Depuis le lancement de l’offensive menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, une question domine : combien de temps cette guerre peut-elle durer ? Alors que les combats se poursuivent et que les objectifs de Washington semblent évoluer, plusieurs analystes redoutent désormais un enlisement militaire au Moyen-Orient. Selon plusieurs spécialistes interrogés par des médias français, la stratégie américaine apparaît aujourd’hui incertaine, ce qui alimente les craintes d’un conflit durable.
Des objectifs américains devenus flous
Depuis le début des opérations militaires, les déclarations de l’administration américaine ont souvent varié. Donald Trump a successivement évoqué plusieurs objectifs : neutraliser le programme nucléaire iranien, détruire ses capacités balistiques ou encore provoquer un changement de régime à Téhéran. À d’autres moments, la Maison Blanche a justifié l’intervention par la nécessité de contrer une menace imminente. Ces messages contradictoires alimentent la confusion sur la stratégie réelle des États-Unis. Interrogé sur la durée du conflit, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth s’est d’ailleurs refusé à toute estimation, expliquant qu’il était impossible de dire si la guerre en était « au début, au milieu ou à la fin ».
Pour certains experts, le président américain pourrait s’être engagé dans un conflit plus complexe que prévu. Le chercheur Sylvain Gaillaud, spécialiste de l’Iran à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, estime que Donald Trump pensait initialement que le régime iranien, fragilisé, pourrait rapidement s’effondrer. Mais la République islamique a montré une capacité de résistance. Après la mort du Guide suprême Ali Khamenei lors des premières frappes, les autorités iraniennes ont rapidement désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau dirigeant, assurant ainsi la continuité du pouvoir. Dans ce contexte, certains analystes considèrent que Washington pourrait se retrouver entraîné dans une guerre plus longue que prévu.
Le spectre des conflits passés au Moyen-Orient
Le risque d’enlisement évoque pour plusieurs observateurs les précédentes interventions américaines dans la région. La guerre en Irak, déclenchée en 2003 par l’administration de George W. Bush, a duré près de huit ans et profondément déstabilisé le pays. L’intervention en Afghanistan, lancée après les attentats du 11 septembre 2001, s’est elle aussi prolongée pendant deux décennies avant le retour des talibans au pouvoir en 2021. Ces précédents alimentent les inquiétudes autour d’un nouveau conflit difficile à contrôler.
Du côté de Téhéran, plusieurs spécialistes estiment que la stratégie pourrait consister à éviter une confrontation directe massive et à privilégier une guerre d’usure. L’Iran pourrait notamment chercher à élargir le conflit indirectement, en mobilisant ses alliés régionaux ou en multipliant les pressions dans le Golfe. Cette stratégie viserait avant tout à maintenir la pression sur les États-Unis et leurs alliés tout en évitant un affrontement frontal trop coûteux.
Des risques majeurs pour l’économie mondiale
L’évolution du conflit est également surveillée de près sur les marchés énergétiques. Le prix du pétrole a récemment frôlé les 120 dollars le baril, alimentant les craintes d’un choc économique mondial. Une inquiétude majeure concerne le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Si cette route maritime stratégique était perturbée ou bloquée, les conséquences sur les prix de l’énergie pourraient être considérables. La Commission européenne a déjà évoqué le risque d’un choc stagflationniste, combinant inflation élevée et ralentissement économique.
Sur le plan intérieur, le conflit pourrait également peser sur la politique américaine. Selon un sondage Ipsos publié récemment, moins d’un tiers des Américains soutiennent l’intervention militaire en Iran. Cette absence d’unité nationale contraste avec le soutien plus large observé en Israël. À l’approche des élections de mi-mandat, une guerre prolongée pourrait fragiliser la position des républicains au Congrès. Pour de nombreux analystes, le principal danger réside désormais dans la difficulté à mettre fin au conflit.
Dans ce type de guerre, chaque camp tend à augmenter progressivement la pression sur l’adversaire, ce qui rend toute désescalade politiquement plus difficile. Même si les hostilités s’arrêtaient rapidement, plusieurs experts estiment que la région pourrait rester durablement déstabilisée par les conséquences de cette confrontation.

