Ce jeudi 16 juillet, des ossements découverts dans un secteur de Mailhoc, à une dizaine de kilomètres de Cagnac-les-Mines, à l’endroit exact que Cédric Jubillar a désigné aux juges comme celui où il avait déposé le corps de Delphine Aussaguel. Un lieu que les gendarmes n’avaient jamais fouillé en six ans d’enquête. Les analyses médico-légales doivent confirmer sous 48 heures s’il s’agit bien des restes de l’infirmière de 33 ans, disparue dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Derrière ce basculement, une question fascine autant qu’elle inquiète : qui est cette « tierce personne » qui a réussi en prison ce que cinq ans d’interrogatoires n’avaient pas obtenu ?
De la lettre aux ossements : dix jours qui changent tout
Le 6 juillet, les avocats Pierre et Guy Debuisson, qui ont repris le dossier début 2026, convoquent la presse. Leur client, le peintre-plaquiste de 39 ans condamné en octobre 2025 à trente ans de réclusion par la cour d’assises du Tarn, « reconnaît désormais avoir tué son épouse ». Il se dit « prêt à collaborer entièrement avec la justice » et se tient « à la disposition des juges », rapporte Franceinfo. L’aveu a pris la forme d’une lettre manuscrite adressée à ses avocats. Aucun détail sur les circonstances du meurtre n’a été rendu public à ce stade. Mais Jubillar a livré aux magistrats l’information que six années de battues, de fouilles, de moyens techniques considérables et de mobilisation citoyenne n’avaient pas permis de trouver : l’emplacement du corps. Le mercredi 15 juillet, il a réitéré ses aveux devant les juges d’instruction, selon ICI.
Le jeudi 16, les gendarmes ont lancé des fouilles à Mailhoc, au nord d’Albi, sur un site que Jubillar avait désigné « comme l’endroit où il avait déposé le corps de Delphine Aussaguel », a confirmé le procureur Nicolas Jacquet, rapporte Euronews. Des ossements y ont été découverts. Ce secteur n’avait jamais été fouillé auparavant. Les restes ont été transférés pour analyse médico-légale. Les résultats, attendus sous 48 heures, devront confirmer l’identité et, si possible, déterminer la cause de la mort. Le procureur a prévenu que les ossements pourraient être « détériorés par le temps et les intempéries » et que leur exploitation n’est pas garantie, selon Franceinfo.
La « tierce personne » : le mystère au cœur des aveux
Pourquoi maintenant ? Condamné à trente ans, en appel, après avoir nié pendant cinq ans et demi face aux enquêteurs, aux juges, aux jurés et aux caméras du monde entier, pourquoi Cédric Jubillar a-t-il soudainement décidé de parler ? Ses avocats avancent plusieurs facteurs, rapporte Franceinfo. Jubillar aurait été jusque-là « verrouillé par la pression médiatique » et « la pression très forte des enquêteurs », fragilisé par la prise de médicaments et par un régime carcéral à l’isolement qui l’avait psychologiquement enfermé dans le déni. Puis ils lâchent la phrase qui ouvre un abîme : une « tierce personne a permis de le faire avouer » en détention. Pierre Debuisson précise que cette personne « a fait du bon travail sur le plan psychologique mais ne tient pas à révéler son identité pour le moment ». Il décrit l’ensemble comme « un processus terrible et fascinant à la fois ».
Qui est cette tierce personne ? Un codétenu ? Un aumônier ? Un psychologue pénitentiaire ? Un visiteur de prison ? Un enquêteur officieux ? Les avocats refusent d’en dire plus. Le parquet n’a pas commenté. L’identité et le rôle exact de cet intermédiaire seront scrutés de près, tant par la justice que par la défense adverse : si les aveux ont été obtenus par un procédé déloyal ou sous contrainte psychologique, leur recevabilité devant la cour d’assises d’appel pourrait être contestée.
Ce que les aveux changent pour le procès en appel
Cédric Jubillar a été condamné en première instance le 17 octobre 2025 à trente ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Delphine Aussaguel. Le verdict avait été rendu sans corps, sans ADN incriminant et sans témoin oculaire, sur la base d’un faisceau d’indices graves et concordants : un contexte de séparation conflictuelle, un timing suspect (Delphine s’apprêtait à rejoindre son nouveau compagnon), des incohérences dans les déclarations de Jubillar, et un comportement jugé atypique lors de la battue organisée une semaine après la disparition. La défense avait immédiatement fait appel. Le procès d’appel devait se tenir devant une autre cour d’assises, probablement en 2027. Les aveux et la localisation potentielle du corps redéfinissent entièrement la donne.
Si les ossements sont identifiés comme étant ceux de Delphine et si une cause de mort peut être établie, le dossier passe du registre du « faisceau d’indices » à celui de la preuve matérielle. L’accusation, qui avait dû bâtir tout son réquisitoire sur des éléments circonstanciels, disposerait enfin d’un élément physique. Inversement, si les ossements sont trop dégradés pour livrer des informations exploitables, le procès d’appel se jouera essentiellement sur la valeur des aveux, leur spontanéité, leur fiabilité, et les conditions dans lesquelles ils ont été obtenus.
Pour la famille de Delphine, ses parents, sa sœur, ses deux enfants, la découverte d’ossements à Mailhoc représente peut-être la fin d’une attente de six ans. Six ans sans corps, sans sépulture, sans certitude. Si les analyses confirment l’identification, Delphine pourra enfin être enterrée. Et pour Cédric Jubillar, qui a choisi de parler après cinq ans de silence, la question n’est plus celle de sa culpabilité, il l’a reconnue. C’est celle des circonstances exactes de la mort de Delphine, et de ce que les ossements de Mailhoc seront encore capables de raconter.

