Et si la maladie de Parkinson n’était plus seulement une pathologie que l’on accompagne, mais un processus que l’on pourrait ralentir, voire corriger à la source ?
Aux États-Unis et en Asie, plusieurs équipes de chercheurs testent une approche radicalement différente des traitements actuels : remplacer les neurones détruits plutôt que de compenser leurs effets. Une piste encore expérimentale, mais suffisamment prometteuse pour relancer l’espoir chez les patients et les neurologues.
Une maladie que l’on sait soulager… mais pas freiner
La maladie de Parkinson apparaît lorsque certains neurones du cerveau, chargés de produire la dopamine, dégénèrent progressivement. Ce déficit entraîne des tremblements, une lenteur des mouvements, des troubles de la marche ou de l’équilibre. En France, près de 200 000 personnes vivent avec cette maladie, et environ 25 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année.
Jusqu’à présent, les traitements disponibles visent surtout à atténuer les symptômes. Les médicaments dopaminergiques ou la stimulation cérébrale profonde améliorent la qualité de vie, parfois de façon spectaculaire, mais ne stoppent pas l’évolution de la maladie. Le cerveau continue de perdre ses neurones dopaminergiques, inexorablement. C’est précisément sur ce point que la recherche tente aujourd’hui de changer de paradigme.
Réparer le cerveau en remplaçant les neurones perdus
Aux États-Unis, une équipe de Brian Lee, neurochirurgien à Keck Medicine of USC, teste une approche fondée sur les cellules souches pluripotentes induites, dites iPS. Dans un communiqué publié début février, le chercheur explique que si le cerveau parvient à produire à nouveau des niveaux suffisants de dopamine, « la maladie pourrait être ralentie et la fonction motrice restaurée ».
Le principe est simple sur le papier, beaucoup plus complexe dans la réalité. Les chercheurs prélèvent des cellules chez l’adulte, les reprogramment pour leur redonner un potentiel quasi embryonnaire, puis les transforment en neurones capables de produire de la dopamine. Ces cellules sont ensuite greffées dans des zones profondes du cerveau impliquées dans le contrôle du mouvement. L’objectif n’est pas de masquer les symptômes, mais de restaurer un circuit neuronal défaillant. Une idée qui, il y a encore quelques années, relevait davantage de la science-fiction que de la médecine clinique.
Des essais encore limités, mais surveillés de près
À Los Angeles, une douzaine de patients atteints de formes modérées à sévères de Parkinson participent à cet essai, avec un suivi prévu sur plusieurs années. D’autres projets similaires avancent ailleurs. Au Japon, une équipe de l’université de Kyoto a déjà greffé plusieurs millions de cellules dérivées d’iPS chez des patients suivis pendant deux ans. En Chine, des essais comparables sont en cours. Aux États-Unis encore, des start-up de biotechnologie développent des thérapies dites « autologues », à partir des propres cellules des patients.
Les chercheurs restent prudents. Les risques existent : réactions inflammatoires, mouvements involontaires, dérives cellulaires. Mais jusqu’ici, les premiers résultats suggèrent une bonne tolérance et des signaux encourageants sur la récupération motrice. En parallèle, d’autres travaux laissent entrevoir un diagnostic plus précoce de la maladie, notamment grâce à des signatures biologiques détectables dans le sang avant l’apparition des premiers symptômes. Une avancée essentielle si ces thérapies réparatrices doivent, à terme, être proposées au bon moment.
Un espoir réel, mais encore expérimental
Aucune de ces approches n’est aujourd’hui disponible en France en dehors de la recherche. Les autorités sanitaires rappellent que ces traitements restent expérimentaux et nécessiteront encore plusieurs années d’évaluation avant une éventuelle mise à disposition. Mais pour la première fois depuis longtemps, la recherche sur Parkinson ne se contente plus d’accompagner la maladie. Elle tente d’en modifier le cours. Pour les patients, leurs proches et les soignants, c’est un changement de perspective majeur : celui d’un futur où Parkinson ne serait plus nécessairement synonyme de déclin irréversible.

