Quelques jours avant la rentrée, Édouard Geffray assurait que les absences de professeurs seraient « marginales ». Une enquête du Snes-FSU dresse pourtant un tableau bien différent : deux tiers des collèges et lycées interrogés auraient une équipe incomplète. À peine la rentrée scolaire effectuée, la question du manque de personnels dans les collèges et lycées revient au premier plan. Selon une enquête du Snes-FSU, deux tiers des établissements français concernés disposeraient d’une équipe incomplète en ce début d’année scolaire.
Un constat qui contraste fortement avec les propos tenus quelques jours auparavant par le ministre de l’Éducation nationale.Édouard Geffray avait en effet affirmé que les absences de professeurs à la rentrée seraient « marginales ». Les premiers constats remontés par le syndicat donnent donc une image beaucoup moins rassurante de la situation.
Deux tiers des établissements avec une équipe incomplète : que signifie réellement ce chiffre ?
Le chiffre est spectaculaire : environ deux collèges et lycées sur trois seraient confrontés à une équipe incomplète, d’après l’enquête du Snes-FSU. Il doit toutefois être correctement interprété. Cela ne signifie pas que deux tiers des enseignants manquent à l’appel ni que tous les élèves de ces établissements sont privés de cours. Un établissement peut être considéré comme ayant une équipe incomplète lorsqu’il lui manque un ou plusieurs personnels nécessaires à son fonctionnement normal. L’impact peut donc être très différent d’un collège ou d’un lycée à l’autre. Dans certains cas, l’absence d’un enseignant peut toucher plusieurs classes et entraîner des heures de cours non assurées dès les premiers jours. Pour les directions, il faut alors adapter les emplois du temps dans l’attente d’une nomination ou d’un remplacement. Pour les élèves et leurs parents, le problème devient particulièrement concret lorsqu’une matière ne peut pas être enseignée normalement.
La rentrée constitue pourtant un moment déterminant. C’est durant les premières semaines que les enseignants présentent leur méthode de travail, organisent les programmes et installent les habitudes de la classe. Une absence prolongée peut donc perturber le démarrage de l’année. La situation représente également un défi pour les chefs d’établissement, déjà confrontés à de multiples impératifs au moment de la rentrée : organisation des classes, emplois du temps, accueil des élèves et coordination des équipes. L’enquête du Snes-FSU alimente ainsi une question récurrente dans l’Éducation nationale : la capacité à disposer de suffisamment de personnels dès le premier jour de classe, mais aussi à remplacer rapidement ceux qui sont absents.
Des chiffres qui contrastent avec les déclarations d’Édouard Geffray
Le résultat de l’enquête prend une dimension politique particulière en raison des déclarations faites par Édouard Geffray avant la rentrée. Le ministre de l’Éducation nationale avait assuré que les absences de professeurs seraient « marginales ». Quelques jours plus tard, le constat avancé par le Snes-FSU semble beaucoup plus préoccupant. La comparaison doit néanmoins être maniée avec précaution : parler d’« équipes incomplètes » et mesurer les « absences de professeurs » ne revient pas nécessairement à utiliser exactement le même indicateur. L’enquête syndicale constitue par ailleurs une photographie réalisée à partir des établissements interrogés par le Snes-FSU. Elle ne doit donc pas être présentée comme un recensement administratif exhaustif de chaque collège et lycée français.
Reste que l’ampleur annoncée, deux établissements sur trois concernés, suffit à relancer le débat sur les difficultés de recrutement et de remplacement dans l’Éducation nationale. Pour les familles, la question est moins statistique que pratique : les cours prévus dans l’emploi du temps de leur enfant seront-ils effectivement assurés ? Le problème peut devenir particulièrement sensible lorsqu’une absence se prolonge. Quelques heures perdues au début de l’année peuvent parfois être rattrapées. Plusieurs semaines sans professeur dans une même matière peuvent, en revanche, créer un retard plus difficile à combler. Le véritable test se jouera donc dans les prochaines semaines.
Il faudra notamment observer combien de postes ou d’absences signalés à la rentrée sont rapidement pourvus et combien perdurent. C’est cette durée qui permettra de mesurer les conséquences réelles pour les élèves. Cette rentrée fait ainsi apparaître un décalage entre le discours rassurant du gouvernement et l’alerte lancée par le Snes-FSU. Deux constats qui ne reposent pas nécessairement sur les mêmes critères, mais qui posent une question essentielle : au-delà de la bataille des chiffres, combien d’élèves commenceront réellement leur année scolaire sans l’ensemble des personnels dont leur établissement a besoin ?


