNews. Une femme de 47 ans a été interpellée et placée en garde à vue pour « possession d’arme offensive et coups et blessures », selon la police londonienne citée par 20 Minutes.
Elle a été neutralisée au Taser par les agents, rapporte Ahmad, employé d’un restaurant de fish and chips situé dans la rue de l’attaque, à l’AFP : « J’ai vu la femme se faire taser par la police pour qu’elle lâche son arme. » Un hélicoptère du service d’ambulances aériennes de Londres s’est posé sur Trafalgar Square, à quelques centaines de mètres. Un large périmètre de sécurité a été installé autour d’Endell Street, perturbant la circulation piétonne et automobile dans tout le centre de Londres pendant plusieurs heures. Des images diffusées par Sky News montrent la rue bouclée par un cordon de police, avec des terrasses de café vidées en urgence.
« Elle est toujours dans cette rue » : une femme connue du quartier
Ce qui distingue cette attaque de la plupart des faits divers au couteau qui frappent Londres, c’est le profil de la suspecte. Arjan, employé du restaurant de fish and chips d’Endell Street, a déclaré à l’AFP : « Nous connaissons cette femme. Je ne connais pas son nom, mais elle est toujours dans cette rue. Elle est sans domicile fixe », rapporte 20 Minutes et Yahoo Actu. Ce témoignage dessine le portrait d’une femme en errance, repérée par les commerçants du quartier, connue mais pas signalée — ou signalée sans suite. La police londonienne a abondé dans ce sens en qualifiant l’incident d’« isolé » et en l’attribuant à des « problèmes de santé mentale ». Le commandant en chef Jason Stewart a précisé dans un communiqué : « Même si l’enquête ne fait que commencer, nous tenons à rassurer la population : nous pensons à ce stade qu’il s’agit d’un incident isolé lié à des problèmes de santé mentale », rapporte Yahoo Actu citant l’AFP. La piste terroriste a été explicitement écartée.
La question que ce drame pose est celle que le Royaume-Uni ne parvient pas à résoudre depuis des années : comment une femme manifestement en détresse psychiatrique, connue des commerçants d’un quartier ultra-fréquenté, armée d’un couteau et d’une paire de ciseaux, a-t-elle pu poignarder quatre personnes en plein jour sans que quiconque ait pu intervenir en amont ? La réponse, à Londres comme à Paris, tient en deux mots : psychiatrie de rue. Les moyens manquent, les lits manquent, les équipes mobiles manquent. Et quand la crise survient, c’est la police qui gère — au Taser.
Le fléau des knife crimes : un chiffre en baisse, une angoisse en hausse
L’attaque de Covent Garden intervient dans un contexte de débat permanent au Royaume-Uni sur les agressions au couteau. Selon l’Office for National Statistics cité par CNN, 48 774 infractions liées aux armes blanches ont été enregistrées en Angleterre et au Pays de Galles sur les douze mois précédant mars 2026, soit une baisse de 8 % par rapport à l’année précédente. Moins de 1 % de ces infractions se sont soldées par un homicide. Ces chiffres en recul contrastent avec la perception publique, alimentée par des attaques à forte visibilité. En juillet 2024, l’attaque au couteau de Southport, où un adolescent avait tué trois fillettes lors d’un cours de danse, avait déclenché des émeutes d’extrême droite dans plusieurs villes britanniques.
En avril 2026, un homme avait poignardé un musulman puis deux hommes juifs à Golders Green, dans un acte qualifié de terroriste. L’affaire de Covent Garden ne relève ni du terrorisme ni de la criminalité organisée. Elle relève de cette zone grise où une personne en souffrance psychiatrique devient, faute de prise en charge, un danger pour les autres. Quatre hommes qui déjeunaient ou se promenaient à midi dans l’un des quartiers les plus joyeux de Londres en ont fait les frais. Ils s’en sortiront. La femme de 47 ans qui les a poignardés, elle, restera enfermée — probablement dans un lieu où elle aurait dû être prise en charge bien avant de passer à l’acte.

