La France suffoque, et ce n’est même pas encore l’été. Un dôme anticyclonique alimenté par un flux d’air saharien maintient des températures caniculaires sur une grande partie du pays depuis le début de la semaine. Bordeaux a frôlé les 39 °C jeudi, Poitiers a effacé un record vieux de 103 ans, et Paris affiche 33 °C ce dimanche. L’épisode, qualifié d’« historique » et de « sans précédent » pour un mois de mai par Météo-France, ne montre aucun signe de fléchissement avant la fin du mois. Voici ce que disent les modèles.
Un dôme de chaleur africaine bloqué sur la France
L’explication du phénomène tient en un mécanisme atmosphérique devenu tristement familier : le dôme anticyclonique. Un puissant bloc de hautes pressions s’est installé au-dessus de la France et emprisonne au sol une masse d’air brûlant remontée du Sahara via la péninsule ibérique. Contrairement à une simple bouffée de chaleur passagère, ce dôme agit comme un couvercle : il empêche l’air chaud de se dissiper en altitude et bloque toute perturbation atlantique susceptible de rafraîchir l’atmosphère. France 3 Nouvelle-Aquitaine décrit le phénomène comme « sans équivalent dans les annales météorologiques » par sa combinaison d’intensité et de précocité. Dès lundi, les minimales oscillaient entre 16 et 20 °C , des niveaux déjà supérieurs aux normales de saison, tandis que les maximales dépassaient ou frôlaient les 35 °C sur une large partie du sud-ouest.
La liste des records tombés cette semaine donne le vertige. À Poitiers, le thermomètre a atteint 35 °C, effaçant les 33,6 °C enregistrés en 1922 — un record qui tenait depuis plus d’un siècle. Bordeaux et Niort ont connu le même sort, avec des températures inédites pour un mois de mai. Jeudi, Bordeaux a approché les 39 °C, un niveau qui n’avait jamais été mesuré dans la ville avant le mois de juin. Ce dimanche, la chaleur s’étend à tout le pays : CNews relève 33 °C à Paris et 34 °C à Bordeaux, dans un épisode que Météo-France qualifie de « chaleur remarquable ». Ce ne sont pas des pics isolés. C’est la durée de l’épisode qui le rend exceptionnel. Une canicule se définit par la persistance de fortes chaleurs sur au moins trois jours consécutifs, y compris la nuit. Or, les nuits tropicales (minimales supérieures à 20 °C) se succèdent depuis le milieu de semaine dans le sud-ouest, aggravant les effets sanitaires de la chaleur diurne.
Pas de sortie avant juin
C’est la question que tout le monde se pose, et la réponse n’est pas rassurante. Selon les dernières modélisations du Centre européen de prévision (ECMWF), relayées par Météo-Paris et Météo-Villes, le flux de sud-ouest chaud devrait persister sur la France au moins jusqu’à la fin du mois de mai. Les anomalies de températures pourraient atteindre +3 à +6 °C au-dessus des normales sur la semaine du 25 au 31 mai, assurant selon Météo-Paris « des températures dignes de l’été de façon durable et la survenue de la première vague de chaleur durable de la saison chaude ». Les prévisionnistes surveillent une possible petite « goutte froide » — une poche d’air frais en altitude — qui pourrait effleurer l’ouest du pays en fin de semaine et apporter un léger répit. Mais d’après les derniers scénarios, « ce changement de temps devrait être très limité », tempère Météo-Paris. En clair : pas de véritable rafraîchissement en vue avant le tout début juin, et encore, sans certitude.
Une canicule en plein mois de mai n’est pas un événement anodin. Elle illustre un phénomène que les climatologues documentent depuis des années : la saison chaude commence de plus en plus tôt en France. Les premières vagues de chaleur, qui se déclaraient historiquement en juillet, surviennent désormais régulièrement en juin — et dorénavant en mai. L’été 2025 avait déjà été marqué par des records : 39,9 °C à Châteaumeillant (Cher) dès le mois de juin, 43 °C au Montat (Lot) en août, plus de 50 records absolus battus sur l’ensemble du territoire. Les prévisions saisonnières de Météo-France pour l’été 2026, publiées plus tôt ce mois-ci, penchent nettement vers un scénario « plus chaud que la normale », particulièrement en PACA, Occitanie et Corse.
Les gestes à adopter dès maintenant
Météo-France rappelle que la chaleur de mai est d’autant plus dangereuse que les organismes ne sont pas encore acclimatés. Après un mois de mai longtemps frais (l’Ascension était la plus froide depuis 2018), le corps n’a pas eu le temps de s’adapter progressivement. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les travailleurs en extérieur et les personnes souffrant de maladies chroniques sont les plus vulnérables.
Les recommandations sont connues mais méritent d’être rappelées tant que les vigilances restent actives : boire régulièrement sans attendre la soif, rester dans des pièces fraîches aux heures les plus chaudes (entre 12 h et 16 h), mouiller sa peau, fermer volets et fenêtres dans la journée et les ouvrir la nuit pour ventiler, et limiter l’activité physique intense. Le numéro vert Canicule Info Service (0800 06 66 66) est activé en cas de passage en vigilance orange ou rouge. La France n’en est qu’au 25 mai. Et les modèles disent tous la même chose : la chaleur ne fait que commencer.

