Trente-neuf secondes. C’est le temps qui a séparé deux séismes dévastateurs, mercredi 24 juin à 18 h 04 heure locale. Le premier, de magnitude 7,2, à 200 kilomètres à l’ouest de Caracas. Le second, de magnitude 7,5, 45 kilomètres plus loin. Puis une vingtaine de répliques. Dans le quartier d’Altamira, à Caracas, un immeuble de 22 étages s’est intégralement effondré. L’aéroport international est fermé. Et le bilan va s’alourdir : les autorités n’ont pas encore de données pour l’État de La Guaira, la région la plus touchée. C’est le séisme le plus violent qu’ait connu le Venezuela depuis 126 ans.
39 secondes entre deux catastrophes
Selon le United States Geological Survey (USGS), la première secousse a frappé à 18 h 04 locales (minuit heure de Paris), à une profondeur de 21,9 kilomètres, à environ 200 kilomètres à l’ouest de la capitale, rapporte Radio-Canada. Trente-neuf secondes plus tard, une deuxième secousse, plus puissante encore (7,5 de magnitude), est survenue à seulement 10 kilomètres de profondeur et 45 kilomètres du premier épicentre. Une vingtaine de répliques ont suivi.
L’USGS qualifie l’événement de « double événement » et l’a immédiatement classé comme « une catastrophe qui devrait avoir une ampleur considérable », estimant qu’« il est probable que le bilan soit lourd et que les dégâts sont importants », selon L’Avenir et la RTS. La secousse a été ressentie jusqu’à Bogota, la capitale colombienne, pourtant distante de 1 000 kilomètres à vol d’oiseaux. Aucun risque de tsunami n’a été signalé sur la côte caraïbe.
Caracas dans le chaos : immeubles effondrés, coupures d'électricité, rues jonchées de verre
Les images qui parviennent de la capitale vénézuélienne dessinent un tableau de désolation. Dans le quartier d’Altamira, une journaliste de l’AFP a décrit un immeuble de 22 étages « entièrement détruit », avec des habitants criant les noms de leurs proches et des bénévoles grimpant sur les décombres. « Nous avons besoin de lampes torches », implore l’un d’eux à la nuit tombée, rapporte la RTS.
Le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello a confirmé l’effondrement de plusieurs immeubles dans la capitale et ordonné la coupure immédiate de l’alimentation en gaz : « Certaines structures ont été endommagées et nous voulons éviter tout accident lié au gaz », a-t-il écrit sur X, selon Radio-Canada. Des coupures d’électricité ont été signalées dans plusieurs quartiers. De nombreuses rues sont jonchées de débris de verre.
Les témoignages des habitants traduisent la violence du choc. « C’était incroyable, je ne sais même pas combien de temps ça a duré. J’étais au dernier étage et pas mal de choses sont tombées », raconte Heidi Romero, commerçante de 42 ans, à l’AFP citée par Radio-Canada. « Tout le mur s’est fissuré, des choses sont tombées du plafond. C’était horrible », témoigne Odalis Escalona, 54 ans, employée dans une banque.Des milliers de personnes ont passé la nuit dehors, n’osant pas regagner leurs immeubles fragilisés par les secousses, de peur de représailles supplémentaires.
Le plus puissant depuis 1900
C’est la grande inconnue de ce bilan provisoire. Delcy Rodriguez a précisé ne « pas encore disposer de données » concernant l’État de La Guaira, qu’elle désigne comme « la région la plus touchée ». Cette zone côtière, située entre Caracas et la mer des Caraïbes, abrite plusieurs centaines de milliers d’habitants et l’aéroport international de La Maiquetía, fermé en raison de « graves dommages à l’infrastructure », selon la présidente par intérim. Des images publiées sur les réseaux sociaux par le député Wilmer Azuaje montrent des morceaux de maçonnerie du plafond d’un terminal qui s’effondrent et des voyageurs fuyant en courant, rapporte L’Avenir. L’absence de données pour cette zone laisse craindre un bilan final nettement plus lourd que les 32 morts actuellement recensés.Le sismologue canadien Maurice Lamontagne, interrogé par Radio-Canada, estime qu’il pourrait y avoir « des dommages considérables » pour les édifices et « un potentiel de glissements de terrain » dans cette zone densément peuplée.
Le double séisme de mercredi est le plus violent qu’ait connu le Venezuela depuis le tremblement de terre de 1900, soit 126 ans. Le pays, situé sur la plaque caraïbe à la frontière avec la plaque sud-américaine, connaît une activité sismique régulière mais rarement de cette intensité. Le dernier séisme majeur remontait à 2018, avec une secousse de magnitude 7,3 qui avait fait relativement peu de victimes grâce à un épicentre éloigné des zones peuplées. Cette fois, la combinaison d’une magnitude élevée, d’une faible profondeur (10 km pour le second séisme) et de la proximité avec la capitale de 3 millions d’habitants change radicalement la donne. « Les caractéristiques de cet événement, avec une faible profondeur et une magnitude élevée, font que les ondes se propagent à travers toute la croûte terrestre », explique Freddy Tovar, coordinateur du Réseau sismologique national de Colombie, cité par la RTS.
Trump tend la main à ses « nouveaux amis »
La réaction internationale la plus commentée est venue de Washington. « Les États-Unis sont prêts, disposés et capables d’apporter leur aide », a écrit Donald Trump sur Truth Social, selon L’Avenir. « Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis », a-t-il ajouté. La formule n’est pas anodine. En janvier 2026, les États-Unis avaient capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro dans le cadre d’une opération dont les détails restent partiellement classifiés. Depuis, Washington a rétabli ses relations diplomatiques avec Caracas sous la présidence par intérim de Delcy Rodriguez. Le séisme offre à Trump l’occasion de consolider ce rapprochement spectaculaire par un geste humanitaire — tout en rappelant au passage qui tient désormais les rênes de la relation bilatérale.
Le Venezuela affronte cette catastrophe naturelle dans un état de grande vulnérabilité. L’économie du pays pétrolier est en crise depuis des années. Les infrastructures sont vétustes, les hôpitaux sous-équipés, les services de secours sous-dimensionnés. La capacité du pays à mener des opérations de sauvetage de grande envergure — fouille de décombres, évacuation de blessés, hébergement de sinistrés — sera mise à rude épreuve dans les prochains jours. Les secours s’organisent encore au petit matin ce jeudi dans les quartiers dévastés de Caracas. Le bilan, provisoire et incomplet, devrait évoluer considérablement dans les heures qui viennent, à mesure que les communications seront rétablies avec les zones les plus touchées.


