Le suspect, arrêté sur place, est un Californien de 31 ans qui avait envoyé un manifeste à sa famille dix minutes avant de passer à l’acte.
Le dîner des correspondants de la Maison Blanche est l’un des événements les plus courus du calendrier mondain de Washington. Chaque année, journalistes, élus, membres du gouvernement et célébrités se retrouvent dans la grande salle de bal du Washington Hilton pour une soirée sous haute sécurité, ponctuée de discours et de sketchs. Ce samedi 25 avril, la soirée venait à peine de commencer.
Reconstitution d'une soirée qui a basculé en quelques secondes
Aux alentours de 20 h 35, un homme franchit en courant les barrières de sécurité à l’entrée de l’hôtel, à proximité d’un portique de détection de métaux. Selon le chef par intérim de la police métropolitaine de Washington, Jeffery Carroll, le suspect séjournait déjà dans l’hôtel. Il était armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux. Plusieurs coups de feu sont tirés. Un agent du Secret Service est touché, mais son gilet pare-balles absorbe l’impact. Un autre agent riposte sans atteindre le suspect, qui est rapidement plaqué au sol et menotté. Dans la salle de bal, c’est la panique. Des témoins décrivent des invités se jetant sous les tables tandis que les agents du Secret Service et les U.S. Marshals exfiltrent en urgence le président Trump, la Première dame et les membres du Cabinet. Aucun civil n’est blessé. L’agent touché est hors de danger.
De retour à la Maison Blanche une heure plus tard, Donald Trump prend la parole pour qualifier le suspect de « loup solitaire cinglé » et saluer le « courage » des forces de l’ordre. Dans un geste qui fera polémique, il publie sur Truth Social une photo du suspect, torse nu, face contre le sol et menotté dans le hall de l’hôtel. Lors d’une interview accordée le lendemain à l’émission 60 Minutes de CBS, le président reconnaîtra avoir « peut-être compliqué le travail des agents » en cherchant à « voir ce qui se passait » au lieu de se laisser immédiatement évacuer.
Cole Tomas Allen : le profil inattendu du tireur
Le suspect a été identifié par plusieurs médias américains, sur la base de sources au sein des forces de l’ordre, comme étant Cole Tomas Allen, 31 ans, originaire de Torrance, dans la banlieue sud-ouest de Los Angeles. Les autorités n’ont pas officiellement confirmé l’orthographe exacte de son deuxième prénom (Thomas ou Tomas selon les sources), les documents judiciaires définitifs n’ayant pas encore été publiés au moment de la rédaction de cet article. Son parcours, tel que reconstitué par les médias américains, surprend par sa banalité apparente. Diplômé du California Institute of Technology (Caltech) en 2017, il a ensuite obtenu un master en informatique à la California State University Dominguez Hills. Son profil LinkedIn, avant d’être retiré, le présentait comme ingénieur en mécanique passionné par le développement de jeux vidéo. Il travaillait à temps partiel comme enseignant chez C2 Education, une société de soutien scolaire et de préparation aux examens, où il avait été désigné « professeur du mois » en décembre 2024.
Un ancien coéquipier de l’équipe de volleyball de son lycée, Pacific Lutheran High School dans la banlieue de Los Angeles, l’a décrit à NBC News comme quelqu’un de « super stable » et d’« incroyablement intelligent ». Selon les registres de la Commission électorale fédérale consultés par l’AFP, une personne portant le nom de Cole Allen, identifiée comme enseignant chez C2 Education à Torrance, a fait un don de 25 dollars à un groupe de collecte de fonds pour la campagne de Kamala Harris lors de la présidentielle de 2024. Il aurait également participé à des manifestations contre la politique d’immigration de l’administration Trump, dont un rassemblement en mars 2026. Selon les informations transmises aux médias américains par un responsable des forces de l’ordre, Allen avait acheté deux pistolets et un fusil à pompe via Cap Tactical Firearms, un portail de vente d’armes en ligne. Il conservait ces armes au domicile de l’un de ses parents, qui en ignoraient l’existence. Pour se rendre à Washington, il aurait pris le train depuis Los Angeles en transitant par Chicago.
Le manifeste : une liste de cibles « classées par priorité »
C’est le document qui transforme l’incident en affaire politique majeure. Environ dix minutes avant d’ouvrir le feu, Cole Tomas Allen a envoyé un manifeste à des membres de sa famille par courriel. Selon le New York Post, qui affirme se l’être procuré auprès d’un responsable américain, le texte annonce clairement son intention de viser des membres de l’administration Trump, qualifiés de « criminels ». Le suspect s’y présente comme un « sympathique assassin fédéral ». Il y dresse une liste de cibles « classées par priorité, du plus haut placé au moins haut ». Le procureur général par intérim des États-Unis, Todd Blanche, a confirmé dimanche sur NBC News que le suspect « semble avoir eu l’intention de prendre pour cible des responsables de l’administration, y compris probablement le président ». Si cette intention était avérée, il s’agirait de la troisième tentative d’assassinat contre Donald Trump en deux ans, après la fusillade lors d’un meeting en Pennsylvanie en juillet 2024 et un incident dans un club de golf en Floride en septembre de la même année.
Le manifeste contient aussi une critique frontale de la sécurité de l’événement. Le suspect y décrit un « manque criant » de dispositif au Washington Hilton et l’« arrogance » ambiante. Il écrit avoir ressenti en entrant dans l’hôtel que personne n’envisageait la possibilité qu’il puisse être une menace, alors même qu’il portait plusieurs armes. Donald Trump a déclaré sur Fox News dimanche que le manifeste était « très antichrétien ». Le texte contient notamment cette phrase, rapportée par plusieurs médias : « Tourner l’autre joue quand quelqu’un est oppressé n’est pas un comportement chrétien. C’est une complicité des crimes de l’oppresseur. » Le suspect y fait également référence à ce qu’il appelle les « opprimés » du gouvernement actuel, évoquant selon les sources des situations dans des camps de rétention pour migrants. Le frère du suspect aurait contacté les forces de l’ordre après avoir reçu le manifeste, mais l’alerte est arrivée trop tard pour prévenir le passage à l’acte.
La sécurité sous le feu des critiques
Au-delà du profil du tireur, c’est le dispositif de sécurité du dîner des correspondants qui concentre désormais les interrogations. Comment un homme armé d’un fusil de chasse, d’un pistolet et de plusieurs couteaux a-t-il pu séjourner dans l’hôtel, monter en chambre avec son arsenal et approcher la zone de contrôle sans être repéré en amont ? Le Secret Service a confirmé que les tirs ont eu lieu « près de la zone de contrôle principale, à l’entrée de l’événement ». Le suspect n’a donc pas pénétré dans la salle de bal elle-même, ce qui explique l’absence de victimes parmi les invités. Mais la question de la sécurisation des accès en amont de la fouille reste ouverte.
Donald Trump a lui-même alimenté le débat en déclarant que le Washington Hilton n’était « pas un bâtiment particulièrement sûr ». Le procureur général par intérim, Todd Blanche, est allé plus loin en saisissant l’occasion pour adresser une lettre publique au National Trust for Historic Preservation, lui demandant d’abandonner ses démarches judiciaires contre la construction d’une salle de bal au sein même de la Maison Blanche, un projet controversé de l’administration Trump. Selon Blanche, l’incident de samedi soir « prouve encore que la salle de bal de la Maison Blanche est indispensable à la sécurité du président ».
Réactions internationales : une condamnation unanime
La communauté internationale a réagi avec une célérité inhabituelle. Emmanuel Macron a qualifié l’incident d’« inacceptable » et exprimé son « soutien total » au président américain. Le Premier ministre britannique Keir Starmer s’est dit « choqué » et a appelé à condamner « toute attaque contre les institutions démocratiques ou la liberté de la presse ». La Première ministre italienne Giorgia Meloni a déclaré que « la haine politique n’a pas sa place dans nos démocraties ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a rappelé que « dans une démocratie, nous prenons nos décisions à la majorité, pas par la force des armes ». Benjamin Netanyahu a félicité le Secret Service pour son « action rapide et décisive ». Le président turc Erdoğan a condamné l’incident en soulignant que « les luttes dans les démocraties se mènent avec des idées ». Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a indiqué s’être entretenue directement avec Donald Trump pour lui exprimer la solidarité de l’Union européenne.
Cole Tomas Allen devait comparaître ce lundi 27 avril devant la justice fédérale. Deux chefs d’accusation ont été annoncés par le procureur général par intérim : usage d’une arme à feu lors d’un crime violent et agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse. Todd Blanche a laissé entendre que d’autres charges pourraient être ajoutées au fur et à mesure de l’analyse des preuves et de la compréhension des motivations exactes du suspect, qui, selon les autorités, refuse pour l’instant de coopérer. Des mandats de perquisition ont été exécutés. Des agents du FBI ont été photographiés samedi soir entrant dans une maison à deux étages à Torrance, liée au suspect, tandis que les enquêteurs analysent son téléphone, ses ordinateurs et ses comptes en ligne. La question de savoir si l’acte sera requalifié en tentative d’assassinat sur le président des États-Unis, un crime fédéral passible de la prison à vie, dépendra de ce que révèlent les prochains jours d’investigatio

