Plébiscité pour ses résultats spectaculaires sur le poids, ce traitement est aujourd’hui au centre de nouvelles inquiétudes. Des études montrent que son arrêt peut entraîner une reprise rapide des kilos et faire disparaître les bénéfices obtenus.
Ces dernières années, un médicament s’est imposé comme une référence dans la prise en charge de l’obésité et du diabète de type 2 : le tirzepatide, commercialisé sous le nom de Mounjaro. Ses effets sont largement documentés : perte de poids importante, amélioration de la glycémie, baisse du cholestérol et de la tension artérielle. Pour de nombreux patients, les résultats sont rapides et visibles.
Mais derrière ces bénéfices indéniables, un constat inquiète de plus en plus les spécialistes : l’arrêt du traitement entraîne très souvent une reprise de poids rapide, parfois accompagnée de la disparition des bénéfices métaboliques obtenus. Un phénomène désormais confirmé par plusieurs travaux scientifiques récents.
Une reprise de poids quasi systématique après l’arrêt
Selon une analyse menée par des chercheurs spécialisés dans l’obésité et les maladies métaboliques, les effets positifs du tirzepatide ne se maintiennent pas lorsque le traitement est interrompu. Même chez des patients qui continuent à adopter une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, la reprise de poids apparaît souvent immédiate. « Les personnes qui reprennent beaucoup de poids voient leur tour de taille augmenter fortement, leur tension remonter et leurs paramètres du diabète se détériorer », soulignent les auteurs dans une étude publiée dans JAMA Internal Medicine.
Le Dr Perry Wilson, médecin et chercheur à la Université Yale, parle même d’un phénomène « dramatique ». « Pour la plupart des gens, l’arrêt signifie un retour éventuel à l’état initial », explique-t-il sur Medscape. Autrement dit, sans poursuite du traitement, les bénéfices observés pendant plusieurs mois, voire un an, tendent à s’effacer.
Comment fonctionne le tirzepatide ?
Le tirzepatide appartient à la famille des agonistes des récepteurs GLP-1, au même titre que l’Ozempic ou le Wegovy. Ces médicaments agissent sur les hormones impliquées dans la régulation de l’appétit et de la glycémie. Ils augmentent la sensation de satiété, ralentissent la vidange gastrique et réduisent les apports caloriques. Leur efficacité sur le poids est particulièrement marquée. « Le tirzepatide permet une perte de poids d’environ 20 % en un an », précise le Dr Wilson. Concrètement, une personne de 80 kilos peut perdre une quinzaine de kilos sur cette période. Mais cette efficacité repose sur une action continue du médicament sur les mécanismes biologiques de la faim.
À l’arrêt du traitement, ces mécanismes reprennent leur fonctionnement initial. L’appétit augmente, la régulation hormonale se modifie et le corps tend à retrouver son poids antérieur, parfois très rapidement. Aux États-Unis, ces médicaments connaissent une croissance fulgurante. Un simple surpoids, parfois associé à un cholestérol élevé, peut suffire à obtenir une prescription. Cette banalisation inquiète certains spécialistes, qui redoutent un usage détourné à des fins purement esthétiques.
En France, la situation est différente. Le tirzepatide et les autres traitements de cette classe sont strictement encadrés. Ils sont réservés aux patients atteints de diabète de type 2 ou à ceux présentant une obésité sévère, avec un indice de masse corporelle (IMC) généralement supérieur à 35. L’objectif est d’éviter une prescription massive sans suivi médical adapté. Les autorités sanitaires rappellent que ces médicaments ne constituent pas une solution miracle, mais un outil thérapeutique, à intégrer dans une prise en charge globale incluant suivi médical, nutrition et activité physique.
Un traitement potentiellement au long cours
Ces résultats soulèvent une question centrale : faut-il envisager le tirzepatide comme un traitement au long cours, voire chronique ? Pour de nombreux experts, la réponse est de plus en plus claire. Comme pour l’hypertension ou le diabète, l’arrêt d’un traitement efficace entraîne souvent le retour des symptômes. Pour autant, les chercheurs appellent à la prudence. Les effets à très long terme de ces médicaments restent encore à documenter. « Cette classe de médicaments a quelque chose de très spécial à offrir, tant au niveau individuel que collectif », estime néanmoins le Dr Wilson, tout en soulignant l’importance d’un suivi rigoureux.
Les spécialistes sont unanimes sur un point : l’arrêt brutal d’un traitement comme le tirzepatide sans avis médical est fortement déconseillé. Toute modification de posologie ou interruption doit être discutée avec un médecin, afin d’anticiper les effets indésirables et d’adapter la prise en charge. Ils rappellent également l’importance de respecter le circuit officiel de prescription et de délivrance. Les achats sur Internet, sans contrôle médical, exposent à des risques importants, tant sur le plan de l’efficacité que de la sécurité.
Au-delà de la reprise de poids, ce débat interroge notre rapport aux traitements de l’obésité. Le tirzepatide illustre à quel point ces médicaments modifient profondément les équilibres biologiques, mais aussi à quel point leurs bénéfices restent dépendants de leur utilisation dans le temps. Pour les patients, la promesse est réelle. Mais elle s’accompagne d’une contrainte : celle de la durée, et d’un suivi médical indispensable pour éviter les déconvenues à l’arrêt.

