La menace est spectaculaire : une surtaxe de 200 % sur les vins et champagnes français à destination du marché américain. Derrière cette annonce fracassante, formulée lundi 19 janvier, se cache un bras de fer diplomatique entre Washington et Paris. À l’origine de cette tension, un projet porté par Donald Trump lui-même : la création d’un « Conseil de paix », une instance internationale présentée comme une alternative à l’ONU. Selon la Maison Blanche, ce conseil aurait pour mission de « promouvoir la stabilité mondiale »… à condition d’y contribuer financièrement. Le ticket d’entrée ? Plus d’un milliard de dollars pour chaque pays membre.

La France, par la voix d’Emmanuel Macron, a clairement fait savoir qu’elle ne participerait pas à ce projet. Pour l’exécutif français, il n’est pas question de financer une structure parallèle aux institutions internationales existantes, encore moins sous pression financière. Ce refus a provoqué l’ire de Donald Trump, qui a choisi de répondre sur le terrain économique, fidèle à une méthode déjà éprouvée lors de son premier mandat : utiliser les droits de douane comme arme politique. Le message est limpide : si la France refuse de coopérer diplomatiquement, ses secteurs emblématiques pourraient en payer le prix.

Pourquoi le champagne est une cible stratégique

Le choix du champagne n’a rien d’anodin. Il s’agit à la fois d’un symbole du savoir-faire français et d’un produit très exposé au marché américain. Les États-Unis sont aujourd’hui le premier marché d’exportation du champagne, devant le Royaume-Uni et le Japon. Selon les chiffres 2024 du Comité Champagne, le marché américain représente :

  • environ 10 % des volumes exportés,
  • 820 millions d’euros de chiffre d’affaires,
  • soit plus de 14 % de la valeur totale des ventes mondiales.

Une surtaxe de 200 % reviendrait à tripler le prix de vente, rendant le champagne français quasi inaccessible pour une grande partie des consommateurs américains.

Du côté du gouvernement français, la réaction a été immédiate. L’entourage d’Emmanuel Macron a dénoncé une méthode brutale et inefficace : « Les menaces tarifaires pour influencer notre politique étrangère sont inacceptables et inefficaces », a indiqué l’exécutif à l’AFP. En clair, Paris refuse de céder à ce qu’il considère comme un chantage commercial, tout en rappelant que toute riposte passerait par le cadre européen.

Mélenchon entre en scène avec une réponse ironique

C’est dans ce contexte tendu que Jean-Luc Mélenchon a choisi d’intervenir. Mardi 20 janvier, le leader de La France insoumise a publié un message sur le réseau social X, adressé directement à Donald Trump. Particularité : le message est rédigé en franglais, sur un ton volontairement moqueur. “If you continue to provoquer tout le monde et vouloir être le roi du monde (‘No Kings’ man !), you will never have une coupe de champagne. Understood ?” Avant de conclure : “Des millions de gens le boiront à votre place. On le paiera avec le milliard qu’on ne vous donnera pas pour votre soi-disant conseil de la paix.” Une manière pour Mélenchon de dénoncer à la fois la logique financière du projet américain et l’usage des sanctions économiques comme moyen de pression.

Derrière la boutade, l’enjeu est sérieux. La filière champagne, déjà confrontée à la hausse des coûts de production, les aléas climatiques et les tensions géopolitiques, voit d’un très mauvais œil la perspective d’une guerre commerciale avec son premier client à l’export. Si la menace de Donald Trump devait se concrétiser, l’impact serait immédiat pour les grandes maisons mais aussi les viticulteurs indépendants, très dépendants du marché américain.

Une stratégie trumpienne bien rodée

Cette séquence rappelle les méthodes employées par Donald Trump lors de son premier mandat : surtaxes sur l’acier, l’aluminium, le vin ou les fromages européens pour obtenir des concessions politiques. Reste à savoir si cette nouvelle menace relève d’un coup de pression diplomatique ou d’un véritable tournant vers une escalade commerciale. Pour l’heure, aucune mesure n’est entrée en vigueur, mais le signal envoyé est clair : le champagne est devenu, bien malgré lui, un outil de négociation internationale.

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