Il aura fallu 106 minutes de siège, un gardien argentin héroïque, un but refusé, un carton rouge et la patience d’un pays entier pour que la Roja trouve enfin la faille.
Ce dimanche 19 juillet au MetLife Stadium de New York, Ferran Torres a inscrit l’unique but de la finale face à une Argentine qui a refusé de jouer au football pendant plus de 100 minutes. Zéro tir au but avant la 117e minute : du jamais-vu dans l’histoire de la Coupe du monde. L’Espagne décroche sa deuxième étoile, seize ans après celle de 2010, et devient la première nation à régner simultanément sur l’Europe et le monde. « Ce n’est pas mon but, c’est celui de 47 millions de personnes », a lâché Torres au coup de sifflet final.
106 minutes pour forcer une porte que l'Argentine avait murée
Il y a des finales de légende et il y a des finales qui ressemblent à un cambriolage. Celle-ci tenait des deux. Dès le coup d’envoi, le plan de l’Argentine était limpide : ne pas jouer. Lionel Scaloni avait aligné un bloc ultra-défensif, recroquevillé à trente mètres de son propre but, avec pour seule consigne de laisser l’Espagne attaquer dans le vide et d’espérer les tirs au but, rapporte la RTBF. Le problème, pour les Argentins, c’est que l’Espagne savait. Et elle a frappé, frappé, frappé. Lamine Yamal dès la 5e minute. Mikel Oyarzabal à la 39e. Dani Olmo à la 64e. Pau Cubarsí à la 78e. Seize tirs, onze cadrés avant la fin du temps réglementaire, et à chaque fois, Emiliano Martínez.
Le gardien d’Aston Villa, héros du sacre argentin de 2022 face à la France, a repoussé tout ce que l’Espagne lui envoyait, rapporte Franceinfo. Arrêts réflexes, détentes impossibles, sorties dans les pieds : sans lui, le match aurait été plié avant la mi-temps. Nico Williams, entré en jeu à la 75e minute, a cru libérer la Roja en inscrivant un but, immédiatement refusé pour une faute de Mikel Merino sur Otamendi dans la surface, rapporte la RTBF. Le stade a explosé puis s’est tu. 0-0 au bout de 90 minutes. L’Argentine, qui n’avait pas tiré une seule fois au but en une heure et demie de football, tenait son pari. Puis, à la dernière minute du temps réglementaire, Enzo Fernández a reçu un second carton jaune. Expulsion. L’Argentine jouera les prolongations à dix contre onze.
Ferran Torres, 106e minute : le but qui rejoint Iniesta dans l'histoire
À dix, la mission était impossible. Pedro Porro a centré de la droite, Nico Williams a dévié de la tête en retrait, et Ferran Torres, surgissant au second poteau, a placé une frappe que même Martínez ne pouvait pas repousser. 1-0, 106e minute. L’attaquant du FC Barcelone s’est effondré à genoux, submergé. Derrière lui, le banc espagnol a envahi la ligne de touche. Torres rejoint dans la légende Andrés Iniesta, buteur de la finale 2010 contre les Pays-Bas. Un but unique, en prolongations, pour un titre mondial. La symétrie est presque trop parfaite. « C’est le destin. On a gagné pour notre peuple. Ce n’est pas mon but, c’est celui de 47 millions de personnes », a déclaré Torres à M6 après le match.
L’Argentine a enfin tenté un tir au but à la 117e minute, le premier de toute la rencontre, selon la RTBF. Une statistique qui restera dans les annales comme le symbole d’un anti-football poussé à son paroxysme. En face, l’Espagne avait accumulé 21 tirs, dont 14 cadrés. La morale, pour une fois, était sauve.
Un match terminé dans la violence
La finale ne s’est pas terminée avec le but de Torres. Elle s’est terminée dans la honte. Au coup de sifflet final, alors que les remplaçants espagnols envahissaient la pelouse pour célébrer, l’ancien Parisien Leandro Paredes, entré à la mi-temps, a pété les plombs, rapporte CNews et Foot Mercato. Il s’est d’abord rué sur le défenseur Éric García, l’a violemment empoigné par le cou et l’a fait tomber. Puis, quand Gavi est venu demander des comptes, Paredes l’a poussé au sol en lui assénant ce qui ressemble à un coup de poing sur les images. Thiago Almada a ajouté un tacle sur le même Gavi, déjà à terre, selon Foot Mercato.
La mêlée s’est généralisée. Nahuel Molina et plusieurs coéquipiers se sont précipités vers les Espagnols en pleine célébration. Scaloni a dû descendre sur la pelouse pour tirer ses joueurs en arrière et éviter une escalade, rapporte Orange Sport. L’arbitre a brandi un carton rouge à Paredes, un geste symbolique puisque le match était déjà terminé, mais qui figurera dans le rapport officiel de la FIFA. Et pour clore la séquence, les joueurs argentins ont tourné le dos au moment où l’Espagne est allée récupérer le trophée, rapporte Orange Sport citant DAZN. La grande classe, jusqu’au bout.


