Vous prenez un diurétique pour la tension, un antidépresseur, un anti-inflammatoire pour le dos, un traitement contre l’acné ou un patch antidouleur ? Avec la vague de chaleur qui frappe la France depuis mardi, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) rappelle que certains traitements courants, pris par des millions de Français, peuvent aggraver les effets de la chaleur sur l’organisme — voire devenir dangereux. L’été dernier, plus de 24 000 passages aux urgences liés à la chaleur avaient été enregistrés par Santé publique France.
Ceux qui déshydratent : diurétiques, laxatifs, antiépileptiques
C’est le risque le plus direct. Quand le corps transpire pour se refroidir, il perd de l’eau et des sels minéraux. Certains médicaments accélèrent cette perte et peuvent précipiter la déshydratation, selon l’ANSM citée par Franceinfo.
Les diurétiques, prescrits à des millions de patients hypertendus ou insuffisants cardiaques, augmentent l’élimination d’eau par les reins. En temps normal, c’est leur fonction. En période de canicule, ils amplifient une perte hydrique déjà élevée par la transpiration. Les laxatifs stimulants provoquent le même effet par voie intestinale. Certains antiépileptiques comme le topiramate ou le zonisamide réduisent la transpiration, ce qui empêche le corps de se refroidir naturellement — un mécanisme qui peut conduire à un coup de chaleur, rapporte Egora.
Ceux qui font monter la température du corps : antidépresseurs, neuroleptiques, antiparkinsoniens
Une deuxième catégorie de médicaments agit sur la thermorégulation elle-même. Certains antidépresseurs, antipsychotiques (neuroleptiques) et antiparkinsoniens peuvent élever la température corporelle, selon l’alerte de l’ANSM relayée par Magnum la Radio. Quand le thermomètre extérieur dépasse 35 °C et que le corps n’arrive déjà plus à se refroidir efficacement, cette hausse médicamenteuse de la température interne peut s’avérer dangereuse, en particulier chez les personnes âgées dont les mécanismes de régulation thermique sont déjà affaiblis.
Les sels de lithium, prescrits dans les troubles bipolaires, cumulent plusieurs risques : ils perturbent la thermorégulation et leur concentration dans le sang augmente en cas de déshydratation, pouvant atteindre des niveaux toxiques. Les triptans (antimigraineux) et certains opiacés comme le tramadol peuvent provoquer des chutes de tension ou une somnolence qui fait oublier de boire, précise Egora.
Ceux qui abîment les reins : anti-inflammatoires, aspirine, antihypertenseurs
Le troisième mécanisme est plus insidieux. La déshydratation, même légère, réduit le volume de sang circulant et peut altérer la fonction rénale. Certains médicaments aggravent cette fragilité, détaille l’ANSM selon Franceinfo. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, kétoprofène) sont en première ligne : ils réduisent le flux sanguin rénal et peuvent précipiter une insuffisance rénale aiguë chez une personne déshydratée.
L’aspirine peut perturber la thermorégulation de l’organisme. Le paracétamol, quant à lui, est « inefficace en cas de coup de chaleur », rappelle l’ANSM — une précision importante car beaucoup de gens pensent réflexe « Doliprane » quand ils se sentent mal par forte chaleur. Certains antihypertenseurs (IEC, sartans), antidiabétiques (gliptines, agonistes du GLP-1), antibiotiques, antiviraux et la digoxine peuvent également voir leur élimination rénale perturbée par la déshydratation, rapporte Egora.
Ceux qui brûlent la peau au soleil : les photosensibilisants
Certains traitements provoquent des réactions cutanées sévères en cas d’exposition au soleil : rougeurs, démangeaisons, cloques, inflammation. L’ANSM préconise d’éviter toute exposition solaire lors de la prise de ces traitements, rapporte 20 Minutes. Sont concernés certains médicaments contre l’acné (isotrétinoïne, cyclines), des traitements anticancéreux, des anti-inflammatoires, des antibiotiques (fluoroquinolones, sulfamides), des antiallergiques et certains psychotropes.
Ce risque est souvent méconnu parce qu’il ne se manifeste pas immédiatement. La réaction peut survenir plusieurs heures après l’exposition, rendant le lien avec le médicament difficile à identifier pour le patient.
Patchs et bandelettes : quand la chaleur altère le dispositif lui-même
La transpiration excessive peut modifier l’absorption des médicaments sous forme de patchs (antidouleurs, substituts nicotiniques, hormones). La chaleur dilate les vaisseaux sous-cutanés et accélère le passage du principe actif dans le sang, ce qui peut conduire à un surdosage involontaire, précise Franceinfo.
Pour les patients diabétiques, les bandelettes d’autosurveillance de la glycémie et les lecteurs de glycémie perdent toute fiabilité au-delà de 40 °C, rappelle E-Santé. Les laisser dans une voiture garée au soleil, où la température dépasse 50 °C en moins de 30 minutes, fausse les mesures et peut conduire à des erreurs de dosage d’insuline.
Ce qu'il faut faire (et ne pas faire)
La règle absolue, martelée par l’ANSM et tous les pharmacologues : ne jamais arrêter un traitement de votre propre initiative. Un arrêt brutal d’antihypertenseur, de lithium ou d’antidépresseur peut être bien plus dangereux que le risque lié à la chaleur. Le bon réflexe est d’appeler votre médecin ou votre pharmacien pour lui demander si votre traitement nécessite une adaptation temporaire, réduction de dose, changement d’horaire de prise, hydratation renforcée.
Pour la conservation, les médicaments stockés entre 2 et 8 °C (insuline, certains collyres, vaccins) doivent voyager en sac isotherme avec un bloc réfrigérant, sans contact direct. Ceux conservés à température ambiante ne doivent pas dépasser 25 °C, ce qui exclut la boîte à gants de la voiture, le sac à main en plein soleil ou le rebord de fenêtre. Romain Barus, du centre régional de pharmacovigilance de Toulouse, précise dans Egora que « tous les médicaments font l’objet d’études de stabilité avant d’être mis sur le marché » pour vérifier leur résistance aux fortes températures, mais ces tests ont leurs limites face à une canicule qui s’installe dans la durée.

