ll y a des joueurs qui naissent pour ces instants-là. Mikel Merino, visiblement, en fait partie. Entré en jeu depuis à peine trois minutes, le milieu de la Real Sociedad a surgi à la 88e minute pour propulser le ballon au fond des filets de Thibaut Courtois et offrir à l’Espagne une victoire arrachée face à une Belgique valeureuse (2-1). Un scénario qui en rappelle furieusement un autre : au tour précédent déjà, ce même Merino, entré en cours de jeu, avait qualifié la Roja dans les toutes dernières minutes. Le super-remplaçant récidive, et l’Espagne se hisse en demi-finale de la Coupe du monde pour la deuxième fois seulement de son histoire.
Au bout de la nuit californienne du SoFi Stadium de Los Angeles, la sélection de Luis de la Fuente a validé son billet pour le dernier carré, où l’attend un adversaire qui n’a rien d’inconnu : l’équipe de France, qualifiée la veille aux dépens du Maroc (2-0), affrontera l’Espagne le mardi 14 juillet à Dallas. Un France-Espagne en demi-finale de Coupe du monde, un soir de fête nationale : difficile d’imaginer affiche plus alléchante pour les supporters français.
Un bras de fer sur le fil, débloqué par les détails
Sur le papier, la hiérarchie était claire. Championne d’Europe en titre, invaincue et surtout imperméable — la seule équipe de ces quarts à n’avoir encaissé aucun but depuis le début du tournoi — l’Espagne partait largement favorite face à des Diables Rouges au parcours chaotique et décimés par les blessures. Mais le football se moque parfois des pronostics, et la Belgique de Rudi Garcia, portée par un incroyable élan depuis son « miracle de Seattle » contre le Sénégal, n’avait pas l’intention de se saborder.
C’est pourtant la Roja qui a fait sauter le verrou la première. À la 30e minute, après une première tentative de Courtois — d’un centre dévié —, Fabián Ruiz a surgi au bon endroit pour reprendre le ballon de près et ouvrir le score. L’avantage semblait devoir installer l’Espagne dans son match. Mais la Belgique, loin de renoncer, a immédiatement répliqué. À la 41e minute, sur un centre parfait de Timothy Castagne, Charles De Ketelaere s’est élevé plus haut que tout le monde pour égaliser d’une tête décroisée. Un but historique à double titre : le premier concédé par l’Espagne dans ce Mondial.
Car jusqu’à cet instant précis, le gardien Unai Simón restait sur une séquence record : 650 minutes d’invincibilité en Coupe du monde, soit un record prolongé au fil des matchs. La tête de De Ketelaere a mis fin à cette série, relançant totalement un quart de finale qui semblait promis à filer vers une prolongation. La seconde période a été un duel sur le fil, rythmé par les face-à-face entre Lamine Yamal d’un côté et Jérémy Doku de l’autre, sans que ni l’un ni l’autre ne parvienne à faire la différence.
Mikel Merino, le super-remplaçant devenu arme fatale
Il fallait bien un héros à cette Espagne travailleuse mais parfois à court d’idées dans le dernier geste. Ce héros, pour la deuxième fois consécutive, s’appelle Mikel Merino. Le milieu de terrain, souvent cantonné à un rôle de doublure ou de finisseur de match, s’est mué en véritable atout maître dans la manche de Luis de la Fuente. Sa faculté à surgir dans la surface au bon moment, à se muer en attaquant supplémentaire dans les fins de match, est en train de devenir la signature de cette Roja.
Entré à la 85e minute, il n’aura eu besoin que de trois minutes pour faire la différence. La statistique est éloquente et raconte à elle seule l’intelligence de jeu du joueur : deux entrées en jeu décisives d’affilée, deux buts synonymes de qualification. De quoi relancer le débat en Espagne : Merino doit-il être titularisé face à la France, ou reste-t-il plus précieux dans ce rôle de détonateur lancé en fin de match, quand les défenses adverses fatiguent ? Un joli casse-tête pour De la Fuente.
La Belgique sort la tête haute, Rudi Garcia a relancé une épave
Il faut saluer la performance belge. Personne, ou presque, n’attendait les Diables Rouges à ce niveau après une phase de groupes catastrophique — un seul match remporté, un jeu poussif, des critiques en pagaille. Le retournement opéré par Rudi Garcia depuis le début de la phase à élimination directe restera comme l’une des belles histoires de ce Mondial. Du « miracle de Seattle » face au Sénégal en seizièmes au succès maîtrisé contre les États-Unis en huitièmes, la Belgique avait retrouvé une âme.
Face à l’Espagne, privés de plusieurs cadres et diminués physiquement — la liste des blessés côté belge donnait le vertige, de Kevin De Bruyne à Amadou Onana en passant par Youri Tielemans —, les Diables Rouges ont livré une prestation courageuse. Solides défensivement, dangereux par séquences, ils ont longtemps fait douter la grande favorite. Mais il leur a manqué ce supplément de fraîcheur dans les jambes en fin de match, précisément là où l’Espagne, elle, pouvait lancer un Merino frais. La marge était là, ténue mais réelle. La Belgique rentre à la maison, mais avec les honneurs.
France-Espagne, le 14 Juillet à Dallas : une affiche de rêve
Et maintenant, place au sommet. La demi-finale qui se dessine a tout du choc de gala. D’un côté, une équipe de France qui poursuit sa quête d’une troisième étoile pour le dernier Mondial de Didier Deschamps, portée par un Kylian Mbappé étincelant (déjà 20 buts en Coupe du monde, à une longueur du record de Messi). De l’autre, une Espagne championne d’Europe en titre, la meilleure défense du tournoi, une génération dorée emmenée par le prodige Lamine Yamal et le métronome Fabián Ruiz.
Enjeu : une place en finale de la Coupe du monde 2026.
Symbole : un France-Espagne un jour de fête nationale française.
Duel dans le duel : Mbappé (20 buts en CDM) face à la meilleure défense du tournoi.
Les deux nations se connaissent par cœur et partagent une rivalité savoureuse sur la scène internationale. On se souvient de la finale de l’Euro… mais aussi de plusieurs confrontations récentes disputées, tendues, indécises. Cette fois, l’enjeu est colossal : une place en finale de la Coupe du monde. Pour la France, ce sera l’occasion de prendre une forme de revanche sur une Espagne qui l’avait dominée lors de leurs dernières grandes retrouvailles. Pour la Roja, il s’agira de confirmer son statut de meilleure équipe du monde du moment.
Un détail, enfin, qui n’échappera à personne en France : cette demi-finale se disputera le 14 juillet, jour de la fête nationale. Si les Bleus l’emportent, l’image d’un peuple célébrant à la fois son drapeau et une qualification en finale de Coupe du monde serait proprement inoubliable. Le rendez-vous est pris, mardi à Dallas. En attendant, l’Espagne savoure : elle est de retour dans le dernier carré mondial pour la première fois depuis son sacre de 2010. Un symbole, là encore, lourd de promesses.


