Ce mardi 13 octobre, le mouvement World With Women appelle les femmes qui le peuvent à suspendre pendant vingt-quatre heures leurs activités professionnelles, domestiques, associatives et même leurs achats.

L’objectif n’est pas seulement de faire grève au sens traditionnel du terme. Le collectif veut rendre visible ce qui se passerait si les femmes cessaient, le temps d’une journée, d’assurer l’ensemble du travail – rémunéré ou non – qu’elles prennent encore majoritairement en charge. Sur son site, World With Women résume son mot d’ordre ainsi : « Si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. » La date n’a pas été choisie au hasard. Ce mardi 13 octobre, l’Assemblée nationale doit également procéder aux votes solennels sur deux textes consacrés aux violences sexuelles et sexistes, dont une proposition de loi visant à apporter une « réponse intégrale » aux violences commises contre les femmes et les enfants. Le vote est prévu à 16 h 30.

Faire apparaître le travail qui ne se voit pas

L’appel de World With Women repose sur une idée simple : une partie du travail effectué quotidiennement par les femmes reste largement invisible parce qu’il n’est pas rémunéré. Préparer les repas, organiser les rendez-vous médicaux des enfants, faire les courses, nettoyer le logement, accompagner un proche dépendant, gérer les activités scolaires ou simplement anticiper les besoins de la famille font partie de ce que l’on regroupe souvent sous les notions de travail domestique et de charge mentale. Le mouvement invite donc les femmes à interrompre non seulement leur activité professionnelle, mais aussi ce travail effectué dans la sphère privée. 

Les hommes qui souhaitent soutenir le mouvement sont, eux, invités à « prendre le relais ». La mobilisation inclut également la consommation : les participantes sont encouragées à reporter leurs achats afin de rendre visible leur poids économique. Toutes les femmes ne pouvant évidemment pas cesser leur activité pendant une journée entière, notamment dans les professions indispensables ou lorsqu’elles ne peuvent pas poser de congé, les organisateurs proposent plusieurs formes de participation : arrêter de travailler quelques heures, rejoindre un rassemblement ou encore soutenir la mobilisation en ligne.

Des inégalités qui persistent dans le monde du travail

Cette journée entend aussi rappeler que, malgré plusieurs décennies de politiques en faveur de l’égalité professionnelle, les écarts économiques entre les femmes et les hommes restent importants. En France, dans le secteur privé, le revenu salarial moyen des femmes était encore inférieur de 21,8 % à celui des hommes en 2024, selon les dernières données publiées par l’Insee. Une partie de cet écart s’explique notamment par le fait que les femmes travaillent davantage à temps partiel et ont un volume annuel de travail inférieur. Mais même à temps de travail identique, leur salaire moyen reste inférieur de 14 % à celui des hommes.

Lorsqu’on compare précisément un même emploi exercé dans un même établissement, l’écart tombe à 3,6 %. Les femmes restent également moins présentes au sommet de la hiérarchie salariale : elles représentent 42 % des postes salariés du privé en équivalent temps plein, mais seulement 24 % des 1 % d’emplois les mieux rémunérés.

Pour World With Women, ces écarts économiques s’ajoutent à une sous-représentation des femmes dans les principaux lieux de décision politiques et économiques. Le mouvement réclame donc des mesures permettant d’accélérer la mixité plutôt que d’attendre que les écarts se résorbent progressivement.

Une mobilisation inspirée de l’Islande en 1975

L’idée n’est pas nouvelle. World With Women revendique directement l’héritage d’une journée devenue historique en Islande. Le 24 octobre 1975, les Islandaises avaient été appelées à cesser à la fois leur travail salarié et leurs tâches domestiques. Les organisatrices estimaient qu’environ 90 % des femmes du pays avaient participé au mouvement. Environ 25 000 personnes s’étaient également rassemblées dans le centre de Reykjavik, ce qui constituait alors l’une des plus importantes manifestations de l’histoire islandaise. Le mouvement avait été baptisé le « Women’s Day Off », la « journée de congé des femmes ».

En cessant simultanément de travailler dans les entreprises, les administrations, les écoles mais aussi à domicile, les participantes avaient voulu démontrer de manière très concrète ce que représentait leur contribution au fonctionnement du pays. La journée avait provoqué d’importantes perturbations. Certains commerces avaient fermé, des entreprises avaient fonctionné au ralenti et de nombreux pères avaient dû emmener leurs enfants sur leur lieu de travail. L’expérience a ensuite été renouvelée à plusieurs reprises en Islande, notamment en 1985, 2005, 2010, 2016, 2018, 2023 et 2025. Il faut toutefois nuancer l’idée selon laquelle cette seule journée aurait directement transformé l’Islande en modèle mondial d’égalité. Elle constitue plutôt un moment majeur dans une évolution politique et sociale beaucoup plus longue du pays.

Une journée qui coïncide avec un vote important à l’Assemblée

En France, la mobilisation de ce 13 octobre prend une dimension supplémentaire en raison du calendrier parlementaire. L’Assemblée nationale doit voter ce mardi sur une proposition de loi visant à apporter une réponse globale aux violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants, ainsi que sur un texte organique destiné à adapter l’autorité judiciaire à la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales. Les députés ont examiné les textes du 1er au 9 octobre. Certains articles ont donné lieu à des débats et à des votes serrés : le 9 octobre, l’article 46 du texte principal a par exemple été rejeté par 77 voix contre 74 et doit faire l’objet d’une seconde délibération avant le vote solennel de ce mardi.

Le calendrier donne donc une dimension politique particulière à la mobilisation, même si World With Women inscrit son action dans un objectif plus large d’égalité entre les femmes et les hommes.

Des rassemblements prévus dans plusieurs villes

Le mouvement ne se limite pas à Paris. Des rassemblements sont annoncés notamment à Lyon, Toulouse, Marseille, Rennes, Nantes, Nice, Bordeaux, Aix-en-Provence, Grenoble ou encore Angers. Début octobre, World With Women revendiquait 28 comités locaux et plus de 200 soutiens associatifs, institutionnels ou privés. À Paris, un rassemblement est annoncé à partir de 11 h 30 place de la Bastille, avec des prises de parole et des performances, avant un geste collectif prévu à 13 heures. La Ville de Paris fait partie des collectivités soutenant l’événement.

Des initiatives doivent également avoir lieu hors de France, notamment à Bruxelles et Genève. L’ampleur réelle de la participation sera donc l’un des principaux éléments à observer ce mardi. Car derrière le slogan volontairement radical d’une journée où les femmes ne feraient « rien », l’objectif est précisément inverse : montrer tout ce qu’elles font le reste de l’année et ce qui, sans elles, cesserait de fonctionner.

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