Après une messe géante sur les Champs-Élysées, le pape Léon XIV passe ce dimanche 27 septembre au sanctuaire de Lourdes, où quelque 150 000 personnes sont attendues. Au programme : une messe en plein air, une rencontre avec des malades, une procession aux flambeaux — et, loin des caméras, un entretien avec sept victimes françaises d’abus commis dans l’Église. Récit d’une journée qui concentre à elle seule tout ce que ce voyage entend dire.

C’est le cœur spirituel d’un déplacement de quatre jours qui ne ressemble à aucun autre depuis près de vingt ans. Arrivé vendredi à Paris, le premier pape américain de l’histoire a déjà rassemblé des foules considérables dans la capitale. Ce dimanche, changement de décor : direction les Hautes-Pyrénées et le sanctuaire marial qui accueille chaque année des millions de pèlerins. Voici ce qui se joue à Lourdes, ce qui s’est passé depuis vendredi, et ce qui attend encore le souverain pontife avant son départ lundi soir.

Un voyage de quatre jours placé sous un thème

Le voyage apostolique de Léon XIV en France se déroule du vendredi 25 au lundi 28 septembre 2026, sous le thème « Pour que le monde ait la vie ». Il suit un itinéraire en trois grandes étapes : Paris, puis Lourdes, et enfin Metz.

L’événement a une portée historique. Il s’agit du premier voyage d’un pape dans la capitale depuis celui de Benoît XVI en 2008. Quant à Lourdes, seuls deux papes avant Léon XIV s’y sont rendus en tant que souverains pontifes : Jean-Paul II, en 1983 puis en 2004, et Benoît XVI, en 2008. La dernière venue d’un pape sur le sol français remontait au 15 décembre 2024, lorsque François avait fait une brève escale en Corse.

Rappelons qui est le visiteur. Le cardinal Robert Francis Prevost a été élu le 8 mai 2025, devenant le 267e pape de l’Église catholique et le premier Américain à occuper cette fonction. Membre de l’ordre de Saint-Augustin, docteur en droit canon, il a longtemps exercé en Amérique latine avant de diriger, à Rome, le dicastère chargé de la nomination des évêques.

Point pratique souligné par les organisateurs : tous les événements publics du voyage sont gratuits, certains nécessitant une inscription

Vendredi et samedi : Paris en images fortes

Le voyage a débuté vendredi par un accueil à l’aéroport d’Orly, où le pape a été reçu par le président Emmanuel Macron.

La journée a été marquée par une visite au siège de l’UNESCO, à l’invitation de son directeur général, consacrée à la dignité humaine, à la paix et au dialogue à l’ère de l’intelligence artificielle, un sujet sur lequel Léon XIV s’exprime régulièrement. En fin de journée, après une déambulation de 2,5 kilomètres entre Notre-Dame-des-Champs et la place Saint-Michel, il a présidé les vêpres à Notre-Dame de Paris, devant environ 8 000 prêtres, diacres, séminaristes, religieux et religieuses.

Samedi, le moment fort a été la messe célébrée place de la Concorde, avec une foule massée jusque sur les Champs-Élysées. Selon le Saint-Siège, quelque 800 000 personnes étaient présentes. Dans son homélie, le pape a interrogé l’assistance sur ce qu’elle cherchait vraiment dans l’existence, mettant en garde contre les satisfactions immédiates et les biens matériels qui, selon lui, laissent le cœur vide. En soirée, une veillée a réuni des milliers de jeunes, avec notamment la vénération de la tunique d’Argenteuil, relique conservée dans le Val-d’Oise.

Puis le pape a quitté la capitale : arrivée à l’aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées samedi à 19 h 05, et première prière à la grotte de Massabielle dans la soirée.

Dimanche à Lourdes : le programme heure par heure

La journée de ce dimanche est la plus dense du voyage. Voici son déroulé officiel.

9 heures — rencontre avec les évêques de France. Le pape s’adresse aux évêques de la Conférence des évêques de France dans l’hémicycle Sainte-Bernadette, là où se tiennent chaque année leurs assemblées plénières. Un discours très attendu par l’épiscopat français.

11 heures — messe dominicale sur la prairie du sanctuaire, suivie de la prière de l’Angélus. C’est le temps fort populaire de la journée : environ 150 000 fidèles sont attendus sur le site.

15 h 30 — rencontre avec les hospitaliers et les personnes malades à l’Accueil Notre-Dame. Un moment central, tant l’accueil des malades est au cœur de l’identité de Lourdes. Le pape y prononce un discours.

16 h 45 — rencontre privée avec des religieuses contemplatives au monastère du Carmel de Lourdes.

21 heures — prière du rosaire et procession mariale aux flambeaux, conclue par un discours du pape. C’est l’image la plus emblématique du sanctuaire, et sans doute celle qui fera le tour des journaux télévisés ce soir.

Pour ceux qui ne sont pas sur place, les principales célébrations sont retransmises en direct à la télévision et sur les plateformes numériques des médias catholiques et du Vatican.

La rencontre la plus délicate : sept victimes d'abus

C’est la séquence la moins visible de la journée, et peut-être la plus lourde de sens. Selon l’agence Reuters, Léon XIV doit s’entretenir ce dimanche à Lourdes avec sept victimes françaises d’abus commis au sein de l’Église.

Le Saint-Siège avait annoncé dès la présentation du programme, cet été, que le pape rencontrerait en privé des personnes victimes d’abus, et que ces victimes participeraient elles-mêmes à la préparation de cette rencontre. Aucun détail n’a été rendu public sur son contenu, et la discrétion est de mise.

Le contexte explique l’importance du geste. En 2021, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, présidée par Jean-Marc Sauvé, avait estimé à plus de 200 000 le nombre de mineurs victimes de clercs en France depuis 1950. Depuis, les associations de victimes n’ont cessé de réclamer des actes concrets, et plusieurs ont régulièrement jugé la réponse de l’institution trop lente. La portée de cette rencontre sera appréciée à l’aune de ce qu’en diront, le cas échéant, les victimes elles-mêmes.

Pourquoi Lourdes occupe une place à part

Il n’est pas anodin que Lourdes constitue l’étape centrale du voyage. Depuis les apparitions rapportées par Bernadette Soubirous en 1858, le sanctuaire est devenu l’un des premiers lieux de pèlerinage catholique au monde, accueillant plusieurs millions de visiteurs chaque année, dont une part importante de personnes malades ou handicapées accompagnées par des bénévoles.

C’est précisément cette dimension, l’attention aux plus fragiles, que le programme met en avant, avec la rencontre des hospitaliers et des malades. Elle rejoint un fil conducteur du pontificat, souvent exprimé par Léon XIV depuis son élection : l’attention aux personnes vulnérables et aux « périphéries ».

Pour la ville elle-même, l’enjeu est aussi très concret. L’accueil de dizaines de milliers de personnes en une journée impose un dispositif de sécurité et de circulation considérable, avec des perturbations importantes autour du sanctuaire.

Lundi à Metz : l'Europe en point d'orgue

Le voyage s’achèvera lundi 28 septembre à Metz. Le choix de la ville n’est pas fortuit : c’est là qu’a vécu Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de la construction européenne, dont la cause de béatification est en cours.

Le pape doit y prononcer un discours sur « les racines de l’Europe pour la paix et l’unité », en présence d’Emmanuel Macron. Dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, cette dernière étape donnera au voyage une dimension explicitement politique et européenne. La cérémonie de départ est prévue à 18 h 30 à l’aéroport de Metz-Nancy-Lorraine.

Un voyage qui dépasse les seuls catholiques

Au-delà des fidèles, ce voyage intéresse bien au-delà de l’Église. Il y a d’abord sa dimension diplomatique : le pape est aussi un chef d’État, reçu comme tel par le président de la République, et ses prises de parole sur la paix, l’Europe ou l’intelligence artificielle ont une portée qui dépasse le cadre religieux.

Il y a ensuite la question, toujours sensible en France, de la laïcité. La présence du chef de l’État lors de certaines étapes relève, selon l’usage, de l’accueil protocolaire d’un chef d’État étranger, mais elle suscite régulièrement des débats, comme lors des précédentes visites pontificales.

Il y a enfin l’ampleur de la mobilisation. Les organisateurs avaient invité « tous les Français, catholiques ou non, croyants ou non » à venir écouter le pape, et les foules rassemblées à Paris montrent que l’événement a largement dépassé le cercle des pratiquants réguliers.

Une journée électorale en parallèle

Un mot enfin sur le calendrier. Ce même dimanche 27 septembre se tiennent les élections sénatoriales, qui renouvellent 178 des 348 sièges du Sénat. Deux événements de nature très différente, qui se partagent l’attention médiatique d’un dimanche particulièrement chargé. Les résultats sénatoriaux seront connus au fil de la journée et de la soirée.

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