Il rate son penalty. Il met trois minutes à le tirer, reconnaît s’être « laissé déconcentrer », et l’envoie sur le poteau. Puis, comme si rien ne s’était passé, Kylian Mbappé ouvre le score à la 60e minute et offre le but du break à Ousmane Dembélé six minutes plus tard. France 2, Maroc 0. Troisième demi-finale consécutive en Coupe du monde. Et une presse internationale qui ne cherche même plus à analyser, elle contemple. « La France est d’une autre planète », titre la Gazzetta dello Sport. « Impossibles à arrêter ? », interroge le Kicker allemand. « Terrifiante », tranche Eurosport. Même le sélectionneur marocain Mohamed Ouahbi rend les armes avec élégance : « La France n’a jamais eu autant de talents… et des talents qui courent. »
Six minutes pour tout résoudre
Le scénario de ce quart de finale à Boston résume l’énigme que cette équipe de France pose au reste du monde. Pendant une heure, les Bleus ont poussé contre un bloc marocain discipliné, le meilleur de la compétition avec deux buts encaissés en cinq matchs. Walid Regragui avait construit un catenaccio à cinq défenseurs spécialement conçu pour étouffer Mbappé. Ça a fonctionné pendant 59 minutes. Et puis non. À la 57e minute, Mbappé obtient un penalty. Il met trois minutes à se placer, réajuste son short, recule sa course d’élan, puis frappe le poteau, rapporte Franceinfo. « Je me suis laissé déconcentrer », reconnaîtra-t-il après le match. Le stade retient son souffle.
Le Maroc exulte. Et trois minutes plus tard, le même Mbappé récupère le ballon au point de penalty, crochète Bounou et marque. 1-0, 60e minute. À la 66e, il lance Dembélé dans la profondeur. Le Ballon d’Or contrôle, ajuste, marque. 2-0. Le match est plié. Fabio Licari, envoyé spécial de la Gazzetta dello Sport, résume la soirée avec le lyrisme que seule la presse italienne peut se permettre : « Plus forte que le catenaccio du Maroc, plus forte que le penalty manqué par Mbappé. La France résout tout », selon Franceinfo. Reuters souligne la « connexion Mbappé-Dembélé », devenue « l’arme la plus redoutable de la compétition ». Yassine Bounou, le gardien marocain, ne cherche pas d’excuses : « L’adversaire était très fort, on n’a pas reconnu notre équipe », confie-t-il en zone mixte.
La question à laquelle personne ne répond
Ce que la presse internationale salue autant que le talent, c’est la capacité de cette équipe à banaliser l’exceptionnel. Troisième demi-finale de Coupe du monde consécutive. Cinq matchs, quatre victoires, un seul but encaissé hors penalty. Dembélé Ballon d’Or, Mbappé meilleur buteur de l’histoire des Bleus en phase finale, Olise étincelant, Koné « surpuissant » selon les notes de Franceinfo, Bouaddi impérial, Zaïre-Emery qui impressionne dès son entrée en jeu. Et pourtant, ce n’est jamais flamboyant. C’est clinique. The Guardian, dans son analyse d’avant-match, posait le seul vrai débat que cette équipe suscite encore, et il ne porte pas sur le football : la diversité du vestiaire français, miroir d’un pays qui se déchire en interne sur les questions d’identité tout en célébrant des buts marqués par des enfants de l’immigration. Le journal britannique estime que ce quart contre le Maroc « illustre parfaitement la diversité du football moderne », selon la revue de presse internationale.
Mais la question purement sportive que personne ne parvient à trancher est plus simple : qui peut arrêter cette équipe ? Le Kicker allemand la pose sans y répondre : « Mbappé et ses coéquipiers : impossibles à arrêter ? » Eurosport y répond, mais autrement : « On avait peu à craindre du Maroc. Le Maroc s’est renié parce qu’il a eu peur des Bleus. » Le problème, pour les futurs adversaires, c’est que le Maroc n’est pas une petite équipe. C’est un demi-finaliste de 2022. Et il a été balayé en six minutes par un duo qui semble jouer un autre sport.
Le dernier acte de Deschamps, et un doute sur la cheville de Mbappé
Didier Deschamps, qui dispute son dernier tournoi à la tête de la sélection, a livré après le match une phrase qui dit tout de l’état d’esprit du groupe : « Nous sommes en mission pour les femmes, les enfants, les grands-pères, les grands-mères… », rapporte Franceinfo. C’est la quatrième demi-finale de Coupe du monde qu’il atteint en tant que sélectionneur ou joueur. L’homme au costume le plus serré du football mondial n’a jamais été aussi près de réussir sa sortie.
Un seul point d’inquiétude assombrit le tableau. Mbappé est sorti prématurément en fin de match, touché à la cheville. Les premières informations, relayées par plusieurs médias dans la nuit, se veulent rassurantes, mais les examens complémentaires détermineront s’il sera apte pour la demi-finale. Son absence changerait radicalement l’équation, même dans une équipe « d’une autre planète », il reste l’astre autour duquel tout gravite. La demi-finale attend. L’adversaire sera le vainqueur de Norvège-Angleterre. Et la France, elle, continue d’avancer avec cette certitude tranquille qui rend fou le reste du monde : elle n’a pas encore montré le meilleur d’elle-même.


