On attendait un adieu tranquille, on a eu l’un des matchs les plus fous de la Coupe du monde. Pour l’ultime rencontre de Didier Deschamps à la tête des Bleus, la France a sombré 0-4 dès la première période à Miami, avant de renverser la table jusqu’à 3-4… pour finalement s’incliner 6-4 face à l’Angleterre. Dix buts, un scénario invraisemblable et une sortie amère pour le sélectionneur le plus titré de l’histoire tricolore. Récit d’une soirée irréelle.

Le résumé d'un match de dingue

Résumons l’invraisemblable, pour ceux qui n’y croiraient pas. À la pause, la France est menée 0-4. Oui, 0-4, balayée, humiliée, méconnaissable. Puis, au retour des vestiaires, tout bascule : les Bleus reviennent à 1-4, 2-4, 3-4, et le stade de Miami se met à croire au come-back du siècle. Mais l’Angleterre, sonnée, trouve les ressources pour reprendre ses distances, inscrit un cinquième puis un sixième but, et éteint définitivement l’incendie tricolore. Score final : 4-6.

Dix buts dans un match pour la troisième place, une équipe de France capable du pire comme du presque-miracle en l’espace de quarante-cinq minutes : difficile d’imaginer scénario plus improbable pour refermer l’ère Deschamps. Reprenons acte par acte.

Acte I : une première période cauchemardesque

Dès l’entame, le film vire à l’horreur pour les supporters français. À la 3e minute, l’Angleterre ouvre déjà le score. Une entrée en matière catastrophique qui fissure d’emblée la confiance d’une équipe de France visiblement encore digérant sa désillusion de la demi-finale. Loin de se reprendre, les Bleus s’enfoncent.

À la 18e, c’est 0-2. À la 37e, 0-3. Et juste avant la pause, à la 45e, l’Angleterre plante un quatrième but qui ressemble à une sentence. En une seule période, les hommes de Deschamps ont encaissé autant de buts qu’ils n’en avaient parfois concédé en un tournoi entier. Le tableau d’affichage est glaçant : 0-4 à la mi-temps. Dans les travées de Miami, on n’en croit pas ses yeux. Pour la dernière de leur sélectionneur, les Bleus offrent l’un des pires actes de leur histoire récente.

Acte II : le coup de poker de Deschamps et la révolte des Bleus

C’est là que le compétiteur qu’est Deschamps sort une dernière carte. À la pause, plutôt que de subir, il frappe fort : quatre changements d’un coup, une révolution tactique et humaine pour tenter de sauver l’honneur. Un pari radical, à la hauteur de l’urgence. Et contre toute attente, il fonctionne au-delà de l’imaginable.

Dès la 48e minute, à peine revenus sur la pelouse, les Bleus réduisent le score : 1-4. Le déclic. À la 54e, ils récidivent : 2-4. Le doute change de camp. Et lorsque, à la 66e, la France inscrit un troisième but pour revenir à 3-4, le Hard Rock Stadium bascule dans l’irrationnel. On tient l’une des remontadas les plus folles de l’histoire du Mondial. À vingt minutes de la fin, tout est possible. Les Anglais, tétanisés, reculent. Les Français, transfigurés, y croient dur comme fer.

C’est toute l’ironie de cette soirée : cette équipe de France capable du naufrage le plus total a aussi montré, en une demi-heure, un visage de bravoure et d’orgueil. Comme si la fin d’une ère méritait, au moins, un dernier sursaut de fierté.

Acte III : le money-time impitoyable

Mais le football, on le sait, est un sport cruel, surtout dans les fins de match débridées. Alors que la France pousse pour l’égalisation, c’est l’Angleterre qui frappe. À la 87e minute, contre le cours du money-time tricolore, les Anglais reprennent deux longueurs d’avance : 3-5. Le coup de massue.

Le dernier quart d’heure sera un feu d’artifice. Dans le temps additionnel, à la 90e, la France y croit encore et signe un quatrième but : 4-5. Le suspense est total, insoutenable. Mais dans la foulée, toujours à la 90e, l’Angleterre plante le sixième et dernier but de cette rencontre démente : 4-6. Cette fois, c’est fini. Le rêve d’un retournement complet s’éteint dans un dernier soubresaut. Les Bleus tombent, épuisés, à l’issue d’un match qui aura tout eu, sauf de la retenue.

Ce que disent les chiffres

Les statistiques racontent, à leur manière, cette rencontre atypique. La possession a légèrement penché du côté anglais (environ 55 % contre 45 %), signe d’une maîtrise globale des coéquipiers de Harry Kane. Mais l’équilibre au nombre de tirs — 18 de chaque côté — témoigne d’un match ouvert, offensif, où les deux défenses ont sombré tour à tour.

Autre enseignement : neuf tirs cadrés pour la France, dix pour l’Angleterre. Autrement dit, une avalanche d’occasions des deux côtés, et des gardiens débordés par le rythme fou de la partie. Fait rare pour un match de cette intensité : aucun carton distribué. Le spectacle a été total, mais bon enfant. Ce sont les filets, et eux seuls, qui ont tremblé toute la soirée.

La « der » amère de Didier Deschamps

Au-delà du score, c’est un symbole qui s’est joué à Miami. Cette rencontre était la dernière de Didier Deschamps à la tête de l’équipe de France. Le Basque, en poste depuis juillet 2012, a vécu là son 185e match sur le banc tricolore — le 187e de son mandat, deux ayant été dirigés par son adjoint Guy Stéphan. Quatorze années de règne qui s’achèvent donc sur une défaite spectaculaire, à mille lieues de la sortie triomphale qu’il aurait méritée au regard de son immense bilan.

Lui qui avait promis de tout donner pour cette troisième place, lui le « compétiteur né » qui refusait de finir sur deux revers, aura vu ses joueurs offrir le meilleur et le pire dans un même match. « Ce sera le clap de fin, mais ce n’est pas un match anonyme », avait-il prévenu avant la rencontre. Il ne croyait pas si bien dire : anonyme, cette soirée ne le sera jamais. Elle restera, hélas pour lui, comme un adieu aussi fou que douloureux.

Difficile, dans ces conditions, de ne pas ressentir une pointe d’injustice. Un homme qui a apporté à la France une étoile mondiale en 2018, une finale de Coupe du monde en 2022, une finale d’Euro en 2016 et une Ligue des nations en 2021 méritait sans doute un dernier tableau plus clément. Le sport, décidément, n’écrit pas toujours les fins qu’on voudrait.

Le contexte : une équipe déjà ailleurs

Pour être juste, il faut resituer cette rencontre. Les Bleus l’abordaient quatre jours seulement après leur élimination en demi-finale par l’Espagne (0-2), une désillusion encore vive. De l’aveu même des acteurs, personne, ou presque, n’avait réellement envie de disputer ce match pour la troisième place. Côté anglais, le sélectionneur Thomas Tuchel n’avait pas caché que ce genre de rendez-vous ressemblait à un remède de gueule de bois après une demi-finale perdue.

Ajoutez à cela les absences et la fatigue accumulée. La France devait notamment composer sans William Saliba, sorti sur blessure au dos lors de la demi-finale, et menacé d’une indisponibilité de plusieurs mois. Dans ce contexte de lassitude et de têtes déjà tournées vers les vacances, la première période catastrophique des Bleus s’explique en partie. Ce qui n’explique pas, en revanche, l’incroyable réaction du second acte : celle-là, elle tient de l’orgueil pur.

Mbappé, les records et une soirée à part

Un autre feuilleton se jouait en toile de fond : celui des records individuels. Capitaine et déjà meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, Kylian Mbappé abordait cette rencontre avec des ambitions personnelles, notamment la course au Soulier d’or de la compétition et une place au sommet des buteurs all-time de la Coupe du monde. Autant d’enjeux qui donnaient à ce match, malgré son statut mineur, un relief particulier pour le numéro 10 français.

Dans un match à dix buts et à ce rythme, les lignes de statistiques ont forcément bougé. Le détail précis des réalisations et des éventuelles distinctions individuelles sera à confirmer via les données officielles, mais une chose est sûre : cette petite finale débridée aura offert aux attaquants un terrain de jeu inespéré. Rarement un match « pour rien » aura autant fait parler les compteurs.

Et maintenant ? Zidane et une finale de gala

La page Deschamps désormais tournée, une nouvelle s’ouvre déjà. Sauf improbable coup de théâtre, la Fédération française de football devrait rapidement acter la succession, et un nom domine tous les autres : Zinédine Zidane. L’ancien meneur de jeu champion du monde 1998, longtemps annoncé comme le successeur naturel, semble enfin promis au banc des Bleus. Une transition très attendue, qui marquera le passage de témoin entre deux légendes de 1998.

Pendant ce temps, le Mondial 2026, lui, vit ses dernières heures. La grande finale se joue ce dimanche 19 juillet (21h, heure française) au MetLife Stadium, dans la région de New York, entre l’Espagne et l’Argentine. Deux géants, un trophée, et un spectacle promis à la démesure américaine. Les Bleus, eux, rentreront à la maison avec une quatrième place et, surtout, le souvenir doux-amer d’une dernière soirée pas comme les autres.

Ce qu’il faut retenir

La petite finale du Mondial 2026 restera comme un match totalement fou : une France humiliée 0-4 à la pause, ressuscitée jusqu’à 3-4, puis rattrapée par la réalité pour s’incliner 4-6 face à l’Angleterre. Un scénario d’anthologie pour une rencontre censée n’avoir aucun enjeu — la preuve, s’il en fallait, que le football se moque parfois des étiquettes.

Pour Didier Deschamps, c’est une sortie cruelle, à rebours de ce que son palmarès aurait mérité. Mais peut-être ce match résume-t-il, à sa façon, ce que fut son équipe de France : capable du sublime comme du décevant, jamais là où on l’attend, et toujours, jusqu’au bout, spectaculaire. Quatorze ans après le début de l’aventure, le rideau tombe sur une image folle. On aurait aimé, pour lui, une dernière plus douce. On se souviendra, au moins, qu’elle fut inoubliable.

Merci et adieu, monsieur Deschamps. La suite, désormais, appartient à d’autres.

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