Journées plus courtes, rentrée avancée, vacances d’été raccourcies… Emmanuel Macron remet sur la table la réforme des rythmes scolaires. Un débat sensible, aux enjeux pédagogiques et sociaux majeurs, repoussé à 2027.
C’est un serpent de mer de la politique éducative française. Et pourtant, Emmanuel Macron y revient, une nouvelle fois. Lors d’un entretien accordé au média Brut, le chef de l’État s’est dit de nouveau favorable à une refonte des rythmes scolaires, évoquant des journées allégées au collège et au lycée, un début des cours plus tardif le matin et, en contrepartie, des vacances d’été raccourcies. Une prise de parole qui ravive un débat ancien, sensible, et profondément clivant, sans pour autant annoncer de réforme imminente.
Car si le président affiche ses convictions, il reconnaît aussi les limites de son pouvoir d’action à ce stade. « C’est le gouvernement qui va avoir à agir », a-t-il concédé, alors même que l’exécutif a déjà repoussé toute décision structurante après l’élection présidentielle de 2027.
Des journées plus courtes pour mieux apprendre
Dans cet entretien, Emmanuel Macron s’appuie sur son « expérience » pour défendre une organisation scolaire plus équilibrée. Selon lui, les journées actuelles sont trop longues et trop chargées pour les collégiens et les lycéens. Il plaide pour un début des cours plus tardif, des fins de journée avancées, afin de dégager du temps pour le sport et les activités culturelles. L’argument central est pédagogique : avec des journées moins denses, les élèves apprendraient mieux.
Une idée largement partagée par de nombreux chercheurs en sciences de l’éducation, qui pointent depuis des années la fatigue cognitive liée à l’accumulation des heures de cours. La France reste l’un des pays européens où les journées scolaires sont les plus longues, notamment au secondaire, avec des emplois du temps souvent concentrés sur quatre jours et demi. Ce modèle, hérité d’une logique d’accumulation horaire, est régulièrement critiqué pour son efficacité limitée, en particulier chez les élèves les plus fragiles.
Vacances d’été : le nœud social du débat
Mais la contrepartie avancée par le chef de l’État est loin de faire consensus. Emmanuel Macron évoque explicitement la possibilité de réduire les vacances d’été à « un gros mois », avec une rentrée avancée en août et un départ en congés légèrement repoussé. Pour lui, la longueur actuelle des vacances estivales pose un problème d’égalité. Le président pointe une réalité bien documentée : les inégalités scolaires se creusent pendant l’été. Les enfants issus de milieux favorisés bénéficient d’activités culturelles, de voyages ou de soutien familial, tandis que les plus modestes sont davantage exposés au décrochage et à ce que les chercheurs appellent la « perte d’acquis estivale ». Dans cette perspective, raccourcir les vacances serait un levier pour limiter ces écarts. Cet argument social, déjà avancé lors de précédents débats, reste néanmoins explosif. Les vacances d’été sont profondément ancrées dans l’organisation familiale, économique et touristique du pays. Toute remise en cause touche à des équilibres bien au-delà de l’école.
Malgré cette prise de position présidentielle, aucune réforme n’est à l’ordre du jour. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a clairement renvoyé le sujet à l’horizon 2027. Une manière de reconnaître la sensibilité politique du dossier, à deux ans d’une présidentielle. Cette prudence contraste avec le travail mené récemment par la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Composée de citoyens tirés au sort, elle a remis fin novembre une vingtaine de propositions, dont certaines rejoignent les propos d’Emmanuel Macron : ne pas commencer les cours avant 9 heures au collège et au lycée, ou encore instaurer cinq jours d’école pleins dès l’élémentaire pour mieux répartir les apprentissages.
Ces recommandations, saluées pour leur cohérence, restent pour l’instant lettre morte. Elles illustrent pourtant un consensus émergent sur la nécessité de repenser le temps scolaire, sans parvenir à dépasser les blocages politiques et sociaux. En relançant le débat sans annoncer de calendrier, Emmanuel Macron s’inscrit dans une position paradoxale : celle d’un président convaincu de la nécessité de changer l’école, mais conscient que la réforme des rythmes scolaires demeure l’un des chantiers les plus inflammables de la politique éducative française.


