Dans son dernier rapport annuel sur l’état du sexisme en France, publié ce mercredi 21 janvier, le Haut Conseil à l’Égalité estime que le masculinisme ne relève plus seulement du débat idéologique ou sociétal. Il constitue désormais, selon ses mots, un enjeu de sécurité publique. « Il s’agit d’une menace réelle », avertit Bérangère Couillard, présidente du HCE. Selon elle, la diffusion de discours de haine antiféministes n’est plus un phénomène marginal, mais un terreau propice à des passages à l’acte violent. Le rapport souligne que la France accuse aujourd’hui un « retard préoccupant » dans l’identification et le traitement de ce courant idéologique, alors que des pays comme le Canada ou le Royaume-Uni l’ont déjà intégré à leurs doctrines de lutte contre l’extrémisme.
Une idéologie antiféministe qui peut mener à la violence
Apparu dans les années 1980 en réaction aux avancées féministes, le masculinisme repose sur une vision suprémaciste des rapports de genre. Les femmes y sont présentées comme responsables d’une prétendue dégradation des conditions de vie des hommes, et l’égalité comme une injustice. Longtemps cantonné à des cercles marginaux, ce discours s’est structuré au fil des décennies, jusqu’à produire des formes de radicalisation violente.
Le HCE rappelle que cette idéologie a déjà mené à des actes meurtriers. Le rapport cite notamment le massacre de 1989 à l’École Polytechnique de Montréal, perpétré par Marc Lépine, qui se revendiquait explicitement antiféministe. Plus récemment, en France, un jeune homme de 18 ans a été interpellé à Saint-Étienne, soupçonné de préparer une attaque visant des femmes. Une affaire inédite, puisque le Parquet national antiterroriste a retenu la qualification terroriste pour un individu se réclamant exclusivement de la mouvance masculiniste « incel ». Pour le HCE, cette mise en examen constitue une « avancée majeure ». Elle justifie, selon l’institution, l’intégration du terrorisme misogyne dans les doctrines de sécurité nationale, afin d’anticiper plutôt que de subir.
Une diffusion massive, notamment chez les plus jeunes
L’autre inquiétude majeure concerne la diffusion rapide des idées masculinistes, en particulier sur les réseaux sociaux. Le rapport souligne que ces discours circulent largement auprès des jeunes hommes, souvent sous des formes codées, ironiques ou pseudo-scientifiques. Sans une connaissance fine de ces codes, « on passe à côté », avertit Bérangère Couillard, qui plaide pour une formation spécifique des services de renseignement et des acteurs de la prévention. Les chiffres cités par le HCE illustrent l’ampleur du phénomène.
Une enquête menée par Toluna Harris Interactive révèle que 60 % des hommes en France estiment que les féministes cherchent à donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes. À partir de ces données, l’institution estime que 17 % de la population adhère à un sexisme « hostile », qui justifie ou banalise les discriminations et violences envers les femmes, tandis que 23 % adhèrent à un sexisme dit « paternaliste », plus socialement acceptable mais tout aussi structurant. Face à cette dynamique, le HCE appelle à une réponse politique à la hauteur des enjeux, passant notamment par une régulation renforcée des plateformes, un soutien accru aux dispositifs de signalement et une reconnaissance claire du masculinisme comme un risque pour la sécurité collective.

