Les montres connectées ne servent plus seulement à compter les pas ou à mesurer le sommeil. Certaines intègrent désormais une fonction électrocardiogramme (ECG) et promettent de détecter des troubles du rythme cardiaque parfois silencieux. Une étude européenne récente relance le débat : ces dispositifs peuvent-ils réellement prévenir des accidents vasculaires cérébraux (AVC) en repérant plus tôt une fibrillation atriale ?

Un trouble fréquent… et souvent invisible

La fibrillation atriale (FA) est un trouble du rythme cardiaque caractérisé par des battements irréguliers et souvent rapides des oreillettes. Elle constitue l’un des principaux facteurs de risque d’AVC et peut également conduire à une insuffisance cardiaque. Le problème, c’est que de nombreux épisodes sont totalement asymptomatiques. Pas de palpitations marquées, pas de malaise : la pathologie peut évoluer en silence pendant des mois, voire des années. Le dépistage systématique reste limité. Les recommandations européennes préconisent une surveillance chez les personnes âgées ou présentant des facteurs de risque cardiovasculaire, mais les outils traditionnels ne sont pas toujours adaptés à un suivi large.

Aujourd’hui, la détection repose principalement sur l’électrocardiogramme réalisé en cabinet médical ou sur des dispositifs de surveillance prolongée. Certains patients à haut risque peuvent bénéficier de moniteurs implantables sous la peau, capables d’enregistrer le rythme cardiaque en continu. Mais ces dispositifs sont invasifs et coûteux. Les enregistreurs ECG portables à domicile représentent une autre option, mais ils nécessitent une implication active du patient : encore faut-il penser à lancer l’enregistrement au bon moment. D’autres technologies, comme la photopléthysmographie (une mesure optique du flux sanguin), peuvent signaler des anomalies, mais doivent être confirmées par un ECG médical. Dans ce contexte, l’idée d’une montre connectée capable d’enregistrer un ECG à la demande – voire d’analyser en continu certaines données cardiaques – suscite un intérêt croissant.

Une étude qui change la donne

Des chercheurs de l’Amsterdam University Medical Center ont évalué l’efficacité d’une montre connectée équipée d’un ECG intégré chez des personnes présentant des facteurs de risque de fibrillation atriale. L’étude, publiée dans le Journal of the American College of Cardiology, a inclus 437 participants suivis pendant six mois. Les volontaires ont été répartis en deux groupes : l’un équipé de la montre, l’autre bénéficiant d’une prise en charge standard. Les résultats montrent une différence nette. Près de 10 % des patients portant la montre ont été diagnostiqués avec une fibrillation atriale, contre un peu plus de 2 % dans le groupe classique. Plus frappant encore : une majorité des épisodes détectés via la montre n’avaient provoqué aucun symptôme. Sans ce suivi connecté, ces troubles seraient probablement restés ignorés.

L’intérêt ne se limite pas à la détection. Les patients diagnostiqués ont pu bénéficier plus rapidement d’un traitement adapté, notamment par anticoagulants pour réduire le risque d’AVC. Dans certains cas, la stratégie thérapeutique a été ajustée de manière plus fine, avec l’introduction de médicaments antiarythmiques ou une orientation vers des explorations complémentaires. La surveillance à distance offre ainsi une continuité que ne permet pas toujours la consultation ponctuelle. Les données sont transmises aux équipes médicales, ce qui facilite un suivi personnalisé.

Un outil prometteur… mais pas une baguette magique

Faut-il pour autant considérer les montres connectées comme des dispositifs médicaux universels capables d’éviter les AVC ? La prudence reste de mise. Toutes les montres ne disposent pas d’un ECG validé cliniquement, et les faux positifs peuvent générer de l’anxiété ou des consultations inutiles. Par ailleurs, la fibrillation atriale n’est qu’un facteur de risque parmi d’autres. La prévention des AVC passe aussi par le contrôle de l’hypertension, du diabète, du cholestérol et par l’adoption d’une hygiène de vie adaptée.

Néanmoins, cette étude renforce l’idée que certains objets connectés, lorsqu’ils sont validés scientifiquement et intégrés dans un parcours de soins structuré, peuvent devenir de véritables outils de santé publique. À condition qu’ils restent un complément à l’expertise médicale, et non un substitut.

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