Trois ans ont passé, mais en Israël, le 7 octobre 2023 n’appartient toujours pas tout à fait au passé. 

Ce mercredi, le pays commémore l’attaque la plus meurtrière de son histoire, menée par le Hamas dans le sud d’Israël. Environ 1 200 personnes avaient été tuées et 251 autres emmenées de force dans la bande de Gaza. Pour la première fois depuis le massacre, cet anniversaire se tient alors qu’aucun otage israélien n’est encore détenu dans l’enclave palestinienne. Pourtant, la libération des derniers captifs n’a pas suffi à refermer la plaie.

Sur le site du festival Nova, près de Réïm, où 348 personnes ont été tuées le matin du 7 octobre, les familles et les survivants se retrouvent une nouvelle fois pour rendre hommage aux victimes. D’autres rassemblements sont organisés à travers le pays, notamment à Tel-Aviv, sur la désormais célèbre « place des Otages ». Trois ans après l’irruption des commandos du Hamas dans les kibboutz et les villes proches de Gaza, les lieux du massacre sont devenus des espaces de mémoire autour desquels s’est construite une partie du récit national israélien.

Un traumatisme qui dépasse les survivants

Pour ceux qui ont vécu l’attaque ou la captivité, le temps n’a pas nécessairement éloigné les événements. Omer Shem Tov, enlevé lors du festival Nova à l’âge de 20 ans et libéré après 505 jours de détention, racontait encore récemment être saisi par des flash-backs capables de le ramener brutalement à sa captivité dans les tunnels de Gaza. Comme lui, de nombreux anciens otages et rescapés restent suivis pour les conséquences psychologiques de ce qu’ils ont vécu. Mais le traumatisme du 7 octobre dépasse largement les victimes directes de l’attaque. Il a profondément modifié la manière dont une partie de la société israélienne envisage sa propre sécurité et ses relations avec les Palestiniens.

Le choc a notamment ébranlé l’un des fondements du contrat entre l’État israélien et sa population : la conviction que l’armée et les services de sécurité seraient capables de protéger le territoire face à une attaque de grande ampleur. Le matin du 7 octobre 2023, cette promesse s’est effondrée en quelques heures. Dans certaines localités proches de Gaza, la peur demeure particulièrement présente. Selon l’Associated Press, le sentiment de menace reste si fort chez une partie des habitants que la souffrance des civils palestiniens apparaît largement absente du débat quotidien. Le traumatisme a ainsi contribué à durcir le regard porté sur Gaza et à éloigner encore davantage la perspective d’une coexistence avec les Palestiniens.

Le 7 Octobre au cœur de la bataille politique

Cette mémoire est aussi devenue un enjeu politique majeur. À vingt jours des élections législatives israéliennes du 27 octobre, le scrutin apparaît en partie comme un jugement sur la gestion de Benyamin Nétanyahou avant et après l’attaque. Ses opposants lui reprochent de ne pas avoir empêché le massacre et réclament depuis trois ans que toute la lumière soit faite sur les défaillances ayant permis au Hamas de franchir la frontière, d’attaquer des bases militaires et de pénétrer dans plusieurs localités israéliennes. Plusieurs proches de victimes ou personnalités directement touchées par le 7-Octobre se présentent d’ailleurs aux élections. Au moins neuf candidats ont un lien personnel direct avec l’attaque, selon Reuters. Certains soutiennent toujours Benyamin Nétanyahou, mais beaucoup font de l’établissement des responsabilités et de la réforme des institutions sécuritaires l’un des principaux motifs de leur engagement.

Trois ans après, une question continue donc de hanter le débat public : comment l’une des armées les plus puissantes et les mieux renseignées du monde a-t-elle pu être prise à ce point par surprise ? La réponse demeure politiquement explosive. Benyamin Nétanyahou a jusqu’à présent résisté aux appels en faveur d’une commission d’enquête indépendante chargée d’examiner l’ensemble des responsabilités ayant conduit au désastre.

Entre le 7 Octobre et Gaza, deux récits qui s’éloignent

Depuis 2023, une autre fracture s’est également creusée : celle qui sépare de plus en plus la perception israélienne de celle d’une large partie de l’opinion internationale. En Israël, les massacres du 7 octobre restent le point de départ du conflit. Dans une grande partie du reste du monde, ce sont désormais les images de Gaza dévastée et le bilan humain de l’offensive israélienne qui occupent le premier plan. Plus de 74 000 Palestiniens ont été tués depuis octobre 2023, selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont utilisés par les Nations unies et de nombreuses organisations internationales. Une grande partie du territoire a été détruite et la majorité de ses quelque deux millions d’habitants ont été déplacés au cours de la guerre.

Cette évolution du regard international est difficilement vécue en Israël. Une partie de la population estime que le massacre du 7 octobre a progressivement disparu derrière la guerre menée ensuite par l’armée israélienne. À l’inverse, les critiques d’Israël considèrent que le traumatisme initial ne peut justifier l’ampleur des destructions infligées à Gaza. Ces deux récits coexistent désormais presque sans se rencontrer : celui d’une société israélienne qui continue de se percevoir à travers la vulnérabilité révélée par le 7-Octobre, et celui des Palestiniens confrontés depuis trois ans aux conséquences humaines et matérielles de la guerre.

Un pays encore défini par cette journée

Même la fin de la captivité des otages n’a pas réellement clos le chapitre militaire ouvert en octobre 2023. Le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 sous l’impulsion des États-Unis a permis la restitution des derniers otages et entraîné une baisse importante des combats. Mais plusieurs points centraux de l’accord restent bloqués. Le Hamas n’a pas été totalement désarmé, Israël n’a pas entièrement retiré ses forces de Gaza et la reconstruction de l’enclave demeure embryonnaire.

Un an après l’entrée en vigueur de l’accord, Israël contrôle encore près des deux tiers de la bande de Gaza et des frappes ainsi que des opérations militaires continuent d’y être menées. Plus de 1 400 Palestiniens ont été tués depuis le cessez-le-feu, selon les autorités sanitaires de Gaza, tandis que cinq soldats israéliens ont également trouvé la mort. La promesse d’un « après-guerre » reste donc largement suspendue. Le 7 octobre a changé Israël militairement, diplomatiquement et politiquement. Il a aussi profondément transformé sa société.

Il a accéléré le durcissement sécuritaire du pays, renforcé les forces politiques les plus hostiles à toute concession envers les Palestiniens et replacé la question de la sécurité au centre de presque tous les débats. Dans le même temps, les trois années de guerre qui ont suivi ont contribué à un isolement international croissant d’Israël. Les élections du 27 octobre diront en partie ce que les Israéliens souhaitent faire de cette mémoire : reconduire une politique fondée avant tout sur la puissance militaire ou sanctionner ceux qu’une partie de la population tient responsables des failles ayant précédé l’attaque.

Mais trois ans après, une chose semble déjà certaine : le 7 octobre 2023 n’est plus seulement une date dans l’histoire israélienne. Il est devenu une grille à travers laquelle le pays continue de lire sa sécurité, sa politique et son rapport au reste du monde. Et malgré le retour des otages et l’éloignement progressif du jour du massacre, Israël n’est pas encore sorti du 7 octobre.

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