Une même date, mais plusieurs colères.
Samedi 17 octobre, des collectifs se revendiquant des « gilets jaunes », des syndicats, des lycéens et des étudiants appellent à se mobiliser partout en France autour d’un mot d’ordre commun : dénoncer la hausse du coût de la vie et tenter de faire converger plusieurs mouvements sociaux apparus ou renforcés depuis la rentrée. À trois jours de la mobilisation, son ampleur reste difficile à mesurer. Les appels ont d’abord émergé sur les réseaux sociaux, sans structure nationale clairement identifiée, avant d’être progressivement rejoints par plusieurs organisations syndicales et par le mouvement lycéen.
Un appel né sur les réseaux sociaux
Contrairement au mouvement des « gilets jaunes » de novembre 2018, le rendez-vous du 17 octobre n’est pas né d’une organisation nationale déjà constituée.Les premiers appels sont apparus dès septembre sur TikTok, Facebook, Instagram et X. Une vidéo publiée par un compte baptisé « V2 » appelait notamment à manifester contre le prix de l’essence le samedi 17 octobre, choisi parce qu’il correspond au premier jour des vacances de la Toussaint. Le créateur du compte ne se présentait alors pas comme un représentant des « gilets jaunes ». La dynamique s’est ensuite étendue à des groupes et figures issus du mouvement de 2018.
À Paris, Sophie Tissier, figure des « gilets jaunes », a indiqué mercredi avoir demandé à la préfecture de police l’autorisation d’organiser un rassemblement sur l’avenue des Champs-Élysées, entre 10 heures et 19 heures. À ce stade, la réponse de la préfecture n’était pas encore connue. Le caractère très décentralisé du mouvement complique toutefois toute estimation du nombre de participants attendus. Des centaines d’actions sont annoncées sur différentes cartes et plateformes militantes, mais ces décomptes sont déclaratifs et ne permettent pas de garantir que toutes auront réellement lieu.
Les lycéens appelés à rejoindre le mouvement
Comme en 2018, la question des carburants constitue l’un des principaux points de départ de la mobilisation. Les appels relayés en ligne dénoncent une hausse des prix à la pompe et, plus largement, l’augmentation du coût de la vie : alimentation, loyers, énergie ou encore dépenses du quotidien. Le slogan dépasse toutefois désormais largement la seule question de l’essence. Les revendications diffusées par différents collectifs portent également sur les salaires et les pensions, les services publics, la fiscalité ou encore le référendum d’initiative citoyenne, déjà défendu par une partie des « gilets jaunes » lors du mouvement de 2018. Cette diversité explique en partie pourquoi plusieurs organisations parlent aujourd’hui de « convergence des luttes ».
La mobilisation du 17 octobre intervient surtout après plusieurs semaines d’un mouvement lycéen devenu l’un des principaux foyers de contestation sociale du moment. Mardi 13 octobre, entre 161 500 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 480 000 selon les organisations lycéennes et étudiantes ont manifesté en France lors de l’« acte V » du mouvement.
Les revendications portent notamment sur les conditions d’enseignement, le manque de personnels, l’état de certains établissements ou encore Parcoursup. Mais à l’approche des vacances scolaires, qui commencent précisément le 17 octobre, les organisations lycéennes cherchent désormais à prolonger la mobilisation sous une autre forme. Le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, a ainsi appelé les élèves à rejoindre massivement les « gilets jaunes » samedi afin de « faire vivre cette convergence des luttes ». Plusieurs organisations étudiantes ont également annoncé leur participation. L’Union étudiante doit notamment porter ses revendications sur la rénovation des établissements et le recrutement de personnels éducatifs.
Des syndicats entrent à leur tour dans la mobilisation
Le mouvement a également reçu le soutien de plusieurs organisations syndicales. La CGT a annoncé soutenir les actions liées au pouvoir d’achat « partout où les conditions seront réunies », selon sa secrétaire générale Sophie Binet. Quelques jours plus tôt, la CGT, la CFDT, FO, l’UNSA et la FSU avaient déjà publié un communiqué commun dénonçant la hausse du carburant, des produits alimentaires, des loyers, du gaz et de l’électricité, ainsi que la stagnation des salaires et des pensions. Elles critiquent également plusieurs mesures prévues dans le projet de budget 2027.
La Confédération paysanne appelle elle aussi explicitement à participer aux mobilisations du 17 octobre et à une « convergence des luttes ». Le syndicat agricole met notamment en avant la hausse du coût du gazole, les difficultés du monde paysan après un été marqué par des épisodes climatiques extrêmes et la défense des services publics. La mobilisation du 17 octobre pourrait ainsi réunir des revendications qui, jusque-là, évoluaient de manière relativement séparée.
« Convergence des luttes » ou simple addition des mécontentements ?
Reste une question : ces différents mouvements partagent-ils réellement un projet commun ? Même au sein des « gilets jaunes », la notion de convergence ne fait pas l’unanimité. Jérôme Rodrigues, l’une des figures historiques du mouvement de 2018, préfère parler d’« union des colères ». Selon lui, chaque mobilisation conserve ses propres revendications, même si toutes peuvent se retrouver autour de difficultés communes liées au pouvoir d’achat ou à l’avenir. Chez les lycéens également, certains craignent que leurs demandes spécifiques se retrouvent diluées dans une mobilisation plus large. Le 17 octobre constituera donc autant un test de mobilisation qu’un test politique : celui de la capacité de plusieurs colères sociales à réellement se rejoindre.
Dans les transports, la situation reste pour l’instant incertaine. Un préavis national de cinq jours avait été déposé par des syndicats de personnels navigants dans l’aérien, du 17 au 21 octobre, mais celui-ci a finalement été suspendu. Les compagnies aériennes ne devraient donc pas être particulièrement affectées par ce mouvement. Côté ferroviaire, aucune grève nationale n’était confirmée mercredi. La SNCF indiquait ne pas disposer d’informations permettant d’anticiper des perturbations spécifiques pour samedi. Même incertitude du côté de la RATP, où les éventuels préavis peuvent être déposés à l’approche immédiate de la mobilisation. Les blocages routiers constituent une autre inconnue. Les appels circulant en ligne évoquent notamment des ronds-points, des stations-service, des raffineries ou des dépôts de carburant, mais toutes ces actions ne sont pas confirmées et peuvent évoluer jusqu’à samedi.
Le rendez-vous du 17 octobre arrive alors que plusieurs mouvements sont déjà actifs : contestation lycéenne et étudiante, revendications syndicales autour des salaires, difficultés du secteur agricole et colère autour des prix de l’énergie. C’est précisément cette accumulation qui donne à la journée de samedi sa particularité. Pour l’heure, impossible de savoir si elle entraînera un retour durable des « gilets jaunes » ou seulement une mobilisation ponctuelle. Mais le 17 octobre dira au moins si les multiples colères apparues ces dernières semaines sont capables de se retrouver


