Dimanche soir, pour la deuxième nuit consécutive, plusieurs quartiers de Paris ont de nouveau été le théâtre de pillages, de dégradations et de tensions avec les forces de l’ordre. Des incidents ont notamment été signalés autour de Belleville, République, Étienne-Marcel et Châtelet-les-Halles. Dans le centre de la capitale, des groupes mobiles ont profité de commerces dont les vitrines avaient déjà été endommagées la veille pour pénétrer à l’intérieur et repartir avec des marchandises. Au total, 117 personnes ont été interpellées à Paris dimanche, selon un bilan rapporté lundi matin. Des forces de police supplémentaires avaient pourtant été mobilisées après les violences sans précédent de la veille.
Une deuxième nuit après les violences du 17 octobre
La situation est directement liée à la mobilisation nationale organisée samedi contre la hausse du coût de la vie et la dégradation des services publics. Selon le gouvernement, environ 550 000 personnes avaient manifesté à travers la France ce jour-là, contre 800 000 selon les organisateurs. La très grande majorité des rassemblements s’étaient déroulés pacifiquement, mais plusieurs cortèges avaient dégénéré en affrontements et en scènes de pillage à Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux ou encore Limoges.
À Paris, les violences s’étaient notamment concentrées autour de République, du boulevard Magenta, de Saint-Lazare, de Châtelet-les-Halles et des Champs-Élysées. Des commerces de proximité comme des enseignes de luxe ont été pris pour cible. Certains gérants ont raconté avoir vu des groupes pénétrer dans leurs magasins pendant plusieurs heures sans intervention immédiate de la police.
Des commerces déjà fragilisés à nouveau pris pour cible
Dimanche soir, le scénario s’est en partie répété. Dans le quartier de Belleville ou autour de Châtelet, de petits groupes se sont introduits dans plusieurs commerces et magasins d’électronique. Le Monde décrit notamment des personnes pénétrant dans des boutiques aux devantures déjà fracturées tout en continuant à croiser, quelques mètres plus loin, les clients des cafés et restaurants ouverts normalement. La situation a conduit les forces de l’ordre à intervenir à plusieurs reprises pour disperser les groupes et procéder à des arrestations. Autour des Halles, des unités casquées ont notamment poursuivi des individus dans les rues tandis que des gaz lacrymogènes étaient utilisés pour disperser les rassemblements. Cette deuxième nuit de violences a renforcé le sentiment d’exaspération d’une partie des commerçants et des riverains.
Au lendemain de la première nuit, plusieurs commerçants avaient déjà raconté avoir attendu longtemps avant de voir intervenir les forces de l’ordre. Boulevard Beaumarchais, le responsable d’un magasin d’accessoires pour deux-roues expliquait au Monde que des pillages avaient commencé vers 18 h 30 samedi et que les auteurs avaient pu agir pendant plusieurs heures. « Tout le monde a appelé la police », racontait-il, assurant avoir vu passer des véhicules de police sans qu’ils puissent immédiatement intervenir contre les groupes présents. Plusieurs commerçants du secteur ont livré des témoignages similaires. Ces récits ont alimenté une polémique sur le dispositif policier déployé samedi. Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a lui-même dénoncé dimanche des « défaillances de sécurité », après avoir rencontré des commerçants touchés entre Bastille et République.
Pourquoi la police n’a-t-elle pas pu empêcher tous les pillages ?
La difficulté tient notamment au caractère extrêmement mobile des groupes impliqués. Samedi, les policiers et CRS ont dû intervenir simultanément dans de nombreux secteurs de la capitale, face à des groupes capables de se disperser rapidement avant de se reformer quelques rues plus loin. Le reportage du Monde décrit ainsi des forces mobiles contraintes de passer en permanence d’un point de tension à un autre, sans parvenir à contenir l’ensemble des incidents. Les renseignements avaient pourtant identifié avant la mobilisation un risque élevé de violences et de pillages.
Selon Le Parisien, les services de renseignement territorial avaient notamment alerté sur la possibilité que des groupes profitent de la manifestation pour s’en prendre à des commerces. Ils n’avaient toutefois pas anticipé l’ampleur exacte du phénomène. Les autorités estiment également que les réseaux sociaux ont joué un rôle important dans la propagation des mouvements de foule, certains groupes pouvant rapidement identifier les secteurs où les forces de l’ordre étaient moins présentes.
Plus de 550 gardes à vue après la seule journée de samedi
L’ampleur des arrestations donne une idée du niveau de violences observé. Dimanche à la mi-journée, le parquet de Paris faisait état de 557 personnes en garde à vue après les incidents de samedi, dont 381 majeurs et 151 mineurs. Les infractions présumées concernaient notamment le recel de vol, les dégradations, les regroupements destinés à commettre des violences ainsi que certains ports d’armes ou détentions d’explosifs. À l’échelle nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu avait annoncé samedi soir 1 200 interpellations et 150 policiers et gendarmes blessés. Les bilans ont ensuite continué d’augmenter au fil des arrestations.
Les violences du week-end ont rapidement pris une dimension politique. Emmanuel Macron a condamné dimanche les pillages et dégradations, tout en annonçant une évaluation du dispositif de sécurité afin de déterminer si des défaillances avaient permis aux violences de prendre une telle ampleur. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a lui aussi défendu le droit de manifester tout en distinguant les manifestants pacifiques des groupes impliqués dans les pillages et les affrontements. De son côté, la Ville de Paris a rappelé que « l’immense majorité » des manifestants avaient exprimé leurs revendications sans violence et appelé à ne pas confondre la mobilisation avec les actes de vandalisme commis en marge des rassemblements.
Près de 1 000 agents mobilisés pour nettoyer Paris
Dimanche matin, l’étendue des dégâts était encore visible dans plusieurs quartiers. La Ville de Paris a mobilisé près de 1 000 agents de la propreté pour enlever les débris, nettoyer les chaussées et sécuriser les espaces publics. Des agents initialement en congé ont même été rappelés pour accélérer la remise en état. Mais alors que ces opérations étaient encore en cours, de nouveaux groupes ont commencé à se former dimanche après-midi autour de République et dans le nord-est parisien. Quelques heures plus tard, les premiers pillages de la deuxième nuit étaient signalés.
Cette deuxième nuit change en partie la nature de l’événement. Les violences de samedi avaient eu lieu en marge d’une mobilisation nationale réunissant plusieurs centaines de milliers de personnes. Celles de dimanche se sont poursuivies alors que les principaux cortèges étaient terminés. La question n’est donc plus seulement celle du maintien de l’ordre pendant une manifestation, mais également de la capacité des autorités à empêcher des groupes plus réduits et mobiles de profiter durablement du désordre créé la veille. Le gouvernement doit désormais répondre à deux critiques simultanées : expliquer pourquoi les pillages n’ont pas pu être davantage contenus et garantir que la réponse sécuritaire ne remette pas en cause le droit des centaines de milliers de personnes qui ont manifesté pacifiquement samedi. Après deux nuits de violences, c’est ce double enjeu qui devrait désormais dominer le débat sur la gestion du 17 octobre.


