Juste le détroit d’Ormuz entouré d’un cercle rouge et ces mots : « NEW U.S. Territory ».

C’est ce que Donald Trump a publié ce mardi 18 août sur Truth Social, sans commentaire, à 7 h 09 heure de Washington. Quatre jours après avoir annoncé lors d’un discours à Long Island qu’il déclarerait « très bientôt » le détroit territoire des États-Unis. La réponse de Téhéran est arrivée par la voix du vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi, sur X : « Le détroit d’Ormuz a été iranien, est iranien et restera iranien. Ce détroit ne se conquiert ni par tweet, ni par porte-avions, ni par décret, ni par discours électoral. » Puis, à l’adresse directe de Trump : « Acceptez une bonne fois pour toutes la réalité : vous avez subi des défaites stratégiques lourdes. Tant que vous ne cesserez pas vos délires chimériques, l’Iran continuera d’imposer le blocus. » Six mois de guerre. Et un détroit que l’un revendique depuis son téléphone et l’autre depuis ses canonnières.

Du discours à la carte : la surenchère en quatre jours

Tout commence vendredi 14 août, loin du Moyen-Orient. Trump est à Garden City, Long Island, dans une académie de police du comté de Nassau. Il parle de criminalité, de sécurité intérieure, d’élections de mi-mandat. Puis il bifurque, avec un petit rire : « After we finish defeating Iran, which is being very badly defeated, pretty soon I’ll be declaring the Hormuz Strait a territory of the United States », rapporte Al Jazeera et The Hill. Il n’explique pas comment. Il n’invoque aucun mécanisme juridique. Il passe à autre chose. Le lendemain, samedi, Gharibabadi riposte sur X. Dimanche, un journaliste demande à Trump de préciser ce qu’il entend par « territoire américain ». Sa réponse : « I like the idea. We have total control over the strait », rapporte MSNBC.

Puis mardi matin, le post sans légende : la carte avec « NEW U.S. Territory ». Deux heures plus tard, un second post : « There are no talks or conversations going on, or scheduled, with the Islamic Republic of Iran. The Naval Blockade remains in full force and effect. The Hormuz Strait is open and operating », rapporte Mediaite et CNBC. Or, le détroit n’est pas « open and operating ». Dimanche, seuls trois navires l’ont franchi, selon les données de suivi maritime compilées par Kpler et citées par CNBC. Contre des dizaines par jour en temps normal. L’Iran maintient son blocus. Trump maintient son affirmation. Et le droit international observe avec effarement un président revendiquer par post sur un réseau social la souveraineté sur un bras de mer situé entre l’Iran et Oman — deux pays qui n’ont rien demandé.

Peut-il le faire ? Ce que dit le droit (et ce que Trump ignore)

La réponse courte est non. Le détroit d’Ormuz est régi par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), qui garantit le « droit de passage en transit » à tous les navires, y compris militaires, dans les détroits internationaux. Les eaux territoriales du détroit sont partagées entre l’Iran (rive nord) et Oman (rive sud). Les États-Unis n’ont de juridiction sur aucune des deux rives, et n’ont d’ailleurs jamais ratifié l’UNCLOS, ce qui affaiblit encore leur position juridique, rapporte Al Jazeera. L’ancien diplomate américain Richard Haass a été catégorique, selon The Hill : aucun pays ne « contrôle » le détroit d’Ormuz, et le prétendre relève de la « fantaisie ». Même le présentateur de Fox News Bret Baier a reconnu que le trafic maritime y est réduit « à un filet » malgré les affirmations de Trump, rapporte The Hill.

Mais Trump ne fait pas de droit international. Il fait de la politique intérieure. Les midterms approchent, et l’essence est à 4,08 dollars le gallon, 29 % de plus qu’il y a un an, selon AAA cité par Forbes. 60 % des électeurs américains sont opposés à la guerre, selon un sondage Quinnipiac de fin juillet, rapporte Al Jazeera. En décrétant le détroit « territoire américain », Trump transforme une guerre impopulaire en démonstration de puissance et offre à sa base un slogan de plus pour les meetings, exactement comme il l’avait fait avec le canal de Panama et le Groenland en début de mandat.

Le mémorandum expiré, la guerre qui continue

Ce qui rend cette provocation plus dangereuse que les précédentes, c’est le timing. Le mémorandum d’accord signé entre Washington et Téhéran le 17 juin a expiré dimanche, sans renouvellement, rapporte Euronews. Ce texte prévoyait 60 jours de négociations pour parvenir à un accord final. Les 60 jours sont écoulés. Aucun accord n’est en vue. Et Trump affirme dans son post de mardi matin qu’« aucune discussion n’est en cours ni prévue » avec l’Iran, contredisant sa propre rhétorique des semaines précédentes où il vantait des « négociations qui avancent très bien ».

Le lendemain de l’expiration du mémorandum, les Émirats arabes unis ont déclaré que l’Iran avait attaqué un pétrolier d’État dans le détroit, rapporte Forbes. La violence n’a pas cessé. Le blocus non plus. Et les deux camps campent sur des positions inconciliables : Trump dit que le détroit est américain. L’Iran dit qu’il est iranien. Le droit international dit qu’il n’appartient à personne. Et les tankers font demi-tour. Six mois après le début de la guerre, le détroit d’Ormuz n’est ni américain ni iranien. Il est fermé. Et un post Truth Social n’y changera rien.

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