Trois infections confirmées et un décès en quelques semaines en Inde et au Bangladesh : le virus Nipah refait surface en Asie du Sud. De quoi raviver le souvenir d’épidémies passées particulièrement meurtrières. Mais faut-il redouter une propagation mondiale ? L’Organisation mondiale de la santé (OMS) se veut rassurante, tout en appelant à la vigilance.
Le virus Nipah est un agent pathogène zoonotique, c’est-à-dire qu’il se transmet de l’animal à l’être humain. Il est porté naturellement par des chauves-souris frugivores, très présentes en Asie du Sud et du Sud-Est. La contamination humaine peut se produire par contact avec des animaux infectés — notamment des porcs — ou par la consommation d’aliments contaminés, comme des fruits souillés par des excréments de chauves-souris.
Les symptômes peuvent débuter de façon relativement banale : forte fièvre, maux de tête, vomissements, infection respiratoire. Mais dans les formes sévères, la maladie évolue rapidement vers des troubles neurologiques graves : convulsions, inflammation du cerveau (encéphalite), coma. Le taux de mortalité est particulièrement élevé. Selon l’OMS, il varie entre 40 % et 75 % selon les contextes sanitaires et la rapidité de la prise en charge. Aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe à ce jour.
Trois cas récents, dont un décès
Deux cas ont été confirmés récemment dans l’État du Bengale-Occidental, dans le nord-est de l’Inde. Une femme est également décédée au Bangladesh après avoir contracté le virus. Les deux foyers ne seraient pas liés, même s’ils se situent dans une zone frontalière où circulent des populations de chauves-souris porteuses du virus. Plus de 230 personnes ayant été en contact avec les patients ont été suivies par les autorités sanitaires, sans qu’aucune nouvelle infection ne soit détectée à ce stade. Lors d’une conférence de presse à Genève, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé que l’organisation évaluait « le risque de propagation du virus Nipah, tant au niveau régional que mondial, comme faible ». Une déclaration destinée à calmer les inquiétudes alors que le monde reste marqué par la pandémie de Covid-19.
Pourquoi le risque mondial est jugé faible
Plusieurs facteurs expliquent cette évaluation prudente mais rassurante. D’abord, le virus Nipah ne se transmet pas aussi facilement que des virus respiratoires comme la grippe ou le SARS-CoV-2. Les transmissions interhumaines existent, notamment en milieu hospitalier ou au sein des familles, mais elles restent limitées. Ensuite, les cas identifiés ont été rapidement isolés, et les autorités sanitaires locales disposent désormais d’une expérience acquise lors des épidémies précédentes. La première flambée de Nipah avait été identifiée en 1998 en Malaisie, chez des éleveurs de porcs. En 2018, une épidémie dans l’État du Kerala, dans le sud de l’Inde, avait causé 17 décès. Enfin, aucun signe de diffusion internationale n’a été observé. Les autorités sanitaires surveillent néanmoins de près la situation, notamment dans les zones frontalières et rurales où les contacts entre humains et animaux sauvages sont plus fréquents.
Même si le risque mondial est jugé faible, le virus Nipah reste surveillé de près par les experts en santé publique. Son fort taux de mortalité, l’absence de vaccin et sa capacité à provoquer des atteintes neurologiques sévères en font un pathogène préoccupant. Des programmes de recherche sont en cours pour développer des traitements et des vaccins, mais ils en sont encore à un stade expérimental. Pour l’instant, les autorités sanitaires insistent sur les mesures de prévention : éviter la consommation de fruits potentiellement contaminés, renforcer les protocoles d’hygiène dans les élevages et isoler rapidement les cas suspects. À ce stade, rien n’indique une menace pandémique. Mais comme souvent avec les virus zoonotiques, la vigilance reste de mise.




