Des dizaines de blessés. Un immeuble de 25 étages éventré dans le quartier de Darnytsky. Un autre partiellement effondré dans celui de Podilsky, des habitants coincés dans les décombres. Plus de 570 missiles et drones ont été lâchés dans la nuit de dimanche à lundi. C’est la deuxième attaque massive sur la capitale ukrainienne en moins de cinq jours, la précédente, le 2 juillet, avait fait 21 morts et 90 blessés. Le timing n’est pas un hasard : Volodymyr Zelensky atterrit ce mardi à Ankara pour le sommet de l’OTAN, où il doit rencontrer Donald Trump. Moscou a voulu s’assurer que les images de l’aube à Kiev accompagnent chaque conversation de ce sommet.
Une nuit de missiles balistiques sur des immeubles d'habitation
L’attaque a débuté dans la nuit de dimanche à lundi et se poursuivait encore au petit matin, selon Euronews. Timour Tkatchenko, chef de l’administration militaire de Kiev, a indiqué sur Telegram que « l’ennemi utilise des missiles balistiques pour frapper », selon Actu Évreux citant l’AFP. Les missiles balistiques, qui retombent à des vitesses hypersoniques, sont quasi impossibles à intercepter avec les systèmes de défense dont dispose l’Ukraine. Dans le district de Darnytsky, des débris ont touché un immeuble résidentiel de 25 étages, piégeant plusieurs habitants dans les étages supérieurs. Un journaliste de l’AFP a vu, lundi après-midi, les secours extraire le corps d’une victime du huitième étage « alors que les cris d’une femme retentissaient depuis les décombres », rapporte Orange Actu.
Dans le district de Podilsky, un immeuble d’habitation s’est partiellement effondré. Le maire Vitali Klitschko a signalé des incendies ayant ravagé deux étages d’un autre bâtiment résidentiel, selon Euronews. Une trentaine d’immeubles ont été endommagés dans la seule ville de Kiev, selon France 24. À Vychneve, ville satellite située au sud-ouest de la capitale, sept personnes ont été tuées. Le bilan total de 22 morts est provisoire : des recherches de victimes se poursuivaient lundi soir sous les décombres de plusieurs bâtiments.
Le sommet d'Ankara : Zelensky face à Trump, les Européens sortent le chéquier
Le calendrier parle de lui-même. Cette attaque survient à la veille du sommet de l’OTAN à Ankara, qui s’ouvre mardi. Zelensky doit y rencontrer Trump avec l’espoir de relancer des efforts de paix « au point mort » depuis des mois, rapporte Orange Actu. Le message de Moscou est limpide : quelles que soient les promesses faites en Turquie, la Russie conserve la capacité de frapper le cœur de l’Ukraine à volonté. La réponse occidentale s’organise dans l’urgence. Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a promis un « soutien renouvelé » à Kiev, estimant que l’Ukraine doit recevoir « ce dont elle a besoin » pour combattre la Russie, rapporte France 24. Ursula von der Leyen a déclaré que les nouveaux bombardements montrent que l’Ukraine a un « besoin urgent » de défense antiaérienne : « Nous en discuterons cette semaine à Ankara. » Côté financier, les pays européens de l’Alliance et le Canada vont s’engager à fournir 70 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine en 2026 et 2027, selon des sources diplomatiques citées par France 24. Le ministre français des Affaires étrangères a condamné les frappes en estimant que « le bain de sang doit cesser ».
Mais les engagements financiers ne répondent pas à l’urgence immédiate. Ce dont Kiev a besoin ce matin, ce ne sont pas des promesses à deux ans, ce sont des batteries Patriot et des systèmes THAAD capables d’intercepter les missiles balistiques qui perforent les immeubles à 3 heures du matin. Et sur ce point, les livraisons restent très en deçà des demandes.
La guerre des frappes profondes s'intensifie des deux côtés
Pendant que les missiles russes tombaient sur Kiev, l’Ukraine frappait la Russie plus loin que jamais. L’armée ukrainienne a revendiqué lundi avoir touché la raffinerie d’Omsk, l’une des plus grandes du pays, située à 2 500 kilomètres de la frontière ukrainienne, selon Orange Actu citant l’AFP. C’est la cible la plus éloignée jamais atteinte par Kiev depuis le début du conflit. La Russie a confirmé l’attaque tout en affirmant qu’elle n’avait pas fait de victimes. Moscou a par ailleurs indiqué avoir abattu 613 drones ukrainiens sur 626 lancés dans la nuit, selon France 24. Cette escalade croisée redéfinit la guerre. Côté russe, les frappes massives sur Kiev visent à briser le moral de la population civile et à imposer un fait accompli avant toute négociation.
Côté ukrainien, les attaques sur les raffineries et les dépôts de carburant en profondeur visent à fragiliser la machine de guerre russe en la privant de ses ressources énergétiques. Les deux camps frappent de plus en plus loin, de plus en plus fort, et de plus en plus souvent, et ce sont les civils, à Kiev comme dans les régions russes frontalières, qui paient le prix de cette surenchère. Vingt-deux morts lundi, vingt et un mercredi dernier. Quarante-trois victimes en cinq jours dans la seule région de Kiev. Et un sommet de l’OTAN qui s’ouvre demain, sous les images des décombres encore fumants d’un immeuble de 25 étages où des gens dormaient.


