Plus de 120 frappes aériennes en une seule journée, 31 civils tués dont quatre enfants et trois femmes, 40 blessés, un hôpital endommagé, 50 villages appelés à évacuer et un Premier ministre qui annonce « intensifier » les opérations. 

L’offensive israélienne au Liban a franchi un nouveau palier mardi 26 mai 2026, en violation ouverte du cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024. Benjamin Netanyahu a annoncé l’extension des opérations terrestres au-delà de la « ligne jaune » établie par Tsahal à une dizaine de kilomètres de la frontière. Le Hezbollah affirme avoir repoussé une incursion terrestre à l’aube.

Le bilan de la journée : la plus meurtrière depuis des semaines

Le ministère libanais de la Santé a communiqué mardi soir un bilan de 31 morts et 40 blessés pour la seule journée du 26 mai. Les frappes les plus meurtrières ont touché Burj al-Shamali, près de Tyr, où quatorze personnes ont été tuées. Parmi les victimes figurent au moins quatre enfants et trois femmes. La veille au soir, des bombardements avaient déjà frappé la région de la Békaa, faisant au moins 11 morts à Machghara, dont deux enfants et une femme, et 15 blessés. L’armée israélienne avait indiqué avoir frappé dans la nuit « plus de 100 cibles du Hezbollah ».

Au total, selon des sources sécuritaires libanaises citées par France 24, au moins 120 frappes aériennes ont été recensées mardi, ciblant le sud et l’est du pays. À Nabatiyé, un correspondant de l’AFP a rapporté plusieurs explosions après un appel à évacuer, avec de la fumée s’élevant de plusieurs points de la ville. Selon l’agence officielle libanaise ANI, l’une des frappes a causé « d’importants dégâts » à un hôpital public. À Srifa, des frappes ont tué au moins un secouriste et en ont blessé deux autres, affiliés au groupe Amal, portant à 120 le nombre de secouristes tués depuis le début du conflit.

Netanyahu annonce l'extension de la « zone de sécurité »

C’est la décision qui donne à cette journée sa dimension stratégique. Benjamin Netanyahu a déclaré mardi : « Nous intensifions notre action au Liban » et « nous renforçons la zone de sécurité afin de protéger les localités du nord » d’Israël. Concrètement, l’armée israélienne a annoncé étendre ses opérations terrestres contre le Hezbollah au-delà de la « ligne jaune », cette limite qu’elle avait elle-même fixée dans le sud du Liban à environ dix kilomètres de la frontière israélienne. Jusqu’ici, Tsahal maintenait ses troupes dans cinq zones frontalières à l’intérieur de cette bande. L’extension signifie que l’armée s’enfonce plus profondément en territoire libanais, dans des zones plus peuplées et plus éloignées de la frontière. Les militaires israéliens ont émis des appels à évacuer pour au moins 50 villes et villages du sud et de l’est du Liban mardi, dont Nabatiyé — une ville de taille significative, capitale du gouvernorat du même nom. Ces ordres d’évacuation, devenus routiniers ces derniers mois, précèdent généralement des frappes intensives.

Le Hezbollah revendique avoir repoussé une incursion

La journée n’a pas été unilatérale. Le Hezbollah a annoncé que ses combattants avaient repoussé mardi à l’aube « une force israélienne » qui tentait de pénétrer au-delà de la ligne jaune. Le mouvement chiite, affaibli par des mois de frappes ciblées qui ont décapité une partie de sa direction, continue de mener des opérations défensives dans le sud et affirme maintenir sa capacité de résistance.

La dynamique de terrain reste cependant largement déséquilibrée. L’armée israélienne dispose d’une supériorité aérienne totale et de moyens de renseignement qui lui permettent de frapper avec une précision chirurgicale — ou de détruire des zones entières quand elle le décide. Le Hezbollah, lui, s’appuie sur un maillage de tunnels, de caches d’armes et de combattants implantés dans les villages du sud, ce qui explique pourquoi les frappes touchent régulièrement des zones civiles.

Un cessez-le-feu devenu fiction

Le cessez-le-feu conclu en novembre 2024, censé mettre fin à plus d’un an d’hostilités dont deux mois de guerre ouverte, n’existe plus que sur le papier. Israël y a dérogé de manière continue depuis sa signature, arguant que le Hezbollah n’a pas respecté ses engagements de désarmement dans le sud du Liban. De son côté, le mouvement chiite accuse Israël de ne pas avoir retiré ses troupes dans les délais prévus. La dernière prolongation de la trêve, négociée le 21 avril pour trois semaines, arrive à échéance dans les prochains jours. Les événements de mardi rendent sa reconduction hautement improbable. Le président libanais Joseph Aoun avait déjà déclaré fin avril qu’il refuserait tout accord « humiliant » avec Israël.

Depuis octobre 2023, plus de 12 700 frappes ont touché le Liban, faisant au moins 3 287 morts et plus de 14 000 blessés. Plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées par les opérations militaires israéliennes, selon les chiffres compilés par les autorités libanaises et les organisations humanitaires. Le sud du pays est en grande partie vidé de sa population civile, à l’exception de ceux qui n’ont pas les moyens ou la possibilité de partir.

La communauté internationale condamne régulièrement les frappes, sans que ces condamnations se traduisent par des pressions concrètes sur Israël. La France et le Royaume-Uni travaillent à la mise en place d’une coalition de protection de la navigation au large du Liban, mais aucune initiative diplomatique crédible ne semble en mesure de stopper l’escalade en cours. Pour les 31 familles qui pleurent un mort ce mardi soir, et pour les dizaines de milliers de Libanais qui se demandent si leur village sera le prochain sur la liste des évacuations, le cessez-le-feu n’est plus un mot qui signifie quoi que ce soit.

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