Derrière une part importante des cancers se cachent des infections contre lesquelles il est pourtant possible d’agir. Selon une agence de l’OMS, environ un cancer sur huit dans le monde serait lié à des agents infectieux, dont plusieurs peuvent être prévenus.
Lorsque l’on évoque les facteurs de risque du cancer, le tabac, l’alcool, l’alimentation ou encore l’exposition à certaines substances viennent généralement en premier à l’esprit. Beaucoup moins les infections. Elles seraient pourtant impliquées dans une proportion considérable des cancers diagnostiqués à travers le monde. Selon une estimation d’une agence de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ un cancer sur huit serait lié à une infection. Une donnée d’autant plus importante qu’une partie de ces infections peut être évitée grâce à la vaccination, au dépistage ou à différentes mesures de prévention.
Il ne s’agit évidemment pas de dire qu’une infection provoque systématiquement un cancer. Dans la majorité des cas, les personnes infectées ne développeront pas de tumeur. Mais certains virus ou bactéries peuvent, lorsqu’ils persistent dans l’organisme, favoriser des transformations cellulaires susceptibles de conduire à un cancer plusieurs années plus tard.
HPV, hépatites : comment certaines infections peuvent favoriser un cancer
Parmi les agents infectieux les plus connus pour leur implication dans certains cancers figurent les papillomavirus humains (HPV). Ces virus extrêmement répandus se transmettent notamment lors des contacts sexuels. La plupart des infections disparaissent spontanément, mais certaines infections persistantes par des HPV à haut risque peuvent provoquer des lésions susceptibles d’évoluer vers un cancer. Le lien avec le cancer du col de l’utérus est particulièrement bien établi. Les HPV peuvent également être impliqués dans d’autres cancers, notamment au niveau de l’anus, du pénis et de certaines régions de la sphère ORL. Autres infections importantes : les hépatites virales B et C.
Lorsqu’elles deviennent chroniques, elles peuvent provoquer des lésions durables du foie, favoriser une cirrhose et augmenter le risque de développer un cancer hépatique. Certaines bactéries peuvent également jouer un rôle. C’est notamment le cas d’Helicobacter pylori, qui colonise l’estomac et peut, chez certaines personnes, provoquer une inflammation chronique associée à une augmentation du risque de cancer gastrique. Le développement d’un cancer reste toutefois un processus complexe. L’infection constitue alors un facteur de risque parmi différents éléments biologiques, environnementaux ou comportementaux. C’est aussi ce qui explique pourquoi deux personnes exposées au même agent infectieux n’auront pas nécessairement la même évolution.
Des cancers contre lesquels la prévention peut réellement agir
C’est probablement l’enseignement le plus important de cette estimation : une partie des cancers associés aux infections pourrait être évitée. La vaccination constitue l’un des principaux outils disponibles. Le vaccin contre les HPV vise à protéger contre les types de papillomavirus responsables d’une grande partie des cancers associés à ces infections. Son intérêt est maximal lorsqu’il est administré avant l’exposition au virus. La vaccination contre l’hépatite B permet également d’agir très en amont sur le risque de complications chroniques de l’infection et, par conséquent, sur celui de développer certaines maladies graves du foie. Pour d’autres infections, la prévention passe par le dépistage et le traitement. L’hépatite C, par exemple, ne dispose pas de vaccin, mais des traitements antiviraux permettent aujourd’hui de combattre l’infection. La détection d’Helicobacter pylori peut également conduire à une prise en charge destinée à éliminer la bactérie.
La prévention du cancer ne consiste donc pas uniquement à modifier certaines habitudes de vie. Elle peut aussi passer par la vaccination, le dépistage et le traitement précoce de certaines infections. Le chiffre avancé par l’agence de l’OMS – un cancer sur huit lié à des infections – rappelle ainsi que la lutte contre les maladies infectieuses et celle contre le cancer sont beaucoup plus étroitement liées qu’on pourrait le penser. Et c’est précisément ce qui rend cette donnée particulièrement importante en matière de santé publique : contrairement à certains facteurs de risque impossibles à éliminer, plusieurs des infections impliquées dans l’apparition de cancers disposent déjà de moyens de prévention efficaces.

