La guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran depuis le 28 février 2026 est-elle sur le point de s’arrêter — ou de s’embraser de nouveau ? Ce matin, les deux nouvelles semblent coexister. D’un côté, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a affirmé vendredi soir qu’un accord sur le texte final de paix avait été « atteint », suivi d’un chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, exprimant son espoir de voir l’accord signé « dans les prochains jours ». De l’autre, le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé ce samedi matin avoir abattu plusieurs drones iraniens qui ciblaient des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Décryptage d’une situation à la fois plus proche de la paix qu’elle ne l’a jamais été, et toujours aussi dangereuse.
Ce matin à Ormuz : des drones Iraniens abattus malgré l'optimisme diplomatique
Ce samedi 13 juin, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a publié un communiqué sur le réseau social X annonçant que ses forces avaient intercepté et abattu plusieurs drones iraniens qui visaient des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. « L’Iran a lancé plusieurs drones d’attaque dans le but de frapper des navires commerciaux transitant par le détroit d’Ormuz », indique le communiqué. « Les forces américaines les ont tous abattus ces dernières heures, et le trafic maritime dans le détroit reste fluide », précise le Centcom.
Ce communiqué intervient dans un contexte particulièrement paradoxal. Vendredi soir, les mêmes États-Unis et l’Iran affichaient un optimisme inhabituel quant à la possibilité de conclure rapidement un accord de paix mettant fin à ce conflit entamé le 28 février 2026. Le Pakistan, qui joue le rôle de médiateur principal, avait même annoncé qu’un texte commun avait été « atteint ». Et ce matin, des drones iraniens ciblent des navires civils dans le détroit. La contradiction est saisissante.
Cette situation illustre l’un des traits les plus caractéristiques de ce conflit depuis son début : les déclarations diplomatiques et les actes militaires évoluent en parallèle, parfois en totale contradiction. Le blocus du détroit d’Ormuz — par lequel transitent en temps normal environ 20 % du pétrole mondial — reste l’un des points de friction les plus sensibles, et chaque incident militaire dans cette zone fait peser un risque sur des négociations que tous les acteurs disent pourtant vouloir aboutir.
Vendredi soir : le Pakistan annonce un accord "atteint"
En fin de journée vendredi 12 juin, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a publié un message sur X qui a aussitôt fait le tour du monde. « Nous pouvons confirmer qu’un accord sur le texte final de l’accord de paix a été atteint et que le Pakistan travaille maintenant avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes. » Une déclaration d’une portée considérable, car le Pakistan s’est imposé depuis plusieurs semaines comme le principal médiateur entre Washington et Téhéran.
Quelques heures avant cette annonce, Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne, avait lui aussi pris la parole à la télévision d’État iranienne dans des termes inhabituellement optimistes : « Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé. Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J’ai bon espoir. » Des mots que l’on n’entendait plus guère depuis le début du conflit.
Du côté américain, un haut responsable américain, dont l’identité n’a pas été précisée, a estimé à « 80 à 85 %, mais pas 100 % » la probabilité qu’un accord soit signé « dans les prochains jours ». Cette formulation prudente reflète à la fois l’avancée réelle des négociations et les nombreux obstacles qui subsistent avant une signature définitive.
« Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé. Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J’ai bon espoir. »
— Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, à la télévision d’État iranienne, vendredi 12 juin 2026 (source : Franceinfo)
« La paix n’a jamais été aussi proche qu’aujourd’hui. »
— Shehbaz Sharif, Premier ministre du Pakistan, sur X, vendredi 12 juin 2026 (source : Franceinfo)
Les points clés de l'accord en discussion
Des médias iraniens ont publié vendredi ce qu’ils décrivent comme un projet d’accord-cadre en 14 points entre Téhéran et Washington. Donald Trump a, pour sa part, contesté la version circulant dans les médias iraniens, et Abbas Araghchi a lui-même appelé la presse à ne pas « spéculer sur le contenu » avant la signature, précisant que « tous les détails seraient communiqués au public en temps voulu ». La prudence de ces mots suggère que les deux parties ne sont pas encore sur la même page quant aux termes précis de l’accord.
Parmi les éléments qui semblent faire l’objet d’un relatif consensus selon les sources disponibles, on trouve l’objectif d’une « cessation permanente et immédiate des hostilités » incluant le front libanais, et la prévision de négociations spécifiques 60 jours après la signature d’un accord initial. Le sort du Liban, qui subit depuis le 28 février des frappes régulières — des images de la ville portuaire de Tyr dévastée ont circulé vendredi —, constitue l’un des dossiers les plus urgents sur le plan humanitaire.
Sur la question du détroit d’Ormuz, Abbas Araghchi a affirmé vendredi que l’accord provisoire inclut bien la gestion du détroit et la levée du blocus sur les ports iraniens, mais a tenu à préciser que « la gestion du détroit ne reviendrait pas à la situation d’avant-guerre ». Cette formulation est capitale : l’Iran cherche à obtenir des garanties que le contrôle qu’il a exercé sur ce point stratégique lui conférerait des avantages durables, quand Washington exige a minima la liberté de navigation pour tous les navires commerciaux.
🔍 CE QUE L’ON SAIT DE L’ACCORD EN NÉGOCIATION
✅ Pakistan : « accord sur le texte final atteint » (Shehbaz Sharif, 12 juin)
✅ Iran : accord « dans les prochains jours », diplomatie iranienne « optimiste »
✅ USA : 80-85 % de probabilité de signature selon un haut responsable américain
📋 Accord-cadre : « cessation permanente et immédiate des hostilités » (médias iraniens)
📋 Inclut le Liban selon le projet de texte
📋 Négociations spécifiques prévues 60 jours après signature
📋 Détroit d’Ormuz : Iran veut une gestion « différente d’avant-guerre »
📋 Levée du blocus naval des ports iraniens incluse selon Téhéran
💰 Fonds iraniens gelés : environ 20 milliards de dollars évoqués (France 24)
⚠️ Trump conteste la version iranienne du texte circulant dans les médias
⚠️ Araghchi accuse Israël de chercher à « faire dérailler » l’accord
⚠️ Point de blocage : stocks d’uranium enrichi à 60 % (Iran: dilution; USA: destruction)
Le nœud gordien de l'uranium : dilution ou destruction ?
L’un des points de blocage les plus concrets des négociations porte sur le traitement des stocks d’uranium iranien enrichi à 60 %. Selon France 24, l’Iran a proposé de « diluer » ces stocks sur son sol, ce qui réduirait leur dangerosité potentielle sans les éliminer physiquement du territoire iranien. Washington exige, de son côté, leur destruction pure et simple — ou à tout le moins leur transfert hors d’Iran. Cette divergence, en apparence technique, est en réalité politique au plus haut point.
Pour l’Iran, conserver une capacité nucléaire — même civile — sur son sol est une question de souveraineté nationale et de fierté : des décennies d’investissements, une technologie développée en dépit des sanctions, un programme qui reste très populaire au sein d’une large partie de la population iranienne toutes tendances confondues. Accepter la destruction de ces stocks équivaudrait à reconnaître une capitulation totale, ce qu’aucun dirigeant à Téhéran ne peut se permettre politiquement.
Pour Washington — et plus encore pour Israël —, tolérer la subsistance de stocks d’uranium iranien enrichi à 60 % sur le sol iranien, même « dilués », signifie accepter que l’Iran conserve une capacité de réenrichissement rapide en cas de rupture de l’accord. C’est précisément cette logique qui a conduit Israël à déclencher la « guerre des Douze jours » en juin 2025, puis les frappes du 28 février 2026. Israël a du reste accusé l’Iran, selon Araghchi, de chercher activement à « faire dérailler » l’accord actuellement en négociation.
Le Pakistan, médiateur improbable au cœur du jeu
Peu auraient parié, au début du conflit, que c’est le Pakistan qui se retrouverait en position de médiateur central entre Washington et Téhéran. Islamabad partage une longue frontière avec l’Iran, entretient des relations complexes mais pragmatiques avec les États-Unis, et possède une communauté chiite significative qui rend ses dirigeants attentifs aux souffrances iraniennes. Le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef de l’armée pakistanaise Asim Munir ont multiplié les déplacements et les coups de téléphone pour maintenir ouverts les canaux de communication.
Le Pakistan a déjà joué un rôle clé lors d’un épisode précédent du conflit. Le 7 avril 2026, alors que Trump menaçait de tout détruire et que l’ultimatum sur la réouverture du détroit d’Ormuz arrivait à expiration, c’est après des « conversations frenétiques » avec Islamabad que Trump avait accepté de suspendre les frappes pour deux semaines, l’Iran ayant accepté en échange d’ouvrir le détroit. Ce cessez-le-feu, fragile, avait finalement débouché sur plusieurs semaines de négociations dont les résultats semblent aujourd’hui sur le point d’aboutir.
La position du Pakistan dans ce rôle de médiateur illustre un réalignement géopolitique discret mais significatif. Islamabad, qui a longtemps oscillé entre Washington et Pékin, profite du vide laissé par l’incapacité d’autres médiateurs traditionnels à s’imposer : la Russie est trop alignée sur l’Iran, la Chine trop suspecte aux yeux américains, l’Union européenne trop divisée pour parler d’une voix. Le Pakistan, lui, a la crédibilité nécessaire des deux côtés.
Le rôle d'Israël : une paix que Tel-Aviv ne veut pas ?
L’un des acteurs dont la position est la plus délicate dans ces négociations est Israël. Araghchi a explicitement accusé vendredi Tel-Aviv de chercher à « faire dérailler » un éventuel accord entre Washington et Téhéran. Cette accusation n’est pas nouvelle : depuis plusieurs semaines, les médias spécialisés notent une friction croissante entre l’administration Trump et le gouvernement de Benyamin Nétanyahou sur la conduite à tenir vis-à-vis de l’Iran.
Pour Israël, la neutralisation durable des capacités nucléaires iraniennes constitue l’objectif stratégique premier, et tout accord qui préserverait même partiellement les stocks d’uranium enrichi iranien serait considéré comme insuffisant. Le fait que des frappes israéliennes aient encore visé la ville portuaire de Tyr, dans le sud du Liban, vendredi 12 juin — à quelques heures à peine des annonces d’optimisme diplomatique — traduit une logique militaire qui n’attend pas les accords politiques.
Franceinfo relevait ces derniers jours que « l’alliance entre Donald Trump et Benyamin Nétanyahou s’est fragilisée ces dernières semaines, alors que la guerre en Iran et au Liban s’enlise ». Cette formulation résume un changement de dynamique important : si Trump peut accepter une sortie diplomatique qui lui permettrait de présenter une « victoire » sur le dossier nucléaire iranien, Nétanyahou, soumis à des pressions internes différentes, pourrait avoir des raisons de prolonger le conflit. La divergence entre les deux alliés complique objectivement la voie vers la paix.
Ce week-end sera décisif : Trump avait promis une signature
Dans les jours qui ont précédé le 13 juin, Donald Trump avait lui-même laissé entendre que la signature d’un accord pourrait intervenir « ce week-end ». Cette promesse crée une pression de calendrier. Les diplomates savent que les annonces prématurées sont dangereuses — elles peuvent être exploitées par les parties qui veulent saborder les négociations — mais elles créent aussi une dynamique d’irréversibilité partielle : reculer après des déclarations aussi nettes coûte politiquement cher.
La contradiction observée ce matin — accord « atteint » la veille, drones iraniens abattus quelques heures plus tard — pourrait s’expliquer de plusieurs façons. Il est possible que les drones aient été envoyés par des factions des Gardiens de la Révolution qui ne contrôlent pas les décisions diplomatiques, ou qui s’y opposent. Il est également possible que Téhéran maintienne une pression militaire comme levier de négociation, pour peser sur les termes finaux de l’accord. La distinction entre le calendrier militaire et le calendrier diplomatique a toujours été l’une des grandes complexités de ce conflit.
Ce week-end, les regards du monde seront donc simultanément tournés vers le détroit d’Ormuz, où chaque incident naval peut remettre en cause des semaines de négociations, vers les capitales de Téhéran, Washington et Islamabad où les derniers détails d’un accord historique se discutent, et vers Israël, dont les prochaines décisions militaires pourraient accélérer ou torpiller ce processus. La paix, selon le Pakistan, n’a « jamais été aussi proche ». Mais les drones de ce matin rappellent qu’elle n’est pas encore là.


