Le mois de mai 2026 vient de s’achever et il laisse une trace profonde dans les annales météorologiques. Le 26 mai a été la journée de mai la plus chaude jamais enregistrée en France, avec une température moyenne nationale de 24,9 °C. Des centaines de records sont tombés, 11 départements étaient encore en vigilance orange canicule vendredi, et Météo-Paris résume la situation en une phrase glaçante : « Si nous étions au cœur de l’été, nous dépasserions 45 °C. » Or l’été n’a pas encore commencé. Et tout indique qu’il sera pire.
Un mois de mai sans équivalent dans l'histoire météorologique
Les chiffres qui sortent de Météo-France ont de quoi sidérer. Le mardi 26 mai, la température moyenne nationale a atteint 24,9 °C, un niveau jamais observé en mai depuis le début des relevés. Pour donner un ordre de grandeur, cette valeur correspond normalement à une journée de mi-juillet. Le dôme anticyclonique qui s’est installé sur l’ouest de l’Europe depuis le week-end de la Pentecôte a plaqué des températures de 15 °C au-dessus des normales de fin mai sur la plupart des régions. Les records ne se comptent plus. À Paris, le thermomètre a atteint 33 °C le vendredi 29 mai. À Bordeaux, les 39 °C ont été frôlés plus tôt dans la semaine.
Mais ce sont les nuits qui ont le plus surpris les climatologues. À Dinard, la température n’est pas descendue en dessous de 22,1 °C dans la nuit de lundi à mardi – le précédent record de mai pour cette station était de 16 °C. Au Cap Béar, dans les Pyrénées-Orientales, le mercure nocturne n’a pas plongé sous 26,2 °C. À Calais, la nuit la plus douce de mai jamais enregistrée a été mesurée avec 19,1 °C de minimale. Ces nuits tropicales à répétition transforment un simple épisode de chaleur en situation caniculaire : quand l’organisme ne peut plus récupérer la nuit, les effets sanitaires s’aggravent de jour en jour.
Ce que les modèles annoncent pour juin, juillet et août
La question que tout le monde se pose – « est-ce que l’été sera à l’image de ce mois de mai ? » – appelle une réponse nuancée mais orientée dans un seul sens. Météo-Paris est direct dans son analyse : « Il y a de fortes chances que cette fin mai excessivement chaude soit suivie par un été 2026 beaucoup plus chaud que la normale en France. » Les dernières modélisations saisonnières du Centre européen de prévision (ECMWF) et de Météo-France convergent vers un scénario « chaud à très chaud » sur les trois mois d’été, avec des anomalies de température moyennées considérables sur l’ensemble de la période. Les régions PACA, Occitanie, Corse et Auvergne-Rhône-Alpes sont identifiées comme les plus exposées. Le site spécialisé apporte une mise en garde méthodologique utile : un mois de mai brûlant ne garantit pas mécaniquement un été caniculaire. En 2001, la dernière décade de mai avait été la deuxième plus chaude jamais observée en France, avec 35 °C de Bordeaux à Carcassonne. L’été qui avait suivi s’était pourtant révélé « très mitigé ». De même, en 1953, un mois de mai torride avait précédé un été plutôt frais.
Mais Météo-Paris ajoute immédiatement que ces contre-exemples sont de moins en moins pertinents. Le climat de 2026 n’est plus celui de 1953 ni même celui de 2001. Les effets du réchauffement rendent l’occurrence d’étés frais « de plus en plus faible ». Autrement dit, la probabilité qu’un mois de mai record soit suivi d’un été doux existe encore, mais elle s’amenuise d’année en année.
El Niño : le facteur aggravant qui se met en place
Un élément supplémentaire assombrit les prévisions. Météo-France signale qu’un nouvel épisode El Niño « débutera très probablement à partir de l’été 2026 ». Ce phénomène climatique, qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le Pacifique équatorial, perturbe les circulations atmosphériques mondiales et pousse les températures globales à la hausse. Certains modèles envisagent un « super El Niño », comparable en intensité à celui de 2023-2024 qui avait contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre. Si ce scénario se confirme, El Niño se superposerait à la tendance de fond du réchauffement climatique, augmentant sensiblement les probabilités de canicules prolongées en Europe et de records mondiaux de température en 2026 ou 2027.
Pour mesurer ce que pourrait donner un été 2026 « hors norme », il suffit de se rappeler l’été 2025. Selon le bilan climatique officiel de Météo-France, il s’est classé au troisième rang des étés les plus chauds depuis le début des mesures en 1900, avec une anomalie de +1,9 °C par rapport à la normale, derrière les étés 2003 (+2,7 °C) et 2022 (+2,3 °C). Juin 2025 avait été le deuxième mois de juin le plus chaud de l’histoire, avec une anomalie de +3,3 °C, juste derrière juin 2003. La France avait connu 27 jours en conditions de vague de chaleur, la plaçant au deuxième rang pour le nombre de jours caniculaires. Les températures maximales avaient dépassé 35 °C sur plus de la moitié du territoire, 43 °C au Montat dans le Lot en août, et plus de 50 records absolus avaient été battus. L’été avait par ailleurs été peu pluvieux (déficit de 15 %), les sols étaient restés secs tout au long de la saison et les incendies avaient été « très violents », selon les termes mêmes du bilan officiel.
Ce qui attend concrètement les Français
Si l’été 2026 devait dépasser 2025, ce qui est le scénario envisagé par les modélisations, la France entrerait dans une séquence de chaleur comparable à 2003 ou 2022 – deux étés qui avaient laissé des traces profondes sur la santé publique, l’agriculture et les ressources en eau.
À court terme, la première semaine de juin devrait apporter un répit relatif. Les modèles suggèrent un léger fléchissement des températures avec le passage de perturbations atlantiques, ramenant temporairement le mercure vers les normales de saison. Mais ce répit devrait être de courte durée : les tendances à moyen terme pointent vers une reprise de la chaleur dès la mi-juin, avec un risque de canicule précoce comparable à celle de juin 2025.
À moyen terme, la combinaison d’un réchauffement de fond (+3 °C en France en quatre décennies), d’un El Niño naissant et d’une Méditerranée dont la température de surface excède déjà les normales de saison laisse peu de place au doute. L’été 2026 sera chaud, et la vraie question n’est plus de savoir si les 40 °C seront atteints, mais combien de fois, combien de temps et sur quelle partie du territoire. Le mois de mai qui vient de s’achever n’était pas une anomalie passagère. C’était un avant-goût.

