C’est une histoire médicale et humaine d’une rare violence. En Italie, une femme aujourd’hui sexagénaire a appris, après quatre années de chimiothérapie lourde, qu’elle n’avait jamais été atteinte du cancer pour lequel elle avait été traitée. La justice italienne vient de reconnaître l’ampleur du préjudice subi, accordant à la victime 500 000 euros de dommages et intérêts pour erreur médicale.

Les faits remontent à 2006. À l’époque âgée de 42 ans, Daniela Montesi consulte à l’Hôpital universitaire de Pise après la détection d’une anomalie lors d’examens médicaux. Le diagnostic tombe rapidement : un lymphome de type MALT, une forme de cancer du système lymphatique affectant les intestins, présenté comme très avancé.

Un diagnostic erroné et des traitements lourds pendant quatre ans

De janvier 2007 à mai 2011, la patiente subit une chimiothérapie agressive, associée à une corticothérapie à fortes doses. Un traitement lourd, aux effets secondaires bien connus, qui va profondément altérer sa santé. Pendant ces années, Daniela Montesi voit son système immunitaire s’effondrer, développe un déséquilibre hormonal, de l’ostéoporose avec des fractures à répétition, mais aussi des épisodes dépressifs sévères et une anxiété persistante. Sa vie personnelle et professionnelle est bouleversée, rythmée par les soins et l’angoisse liée à un cancer qu’elle croit incurable.Ce n’est qu’en 2011, après une biopsie osseuse réalisée à Gênes, que la vérité éclate : elle n’a jamais eu de cancer. Aucun lymphome. Aucun processus tumoral.

Pour Daniela Montesi, la découverte est un choc aussi violent que le diagnostic initial. « Mon système immunitaire a été détruit par ces traitements erronés, inutiles et nocifs », témoigne-t-elle dans la presse italienne. Loin d’être soulagée, elle réalise que les soins censés la sauver l’ont rendue réellement malade. Outre les séquelles physiques, elle souffre de pathologies chroniques liées à l’immunosuppression, mais aussi de maladies rares comme la spasmophilie ou le syndrome de Tietze, nécessitant de nouvelles prises en charge médicales. « Je me sens brisée. Je n’ai aucun moyen d’être en paix, même après cette décision », confie-t-elle.

Une longue bataille judiciaire pour faire reconnaître la faute

Face à ce qu’elle considère comme une négligence médicale majeure, Daniela Montesi engage une procédure contre l’hôpital. En 2024, la justice italienne reconnaît la responsabilité de l’établissement et lui accorde 300 000 euros de dommages et intérêts. Mais pour la plaignante et son avocate, cette somme ne reflète pas l’ampleur du préjudice subi. Elles font appel. Jeudi, la Cour d’appel de Florence revoit le montant à la hausse, portant l’indemnisation à 500 000 euros. Dans son arrêt, la cour estime que cette augmentation est « pleinement justifiée par l’angoisse et les souffrances extraordinaires » endurées par la victime pendant plus d’une décennie.

Malgré cette décision, Daniela Montesi reste marquée par l’épreuve. « J’aurais voulu être présente devant les juges pour leur montrer mon état, leur faire comprendre ce que j’ai enduré », explique-t-elle. Mais au moment du jugement, elle était hospitalisée, soignée pour des maladies directement liées aux traitements qu’elle n’aurait jamais dû recevoir. Si la somme accordée est significative, elle ne permet pas d’effacer les séquelles irréversibles, ni les années de vie passées sous la menace d’un cancer inexistant.

Une affaire emblématique des risques d’erreur médicale

Cette affaire relance le débat sur les erreurs de diagnostic, en particulier dans le domaine de l’oncologie, où les traitements sont lourds et les conséquences potentiellement irréversibles. Elle rappelle aussi l’importance des contre-expertises, du suivi des diagnostics et du doute médical, même face à des pathologies graves. Pour Daniela Montesi, la reconnaissance judiciaire est une étape, mais pas une réparation complète. « Aujourd’hui, je suis vraiment malade », résume-t-elle, soulignant le paradoxe cruel d’un combat contre une maladie… qui n’a jamais existé.

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