Deux cessez-le-feu en douze jours. Le premier, signé le 17 juin, n’a pas tenu une semaine. Le second, annoncé dimanche 29 juin par un responsable américain, se veut plus modeste dans ses ambitions : une suspension mutuelle des attaques entre Washington et Téhéran, le temps de reprendre les discussions techniques. Le détroit d’Ormuz est rouvert, les navires circulent. Mais pendant que l’Iran et les États-Unis se serrent la main sur le papier, Israël continue de bombarder le sud du Liban, le Hezbollah dénonce une « violation flagrante du cessez-le-feu » et le chef du Parlement libanais enterre l’accord-cadre signé vendredi. Le Moyen-Orient ne connaît pas la paix. Il connaît des pauses entre deux escalades.

La trêve irano-américaine : fragile par conception

La formule choisie par le responsable américain, transmise à l’AFP par courriel, dit tout de la fragilité de l’arrangement : « Les deux parties vont cesser leurs attaques pour le moment et les navires peuvent circuler librement dans le détroit d’Ormuz et autour. » Pour le moment. Pas « définitivement », pas « dans le cadre d’un accord contraignant ». Pour le moment. Cette suspension intervient après plusieurs jours de violations croisées du protocole d’accord du 17 juin. Chaque camp accusant l’autre d’avoir tiré le premier. Les échanges de tirs avaient repris en mer, les Gardiens de la Révolution avaient menacé de refermer le détroit, et Washington avait répondu par des survols de drones. La séquence avait accrédité l’idée que l’accord du 17 juin n’était qu’un bout de papier — ce que les analystes les plus prudents disaient depuis le début.

La reprise des « discussions techniques » reste floue. Des médias américains évoquent une rencontre entre Iraniens et Américains mardi au Qatar, avec le détroit d’Ormuz au programme, selon France 24. Téhéran a immédiatement démenti : « Aucune réunion n’est prévue cette semaine », a affirmé la diplomatie iranienne. En revanche, l’Iran a confirmé avoir tenu sa première réunion bilatérale avec Oman sur « la gestion future » du détroit, dans le cadre d’un « Comité conjoint d’Ormuz » réuni à Mascate, selon le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi, cité par France 24. L’Iran et Oman sont les deux seuls États souverains sur les rives du détroit, et Téhéran entend bien rappeler que cette voie navigable n’est pas un couloir américain.

Le Liban, front ouvert que personne ne parvient à fermer

C’est au Liban que la mécanique de paix grince le plus bruyamment. Vendredi, à Washington, un accord-cadre en vue d’une « paix durable » avait été signé entre Israël et le Liban. Quarante-huit heures plus tard, Israël bombarde le sud du Liban, détruit un tunnel du Hezbollah décrit comme « long et profond » par Netanyahu et Katz dans un communiqué conjoint, et lance des grenades sur des localités frontalières, blessant au moins deux personnes selon l’agence officielle libanaise ANI. Le Hezbollah a répondu par un communiqué cinglant, rapporté par France 24 et L’Orient-Le Jour : le mouvement « réaffirme que ce qu’a fait l’ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s’était tenu jusque-là, et qu’il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple ». La formule est calibrée : elle ne promet pas de riposte immédiate, mais elle enterre l’idée que le cessez-le-feu serait encore respecté.

Le coup le plus dur est venu de Nabih Berri, chef du Parlement libanais et allié historique du Hezbollah. Dimanche, il a affirmé que l’accord-cadre « ne sera pas adopté » en l’état par le Parlement, rapportent France 24 et la RTBF. Cet accord conditionne le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban, qu’elles occupent depuis le début du conflit, au désarmement du Hezbollah. Or, ce désarmement est une exigence que Beyrouth n’a jamais réussi, ni peut-être jamais voulu, mettre en œuvre. En le rejetant publiquement, Berri signale que le Liban refuse de payer le prix de la paix tel que Washington et Tel-Aviv l’ont fixé.

Une architecture de paix qui ne tient que par les mots

Ce qui frappe, à ce stade, c’est le décalage entre la multiplication des textes et la réalité du terrain. Depuis le 17 juin, les diplomates ont produit un protocole d’accord irano-américain, un accord-cadre israélo-libanais, une suspension mutuelle des attaques et l’annonce d’un comité bilatéral Ormuz. Quatre textes en douze jours. Et dans le même intervalle, les frappes ont repris entre l’Iran et les États-Unis, Israël a continué de bombarder le Liban, le Hezbollah a revendiqué le droit de riposter et le Parlement libanais a rejeté l’accord qu’il était censé ratifier.

Claude Moniquet, analyste en géopolitique, résume le paradoxe auprès de CNews : « Depuis la signature de l’accord, l’Iran teste la volonté réelle des États-Unis. » La même logique s’applique symétriquement : Israël teste la capacité de l’accord à lui imposer des limites au Liban, et il constate que personne ne l’arrête. La suspension annoncée dimanche n’est pas un accord de paix. C’est un aveu mutuel d’épuisement temporaire. Et la question n’est pas de savoir si les hostilités reprendront, mais quand, et lequel des trois fronts (Ormuz, Liban, Gaza) craquera en premier.

Mentions de Cookies WordPress par Real Cookie Banner
Exit mobile version