Accusations de « haine anti-américaine », appel au boycott, réaction de Donald Trump… La prestation de Bad Bunny au Super Bowl a déclenché une violente polémique, incarnée par la sortie explosive de Jake Paul.
La mi-temps du Super Bowl, traditionnellement conçue comme un moment fédérateur, s’est transformée cette année en champ de bataille culturel et politique. En cause : la prestation de Bad Bunny, star mondiale et figure centrale de la musique latino-américaine, invitée à se produire lors de l’événement sportif le plus regardé des États-Unis. Une performance saluée par une grande partie du public, mais violemment attaquée par une frange conservatrice, emmenée par le youtubeur et boxeur Jake Paul.
Soutien revendiqué de Donald Trump, Jake Paul a choisi les réseaux sociaux pour appeler à un boycott pur et simple du show, qu’il a qualifié d’« affront » à l’Amérique. Une sortie radicale qui a rapidement suscité une avalanche de réactions, jusqu’à provoquer un recadrage public de son propre frère.
« Un faux citoyen américain » : la sortie incendiaire de Jake Paul
Quelques minutes après la fin de la mi-temps du Super Bowl, remportée par les Seattle Seahawks face aux New England Patriots, Jake Paul publie un message virulent sur X. Il y appelle ses abonnés à « interrompre volontairement le spectacle », exhortant le public à priver les grandes entreprises de leur audience, présentée comme leur principale source de revenus. Dans ce message, le youtubeur s’en prend frontalement à Bad Bunny, qu’il décrit comme « un faux citoyen américain » qui « affiche publiquement sa haine envers l’Amérique ».
Il affirme ne pas pouvoir cautionner une telle performance sur une scène aussi symbolique, suggérant que le choix de l’artiste portoricain relèverait d’une provocation idéologique. Ces propos, perçus comme stigmatisants et ignorants du statut de Porto Rico — territoire américain dont les habitants sont citoyens des États-Unis — ont immédiatement déclenché une vague de critiques. De nombreux internautes ont rappelé à Jake Paul qu’il avait lui-même résidé à Porto Rico par le passé, notamment pour des raisons fiscales, ce qui a renforcé les accusations d’hypocrisie.
Logan Paul se désolidarise et rappelle une évidence
Face à l’ampleur de la polémique, Logan Paul, frère aîné de Jake, est intervenu publiquement pour calmer le jeu. Tout en affirmant son attachement familial, il a clairement pris ses distances avec les propos tenus. Logan Paul a rappelé que les Portoricains sont américains et s’est dit heureux de voir le talent de l’île mis en avant sur une scène mondiale. Une prise de position notable, tant les deux frères sont souvent associés dans l’imaginaire collectif, et qui a mis en lumière une fracture inhabituelle entre eux sur un sujet hautement politique. La réaction de Jake Paul s’inscrit dans un climat plus large de crispation identitaire.
Donald Trump lui-même avait violemment critiqué la présence de Bad Bunny à la mi-temps, dénonçant sur son réseau Truth Social un « affront à la grandeur de l’Amérique ». Le président s’est également moqué du fait que l’artiste chante majoritairement en espagnol, affirmant que « personne ne comprend un mot de ce qu’il dit », alors que cette langue est parlée par plus de 40 millions de personnes aux États-Unis. Dès l’annonce de la participation de Bad Bunny, plusieurs figures de la droite américaine avaient exprimé leur hostilité, voyant dans ce choix une mise en avant jugée excessive de la culture latino-américaine et, plus largement, une contestation implicite de l’Amérique conservatrice. La présence du groupe Green Day, critique de Donald Trump, avait renforcé ce sentiment chez ses détracteurs.
Une performance sans attaque directe, mais hautement symbolique
Sur scène, Bad Bunny n’a pourtant formulé aucune critique explicite contre Donald Trump. Son spectacle a célébré Porto Rico, l’Amérique latine et la diversité culturelle, à travers des chansons majoritairement en espagnol et une esthétique revendiquant ses racines. L’artiste avait toutefois, quelques jours plus tôt lors des Grammy Awards, appelé à « mettre ICE dehors », en référence à la police de l’immigration, dénonçant les violences et la déshumanisation des migrants. Dimanche soir, il a choisi une tonalité plus consensuelle, concluant le show par une relecture du « God Bless America », transformé en message inclusif à destination de tout le continent américain, accompagné d’une procession de drapeaux latino-américains.
Une image forte, perçue par ses soutiens comme un hymne à la pluralité, et par ses opposants comme une remise en cause de l’identité nationale. Cette mi-temps du Super Bowl, loin de n’être qu’un moment musical, est ainsi devenue le révélateur d’une Amérique profondément divisée. Entre fierté multiculturelle et crispations identitaires, la colère de Jake Paul et la réaction de Donald Trump illustrent une guerre culturelle où le sport et la musique servent désormais de terrains d’affrontement symboliques.

