Une quinzaine d’hommes cagoulés, en treillis, armés de fusils d’assaut. Et un message en trois lames. L’autonomie votée le 23 juin par l’Assemblée nationale est une « mascarade ». Les partis nationalistes qui l’ont soutenue sont des traîtres. Et les non-Corses venant s’installer sur l’île sont priés de « ne pas se considérer en sécurité sur notre territoire national ». Le tout en assurant maintenir un cessez-le-feu « pour l’heure unilatéral ». Bienvenue dans le 50e anniversaire du FLNC.

« Mascarade » : le FLNC tire sur l'autonomie et sur ses propres alliés

Le processus d’autonomie de la Corse, lancé par Emmanuel Macron après la mort d’Yvan Colonna en 2022 et voté en première lecture par l’Assemblée nationale le 23 juin 2026, devait être la grande réconciliation entre la Corse et la République. Le FLNC-UC vient de le dynamiter, au moins symboliquement. Le texte, qui prévoit d’inscrire dans la Constitution un statut d’autonomie pour l’île, est qualifié de « mascarade » par les clandestins, rapportent 20 Minutes, L’Essentiel et France 3 Corse citant Corse-Matin. Mais le plus inattendu, c’est que les tirs ne visent pas seulement Paris. Ils visent les nationalistes corses eux-mêmes, ceux qui, autour de Gilles Simeoni et du parti Femu a Corsica, ont négocié et soutenu ce processus d’autonomie comme un compromis pragmatique. 

Pour le FLNC, qui prône « l’indépendance nationale » et rien d’autre, l’autonomie dans la République n’est pas une avancée : c’est une capitulation déguisée. France 3 Corse note que les clandestins « étrillent les partis nationalistes ayant soutenu » le texte, rapporte France 3. L’organisation va plus loin en remettant en cause la « communauté de destin », un concept pourtant théorisé par le FLNC lui-même à la fin des années 1980, rapporte France 3 Corse. Cette notion, qui incluait dans le projet national corse tous les résidents de l’île quelle que soit leur origine, avait permis au mouvement de sortir d’une logique ethnique. En l’abandonnant, le FLNC-UC opère un virage identitaire qui alarme jusque dans les rangs indépendantistes.

« Ne vous considérez pas en sécurité » : le message aux continentaux

C’est la phrase qui a fait réagir au-delà de la Corse. Selon le résumé publié par Yahoo Actu citant l’AFP, le FLNC a adressé un avertissement direct aux personnes extérieures à l’île venant s’y installer : « Ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national. » La formule vise en premier lieu les acheteurs de résidences secondaires et les retraités du continent qui s’installent sur le littoral, alimentant la hausse des prix immobiliers et ce que les indépendantistes décrivent comme une « colonisation de peuplement ».

Ce n’est pas une menace abstraite. La dernière « nuit bleue » revendiquée par le FLNC remonte à octobre 2023 : 45 explosions en une seule nuit, ciblant principalement des résidences secondaires mais aussi un centre des impôts désaffecté à Ajaccio, rapportent 20 Minutes et L’Essentiel. Aucun blessé, mais un message sans ambiguïté. Le paradoxe de la séquence tient dans une phrase du communiqué : le FLNC assure qu’il « continuera à jouer pleinement son rôle en soutenant par nos efforts de paix, pour l’heure unilatéraux, toutes les initiatives qui concourront réellement à une solution politique », rapportent 20 Minutes et L’Essentiel. Traduction : nous maintenons le cessez-le-feu, mais il est unilatéral, ce qui signifie que nous pouvons le rompre quand nous le décidons. La paix comme menace, c’est toute la grammaire du FLNC depuis cinquante ans.

50 ans de nuits bleues : un fantôme qui refuse de disparaître

Le FLNC fête en 2026 son demi-siècle. Le mouvement est apparu pour la première fois le 5 mai 1976, avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de 18 attentats lors d’une première « nuit bleue » fondatrice. Depuis, il est devenu ce que France 3 Corse décrit comme « une nébuleuse opaque, résultat de scissions, luttes fratricides et recompositions ». Les clandestins avaient été attendus en mai pour marquer cet anniversaire. Ils étaient restés muets. Ils sortent finalement trois mois plus tard, à la veille des Ghjurnate Internaziunale de Corte, les journées internationales organisées chaque été par la mouvance indépendantiste, rapporte France 3 Corse. Le timing n’est pas anodin : c’est le rendez-vous annuel où se croisent militants, élus, sympathisants et observateurs, et où le FLNC veut peser sur le débat avant que le texte d’autonomie ne poursuive son parcours parlementaire au Sénat puis, éventuellement, au Congrès de Versailles pour une révision constitutionnelle. 

Pour le gouvernement, cette conférence de presse complique un processus déjà fragile. L’autonomie devait être le point d’arrivée de quarante ans de violence. Le FLNC vient de rappeler qu’il n’en est pas signataire, qu’il n’en veut pas, et qu’il dispose toujours de fusils d’assaut et d’hommes prêts à les porter. La question n’est pas de savoir si le FLNC peut encore frapper, les 45 explosions d’octobre 2023 ont répondu à cette question. La question est de savoir si le processus d’autonomie peut survivre à ceux qui le jugent insuffisant tout autant qu’à ceux qui le jugent excessif.

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