À peine arrivée à la Maison Blanche, Katie Zacharia doit déjà répondre à des questions sur son propre parcours.

Nommée nouvelle porte-parole de Donald Trump après le départ de Karoline Leavitt, la communicante conservatrice de 41 ans a pris ses fonctions lundi 12 octobre et tenu son premier briefing dès le lendemain. Mais depuis sa nomination, un élément de son CV concentre l’attention : son statut d’avocate. Donald Trump lui-même l’a présentée comme une « attorney » lors de l’annonce de sa nomination. Katie Zacharia s’est également décrite à plusieurs reprises comme une professionnelle du droit au cours de sa carrière. Pourtant, plusieurs médias américains, dont Reuters et Associated Press, n’ont retrouvé aucune preuve qu’elle ait été admise à exercer comme avocate dans un État américain. Une association a désormais demandé au barreau de Californie d’examiner son cas.

Diplômée en droit, mais avocate ?

Une chose n’est pas contestée : Katie Zacharia a bien suivi des études juridiques. Elle est diplômée de la Pepperdine Caruso School of Law, en Californie, où elle a obtenu son diplôme de droit en 2011. L’université a elle-même confirmé son parcours lorsqu’elle a été nommée à la Maison Blanche. Mais aux États-Unis, obtenir un diplôme de droit ne suffit généralement pas pour pouvoir exercer en tant qu’avocat. Il faut notamment réussir l’examen du barreau de l’État concerné et y être admis.

Or le State Bar of California assure n’avoir retrouvé aucune trace de Katie Zacharia, sous son nom actuel ou son nom de naissance, parmi les personnes autorisées à exercer en Californie. Une recherche menée dans les bases des cinquante États et de Washington D.C. n’a pas davantage permis d’identifier une inscription à un barreau américain. Cela ne signifie pas que son diplôme est faux. La question porte sur la manière dont elle a présenté ses qualifications professionnelles.

Une réponse sur la Chine qui a ajouté à la confusion

Interrogée sur le sujet après son premier briefing, Katie Zacharia a expliqué avoir passé le barreau « quand [elle est] partie en Chine ». Cette réponse a immédiatement suscité de nouvelles interrogations. Selon plusieurs spécialistes interrogés par les médias américains, les ressortissants étrangers ne peuvent pas devenir avocats chinois en passant l’examen national du barreau. La législation chinoise réserve l’accès à cette qualification aux citoyens chinois. Katie Zacharia a ensuite précisé qu’elle avait exercé dans le domaine des transactions internationales avec « toutes les qualifications appropriées », sans indiquer précisément quel examen professionnel elle aurait réussi ni dans quelle juridiction elle aurait été admise. Selon son profil professionnel, elle a travaillé entre 2011 et 2013 au cabinet Zhong Lun à Pékin, l’un des grands cabinets chinois. Mais là encore, travailler dans un cabinet d’avocats ne signifie pas nécessairement être soi-même avocat habilité à exercer dans le pays.

Une autre ligne de son CV attire l’attention. Katie Zacharia a occupé en 2024 et 2025 le poste de « general counsel » auprès de Fix California, une organisation liée à Ric Grenell, ancien responsable de l’administration Trump. Ce titre est généralement utilisé pour désigner le principal conseiller juridique d’une organisation. Interrogé par Reuters, Ric Grenell a toutefois expliqué que Katie Zacharia avait exercé auprès de la structure dans un rôle de conseil, et non en tant qu’avocate représentant légalement l’organisation. Ces différents postes nourrissent aujourd’hui le débat autour de la manière dont elle a décrit sa carrière.

Une plainte déposée auprès du barreau de Californie

L’affaire dépasse désormais les simples vérifications journalistiques. Le 14 octobre, l’organisation Campaign for Accountability a officiellement saisi le State Bar of California afin qu’il examine si Katie Zacharia a pu enfreindre la législation de l’État en se présentant comme avocate sans disposer de la licence correspondante. En Californie, se présenter comme habilité à exercer la profession d’avocat sans être membre actif du barreau peut constituer une infraction. Cela ne signifie toutefois pas que Katie Zacharia a commis une infraction : à ce stade, aucune décision n’a été rendue à son encontre. Le barreau de Californie n’a d’ailleurs pas indiqué publiquement s’il avait ouvert une enquête, les procédures disciplinaires étant soumises à des règles de confidentialité. La Maison Blanche défend de son côté la nouvelle porte-parole. Son directeur de la communication, Steven Cheung, la décrit comme particulièrement qualifiée pour le poste et souligne son expérience professionnelle et médiatique.

Avant d’arriver à la Maison Blanche, Katie Zacharia était déjà connue dans les médias conservateurs américains. Elle a travaillé comme commentatrice pour Fox News et Newsmax et, plus récemment, comme conseillère en communication pour Trump Media & Technology Group, la société qui possède notamment Truth Social. Elle a également brièvement occupé un poste de communication au département de la Sécurité intérieure en 2026. Sa nomination a été annoncée par Donald Trump le 9 octobre. Le président américain l’a présentée comme une fidèle de longue date du mouvement MAGA et a vanté son parcours universitaire, son expérience médiatique et ses compétences. Katie Zacharia succède à Karoline Leavitt, qui a quitté son poste le 27 août après un peu plus d’un an et demi à la Maison Blanche. La précédente porte-parole avait expliqué vouloir consacrer davantage de temps à sa famille après la naissance de son deuxième enfant.

Un premier briefing déjà très observé

L’attention portée à son CV a été amplifiée par son entrée en fonction particulièrement médiatisée. Pour son premier briefing, mardi 13 octobre, Katie Zacharia est restée environ un quart d’heure devant les journalistes et n’a répondu qu’à un nombre limité de questions. La Maison Blanche a présenté cette première apparition comme une réussite, Donald Trump lui-même saluant sa prestation. Plusieurs médias américains ont toutefois relevé ses hésitations et le caractère très contrôlé de l’exercice. Mais ce sont finalement moins ses premiers pas derrière le pupitre de la Maison Blanche que son passé professionnel qui risquent de continuer à la poursuivre.

Car le débat ne porte pas, à ce stade, sur l’authenticité de son diplôme en droit : celui-ci est bien confirmé par Pepperdine. La question est beaucoup plus précise : Katie Zacharia pouvait-elle légitimement se présenter comme avocate alors qu’aucune licence lui permettant d’exercer aux États-Unis n’a, jusqu’ici, été retrouvée ? C’est désormais au barreau de Californie, s’il décide d’examiner la plainte déposée contre elle, de déterminer si cette présentation relevait d’une simple imprécision de vocabulaire ou pouvait contrevenir aux règles encadrant la profession.

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