En 48 heures, le brasier a parcouru 4 800 hectares et s’étend désormais sur 15 kilomètres. Plus de 12 000 personnes, habitants et vacanciers, ont été évacuées de huit campings et centres de vacances. 800 pompiers, six moyens aériens dont deux Canadair, et une préfète qui interdit tout travail forestier à moteur thermique. Parallèlement, deux sapeurs-pompiers sont morts mardi en intervention à Mérignac. Le spectre des incendies de 2022, qui avaient ravagé 30 000 hectares dans le même département, hante tous les esprits. Ce jeudi soir, le feu n’est toujours pas fixé.
48 heures de feu : de 600 hectares à 4 800
Le sinistre a éclaté mercredi 22 juillet sur la commune de Saumos, à une quinzaine de kilomètres de Lacanau, en plein cœur de la zone la plus touristique du littoral girondin en pleine saison, rapporte France 24. Selon le maire du Porge, Martial Zaninetti, le feu aurait été déclenché par un engin de débroussaillage, une piste « accidentelle » que la gendarmerie a confirmée sans la considérer comme définitive. La progression a été fulgurante. En début de soirée mercredi, le feu avait parcouru 600 hectares. Dans la nuit, les pompiers ont engagé des manœuvres de « feu tactique », des brûlages volontaires en lisière pour priver les flammes de combustible, mais la surface parcourue a bondi de 600 hectares supplémentaires, rapporte France 24.
Jeudi à 20 heures, la préfecture de Gironde a publié un point de situation alarmant : « Environ 4 800 hectares ont été parcourus par les flammes. Le feu reste très actif sur l’ensemble de la zone concernée », rapporte le communiqué officiel consulté sur le site de la préfecture. Au cours de la journée de jeudi, plusieurs nouveaux départs de feu ont été constatés sur d’autres secteurs du département, nécessitant l’engagement immédiat des moyens aériens et rappelant, selon la préfète, « que le risque demeure extrêmement élevé ».
12 000 évacués, deux pompiers morts : la Gironde sous le choc
L’ampleur des évacuations donne la mesure de la menace. Depuis mercredi soir, plus de 12 000 personnes ont été déplacées à titre préventif de huit campings et centres de vacances situés entre Saumos, Le Porge et Lège-Cap-Ferret, rapporte Franceinfo et France 24. « Quand on voit ça, on s’angoisse un peu. On a peur », confie un riverain à France Télévisions. « Les enfants ont peur. On n’a jamais vécu ça ici. Maintenant, c’est chez nous », ajoute une habitante, rapporte Franceinfo. Les moyens engagés sont considérables : plus de 800 sapeurs-pompiers, 260 engins terrestres et six moyens aériens comprenant un Dash, deux Canadair, deux Air Tractor et l’hélicoptère Charlie33, selon le communiqué de la préfecture. Aucun blessé n’est à déplorer parmi la population. Un pompier souffre d’une fracture.
Mais c’est un autre drame qui a endeuillé le département en parallèle. Mardi, avant même que l’incendie de Saumos ne se déclare, deux sapeurs-pompiers sont décédés en luttant contre un feu à Mérignac, dans la banlieue de Bordeaux. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a annoncé la nouvelle devant l’Assemblée nationale, rapporte feuxdeforet.fr. La Gironde pleure ses soldats du feu au moment même où elle en a le plus besoin. La préfète a pris une mesure radicale : l’interdiction de « tous travaux forestiers utilisant des moteurs thermiques » dans le département, tant que la vigilance rouge feux de forêt sera maintenue, rapporte France 24. Ces travaux étaient jusqu’alors autorisés le matin, avant 13 heures. « J’espère qu’il n’y aura pas de blessé ou de mort parmi les pompiers », a-t-elle ajouté.
Le fantôme de 2022
Pour la Gironde, l’incendie de Saumos-Le Porge n’est pas un événement inédit. C’est un traumatisme qui se répète. En juillet 2022, deux incendies géants avaient ravagé 30 000 hectares dans le même massif des Landes de Gascogne, autour de Landiras et de La Teste-de-Buch. 36 000 personnes avaient été évacuées. La forêt usagère de La Teste, millénaire, avait été en partie détruite. Les images de campings calcinés et de touristes fuyant les flammes en maillot de bain avaient fait le tour du monde.
Quatre ans plus tard, le scénario se reproduit presque à l’identique : même massif, même saison, même sécheresse, même zone touristique paralysée. Et cette fois, le contexte est encore plus aggravant. L’été 2026, avec ses trois vagues de canicule depuis fin mai, ses 54 départements en vigilance rouge en juin et ses records de température « tous mois confondus », a transformé la forêt landaise en poudrière. Après Fontainebleau (1 000 hectares début juillet), après l’incendie entre Aude et Hérault (800 hectares début juillet), la Gironde est le troisième front majeur d’un été de feu sans précédent.
Le chiffre donné par Laurent Nuñez il y a dix jours prend aujourd’hui une résonance glaçante : 25 000 hectares de forêt brûlés en France depuis le début de l’été, « deux fois plus qu’en 2025 ». Avec les 4 800 hectares de Gironde, ce bilan va encore s’alourdir. Et le feu n’est toujours pas fixé.


