La 62e édition du Salon international de l’Agriculture s’est achevée sur un constat sans appel : la fréquentation est en nette baisse. Selon les chiffres communiqués par l’organisation, 437.402 visiteurs ont arpenté les allées de la Porte de Versailles depuis l’ouverture le 21 février, contre 607.000 l’an dernier. Soit une chute de près de 28 %, loin des records historiques, notamment celui de 2014 avec plus de 700.000 entrées. Une édition marquée par l’absence de bovins, des travaux de réaménagement et un climat agricole particulièrement tendu.
Un salon “pas comme les autres”
Dès les premiers jours, le ton était donné : environ 25 % de visiteurs en moins sur les quatre premières journées. En semaine, les allées sont restées inhabituellement dégarnies, malgré un regain d’affluence lors du dernier week-end. L’absence des bovins, interdits cette année en raison d’un contexte sanitaire lié à une dermatose, a profondément modifié l’ambiance. Depuis 2019, les volailles sont déjà absentes pour cause de grippe aviaire. Pour beaucoup de visiteurs, le Salon sans vaches n’avait pas la même saveur. Le président du Salon, Jérôme Despey, a reconnu auprès de l’AFP que cette édition “n’était pas comme les autres”, soulignant que l’absence des bovins “s’est vraiment ressentie”. Il a toutefois assuré qu’un retour “plus fort” était attendu l’an prochain.
Dans les stands régionaux et gastronomiques, de nombreux exposants ont exprimé leur inquiétude. Certains parlent d’une édition “calme”, voire morose, loin de l’ambiance festive habituelle. Pour les producteurs venus de toute la France, le Salon représente un investissement important : transport, hébergement, logistique, stocks. Avec une fréquentation en baisse, les ventes ont suivi la même tendance. Plusieurs exposants ont dû réduire leurs prix pour écouler leurs produits avant la fin de l’événement. Certains évoquent des pertes significatives et s’interrogent déjà sur leur participation future. Pour des producteurs fidèles depuis des décennies, cette édition marque une rupture.
Une crise agricole omniprésente
Au-delà de la question sanitaire, le Salon s’est tenu dans un contexte de crise agricole profonde. Revenus en berne, hausse des charges, concurrence européenne accrue : le malaise du secteur était palpable. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a appelé à relancer la “production, la réindustrialisation et la compétitivité”, s’interrogeant sur la capacité des exploitations familiales françaises à tenir face à la concurrence de grandes fermes européennes.
Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, a jugé nécessaire de poser la question du modèle agricole, tandis que la Confédération paysanne a dénoncé un “plan social scandaleux”. Le gouvernement a promis une “loi d’urgence agricole” pour répondre aux revendications sur les moyens de production, notamment l’accès à l’eau et aux intrants.
Autre signal préoccupant : le nombre d’exploitations engagées en agriculture biologique a légèrement reculé en 2025, une première depuis des années. Si la demande semble repartir, notamment en grande distribution, les professionnels redoutent un déséquilibre entre offre et consommation. Dans le même temps, l’avenir de la Politique agricole commune (PAC) pour la période 2028-2034 suscite des tensions. Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, s’est rendu au Salon pour tenter d’apaiser les inquiétudes, annonçant notamment des aides à la filière viticole et des mesures sur les droits de douane concernant les engrais.
Un symbole fragilisé
Le Salon de l’Agriculture est traditionnellement perçu comme la “plus grande ferme de France” et un rendez-vous politique incontournable. Cette année encore, le président de la République Emmanuel Macron y a passé plusieurs heures dès l’ouverture. Mais derrière les visites officielles et les stands régionaux, cette édition 2026 laisse une impression de fragilité. Moins de visiteurs, moins d’animaux, des exposants inquiets : le Salon reflète les tensions qui traversent aujourd’hui le monde agricole français. La question est désormais posée : l’édition 2027 marquera-t-elle un rebond, ou cette baisse de fréquentation annonce-t-elle une transformation durable de l’événement ?

