Un simple spray nasal capable de protéger contre le rhume, la grippe, le Covid-19… et même certaines allergies ? L’idée peut sembler futuriste, mais une équipe de chercheurs américains affirme avoir franchi une étape majeure. Testé chez la souris, ce vaccin expérimental déclenche une immunité large contre virus, bactéries et allergènes, sans cibler un agent pathogène précis. Une approche radicalement différente de la vaccination classique, détaillée dans la revue Science.

Une rupture avec 230 ans de vaccinologie

Depuis plus de deux siècles, les vaccins reposent sur le même principe : exposer l’organisme à un fragment affaibli ou inoffensif d’un microbe afin d’apprendre au système immunitaire à le reconnaître. Qu’il s’agisse de vaccins à virus atténués, de protéines purifiées ou d’ARN messager, tous visent une cible bien identifiée. Mais ce modèle montre ses limites face à des virus qui mutent rapidement, comme la grippe ou le SARS-CoV-2. Les modifications constantes de leurs antigènes obligent à adapter régulièrement les vaccins et à multiplier les rappels.

Le nouveau candidat vaccinal, baptisé GLA-3M-052-LS+OVA, prend le problème à l’envers. Plutôt que de viser un virus spécifique, il stimule directement l’immunité innée — cette première ligne de défense rapide mais généralement peu durable. L’objectif : renforcer de façon prolongée l’environnement immunitaire des voies respiratoires, notamment dans les poumons.

Comment fonctionne ce spray expérimental ?

Administré par voie nasale, le vaccin ne contient aucun fragment de virus grippal ou de coronavirus. Il repose sur un mélange de molécules capables d’activer des récepteurs clés de l’immunité innée. À cela s’ajoute l’ovalbumine, une protéine dérivée de l’œuf, utilisée ici comme antigène « leurre » afin de mobiliser les cellules T et prolonger la réponse immunitaire. Cette combinaison permettrait de maintenir une barrière immunitaire locale robuste, capable de réagir contre des menaces variées. 

Contrairement aux vaccins traditionnels, qui misent surtout sur l’immunité adaptative (plus spécifique mais plus lente), ce système cherche à maintenir activée la défense immédiate de l’organisme. Chez les souris ayant reçu trois doses nasales à une semaine d’intervalle, les chercheurs ont observé une réduction massive de la charge virale pulmonaire lors d’une exposition à différents coronavirus, dont le SARS-CoV-2. La quantité de virus détectée était jusqu’à 700 fois inférieure à celle des animaux non vaccinés.

Une protection au-delà des virus

Les résultats ne se limitent pas aux infections virales. Les souris vaccinées ont également montré une résistance accrue face à deux bactéries respiratoires connues pour leur virulence : Staphylococcus aureus et Acinetobacter baumannii. Plus surprenant encore, elles ne développent pas de réaction allergique lorsqu’elles étaient exposées à des allergènes issus des acariens domestiques. Ces observations suggèrent qu’un même dispositif pourrait, à terme, protéger contre un large éventail de menaces respiratoires, qu’elles soient virales, bactériennes ou allergiques.

Malgré ces résultats prometteurs, le chemin vers une application humaine reste long. Le passage du modèle murin aux essais cliniques chez l’humain représente une étape complexe, avec des incertitudes majeures sur l’efficacité, la durée de protection et la sécurité. Les chercheurs estiment que, dans le scénario le plus favorable, il faudrait encore cinq à sept ans avant d’envisager une utilisation clinique. De nombreux essais seront nécessaires pour vérifier que l’activation prolongée de l’immunité innée ne provoque pas d’effets indésirables ou de réactions inflammatoires excessives.

Pour autant, cette stratégie ouvre une nouvelle piste dans la lutte contre les infections respiratoires, particulièrement dans un contexte marqué par la succession des vagues de Covid-19, les épidémies saisonnières de grippe et l’augmentation des résistances bactériennes. Si les résultats se confirment chez l’humain, ce spray nasal pourrait bouleverser la prévention des maladies respiratoires en proposant une protection transversale, plus durable et potentiellement moins dépendante des mutations virales. Une perspective qui suscite déjà un vif intérêt au sein de la communauté scientifique.

 

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