La mesure, en vigueur entre 23 heures lundi soir et 6 heures mardi matin, a globalement été respectée.
Après deux nuits de pillages et de violences, Paris s’est réveillée plus calme ce mardi 20 octobre. Pour la première fois depuis le début des troubles, un couvre-feu partiel avait été instauré dans plusieurs secteurs de la capitale, notamment autour de République et des Halles. Le gouvernement estime qu’elle a contribué à éviter une troisième nuit de violences. Mais sur le terrain, son utilité fait déjà débat.
Un couvre-feu très localisé
Contrairement à ce que pourrait laisser penser le terme, Paris n’a pas été placée sous couvre-feu dans son ensemble. L’arrêté de la préfecture de police concernait essentiellement l’esplanade de la République et plusieurs rues situées au sud du quartier des Halles, notamment autour de la rue Berger, du boulevard Sébastopol et de la rue Rambuteau. Les habitants du secteur, les travailleurs devant s’y rendre, les services de secours et les commerçants pouvaient continuer à circuler.
Parallèlement, plusieurs autres zones faisaient l’objet d’interdictions de rassemblement : les abords de l’Élysée, de Matignon, de l’Assemblée nationale, du Sénat, de la préfecture de police, de la Bastille, de la place d’Italie ou encore des grandes gares parisiennes. Les stations République et Châtelet avaient également été fermées à partir de 22 heures sur plusieurs lignes de métro et de RER.
Une nuit nettement plus calme
Le contraste avec le week-end est important. Samedi 17 octobre, 855 personnes avaient été interpellées à Paris et 557 placées en garde à vue après les violences survenues en marge de la mobilisation contre la vie chère. Les incidents se sont prolongés dimanche, avec 208 nouvelles interpellations et 145 gardes à vue, notamment après de nouveaux pillages dans le secteur des Halles. Dans la nuit de lundi à mardi, aucune vague comparable de pillages n’a été signalée.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé mardi matin que les couvre-feux instaurés dans plusieurs villes avaient « contribué au calme de la nuit » et annoncé qu’ils pourraient être reconduits « là où la situation le nécessite ». Paris n’était d’ailleurs pas la seule ville concernée : des mesures similaires ont été prises à Lille, Lyon, Nice et dans plusieurs autres communes.
Un dispositif très visible
La préfecture de police avait déployé un dispositif particulièrement important dans les zones concernées. Barrages policiers, rubalises, contrôles et filtrages ont notamment été mis en place autour de République et des Halles. Un hélicoptère a également survolé Paris pendant environ 45 minutes dans la nuit, passant notamment au-dessus de République, Châtelet et des Champs-Élysées. Le dispositif tranche avec celui du samedi 17 octobre, dont le sous-dimensionnement est désormais reconnu par le gouvernement. Les services de renseignement avaient estimé que les manifestations réuniraient jusqu’à 200 000 personnes. Elles ont finalement rassemblé environ 550 000 participants selon le ministère de l’Intérieur. À Paris, les syndicats policiers ont également dénoncé un manque d’effectifs face à l’ampleur des troubles.
Mais dans les rues concernées, l’efficacité du couvre-feu ne convainc pas tout le monde. Certains habitants interrogés lundi soir estimaient que les pillages avaient surtout été possibles parce que les forces de l’ordre étaient insuffisamment nombreuses durant le week-end, et qu’un couvre-feu imposé deux jours plus tard arrivait trop tard. D’autres dénoncent une mesure contraignante pour les habitants de quartiers déjà revenus au calme. Auprès du Parisien, plusieurs personnes ont ainsi exprimé leur incompréhension face au dispositif. Certaines ont découvert en arrivant à République qu’elles ne pouvaient plus traverser la place pour rejoindre leur métro ou leur domicile. Cette contestation porte donc moins sur le principe du retour au calme que sur la proportionnalité de la réponse.
Peut-on vraiment mesurer son efficacité après une seule nuit ?
C’est la principale limite du bilan dressé mardi matin. Le fait qu’aucun pillage massif n’ait été signalé pendant la nuit ne permet pas, à lui seul, d’établir que le couvre-feu en est la cause. Plusieurs facteurs ont changé simultanément : présence policière renforcée, fermetures de stations, restrictions de rassemblement et multiplication des arrestations depuis le week-end. En outre, les troubles avaient déjà diminué progressivement dimanche soir par rapport à la journée de samedi. La mesure peut donc avoir participé au retour au calme, comme l’affirme le gouvernement, sans que son effet puisse être isolé avec certitude après quelques heures seulement.
Le recours au couvre-feu doit surtout être replacé dans un contexte de forte pression politique. L’exécutif a fini par reconnaître que le dispositif du 17 octobre avait été mal dimensionné. Les renseignements avaient fortement sous-estimé l’affluence et les forces présentes dans plusieurs grandes villes avaient été rapidement dépassées par des groupes mobiles procédant à des pillages après les cortèges. À Paris, les syndicats policiers cités par Le Monde évoquent notamment 434 policiers nationaux et 240 CRS mobilisés sur l’ensemble de la journée, soit trois compagnies de CRS. Plusieurs responsables syndicaux ont jugé ce dispositif manifestement insuffisant. Le couvre-feu constitue donc aussi une réponse politique à ces critiques : montrer que l’État reprend le contrôle après un week-end où son dispositif a été pris en défaut.
Une mesure susceptible d’être prolongée
La question est désormais de savoir si cette première nuit restera exceptionnelle. Sébastien Lecornu a déjà annoncé que de nouveaux couvre-feux pourraient être décidés mardi soir dans les villes où les préfets jugent la situation suffisamment préoccupante. De nouvelles mobilisations sont par ailleurs annoncées pour le week-end suivant, notamment par des organisations étudiantes et des groupes se revendiquant des « gilets jaunes ». Le gouvernement devra donc arbitrer entre deux impératifs : prévenir de nouveaux pillages et éviter de transformer une mesure d’urgence très localisée en restriction durable de la circulation. Après une première nuit sans incident majeur, le couvre-feu peut être présenté comme un succès opérationnel immédiat. Mais il faudra davantage qu’une nuit calme pour savoir s’il a réellement empêché les violences, ou simplement accompagné leur reflux.


